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Dominique, apré Bondie la terre.

Après quelques jours en Guadeloupe, nous remontons sur un bateau, mais a moteur cette fois, le Ferry. Mer Calme, vitesse estimée à 20 nds. Nous repassons devant Marie Galante la galette et notre destination se dessine, la Dominique sort de l’eau, pas de plat en vue. Avec 46km de long et 25km de large, les 75000 habitants trônent sur sept volcans verts.

Débarquement à Roseau, la capitale, confiscation des fruits et légumes pour éviter toute contamination, et nous échappons au lavage à la brosse de nos roues. Premier contact très agréable, même avec la douane. On ne peut pas en dire autant de la Guadeloupe où la nonchalance sociale est reine.

Le premier « welcome to Dominica » résonne, celui du tamponneur de passeport. Un chaleureux conseil suit la formule d’accueil: « Drive left, left side, left ». Un héritage anglais.

Dépossédé de notre déjeuner, nous filons vers le marché sous un soleil caribéens. Ornicar et Tefiti se font reluquer, avec un postérieur pareil, sur une île caribéenne, ils s’intègrent.

Déjeuner sympathique au marché et premières rencontres.

Un bateau de croisière est à quai. c’est le moment pour les chauffeurs de taxi, les restaurants et les tour opérator de charmer ces touristes si particuliers. Les croisiéristes sont choyés. Petits magasins de luxe détaxés, centre ville Disney Land, ils sont bien. Le reggae sonne dans cette ruine ou le café est à 3 dollar US. Tout sonne faux mais le touriste semble apprécier l’imposture.

Aller en selle, direction le sud. Nous étudions rapidement un itinéraire pour une semaine. En quittant la ville nous passons devant le palais présidentiel, une sorte de miniature de la Maison Blanche. Quelques centaines de mètre plus loin, une rue classique. Étroite, colorée, pleine d’épicerie et de vie. En nous retournant, on aperçoit ce monstre de métal. Il fume noir. J’y vois le vaisseau mère venant récupérer sa taxe. Ce bateau consomme plus d’énergie que les 20000 âmes de cette capitale plusieurs fois rasées. Cette fois l’île est bien soumise à l’étranger. La violence n’est plus, les fusils et canons se sont tus. Désormais, l’envahisseur arrive avec sa pollution et laisse quelques dollar en compensation. Peu importe, nous roulons. Peu de trafic. Pour rallier le sud, il nous faut passer un versant de montagne. Les cuisses chauffent, les bidons se vident aussi vite que le dénivelé augmente. Je ressens à nouveau la chaleur du corps et le bonheur de tout donner. Mana découvre cela, pas sur que l’on ressente les mêmes choses dans ces moments. Pauses régulières. Le voyage à vélo commence aujourd’hui. Il est 16h, la lumière rouge illumine les Caraïbes. Nous arrivons à Soufrière. Les anglais et les français s’étant régulièrement disputé l’autorité sur l’île de la Dominique, les villes ont une consonance tantôt Anglaise, tantôt française. La route longe la mer paisible, le village de pêcheur de scott’s head apparaît. Les murs sont colorés, la vie paisible, mais l’histoire parle pour eux. Plus de la moitité des maisons sont en ruines ou délabrées. Beaucoup d’habitants sont partis, désarmé face à l’ampleur des dégâts provoqués par Maria, en 2017. Impossible de visiter la Dominique sans constater les dégâts de cet ouragan. Nous sommes 2ans après la catastrophe et déjà beaucoup de travail a été fait, les cicatrices demeurent.

Après une première nuit improvisée au pied d’une antenne, nous partons pour l’ouest de l’île. Nous revenons en parti sur nos pas et prenons la direction de Bellevue Chopin ou nous prévoyons de déjeuner. Bellevue sonne comme la promesse d’une belle ascension, mais pourquoi Chopin? Le pianiste a t-il séjourné ici, un hommage à un boulanger?

Bras bien tendu à droite, tous les contrôles sont faits, on traverse la route. Nous quittons le littoral pour une inexorable montée. Je retrouve les Klaxons d’encouragement, les hurlements de détermination et les gouttes caustiques dans les yeux. Mana suit, plus discrètement mais avec la hargne soigneusement cachée, la moine cycliste. Pauses. Déjà 3h que nous sommes partis et a peine 10km parcourus. Il nous en reste 3, heures, kilomètres, grammes d’énergie. A chaque kilomètres, nous nous élevons de 100m, les virages s’enchaînent, je passe sur du métal, ça aide. Nous arrivons car nous arrivons toujours, et surprise, une belle vue! Vue sur la capitale avec leur diable flottant. De hommes travaillent là, la stupeur de voir deux ânes mécaniques leur offre du répit. L’un en profite pour aiguiser la chaîne de sa machine. Hasard du calendrier, le type choisit le jour de présence d’une infirmière pour s’entamer sérieusement le doigt. Mana sort l’attirail et règle fissa la coupure plus impressionnante que grave. On recroisera quand même l’artiste avec des points… Nous rencontrons Barry, un pompier local, mais aussi chauffeur. Il nous voit épuisés, et pour remercier Mana, nous propose le gite ce soir. Pause déjeuner devant l’école du village, du passage, des salutations, des sourires, un condensé de Dominique en deux heures. Nous retrouvons Barry, et nous nous reposons avant de partager un verre avec lui. Entre tous ces rebondissements, nous avons appris que nous ne pourrons pas poursuivre notre route, emportée par l’ouragan. Nous repartons le lendemain sans but précis. J’allais oublié, pourquoi Chopin? En référence à la chope, chopin en anglais. Pourquoi la chope, joker. Il nous faudra 15 min avec pause versus les 3h de montée pour rejoindre la côte. Première frayeur pour Mana qui réussit son premier freinage d’urgence pour éviter un chien. Retour à Roseau.

Déjeuner et réunion de crise, que fait-on? Direction Wotten Waven où nous devrions retrouver plus tard des amis de Nantes. L’avantage des ascensions, c’est quelle vous emmènent vers la fraîcheur. L’ancienne route a été emportée, nous devons redescendre pour emprunter un autre itinéraire. De la terre, des ornières, je suis épanoui. Dans un dernier effort, Wotten ouvre ses portes. Ce village est connu pour ces sources d’eau chaudes et soufrées. Le calme rayonne, les enfants jouent dans la rue et nous demande de faire des roues arrières. Le petit homme taquin se moque de notre manque de funambulisme et nous double, roue au vent. Les maisons sont modestes et quasiment toutes sont fleuries, les antillais ont la tradition du jardinage, pour manger, pour se soigner, pour la beauté.

De haut en bas du village escarpé, notre tête se balance de droite à gauche à la recherche de notre bivouac. Rien à première vue. Nous demandons à un jardinier qui nous avait chaleureusement salué. Il est rasta, grand-père, fort, sage. Il nous invite à goûter les jus que sa femme prépare. Son « baché » diffuse un doux « don’t worry be happy». L’endroit est beau, table faite dans une souche, chaises de jardinier maison, des fleurs partout. Les rafraîchissements arrive dans une couleur jamais vu auparavant, à part peut être dans un bon bourgogne ou dans les breuvages d’un ami druide. Un jus floral, détonant, doux, suave, un jus de fleur d’hibiscus, une merveille, « so real ».

Nous échangeons sur le voyage, sur la vie en Dominique, sur sa famille. À la fin du jus, David nous propose un terrain, le sien. Il dit que nous y serons tranquille, qu’il n’y a pas de passage, qu’il y a une rivière en contrebas et qu’il nous y emmène avec son pickup. Ok, on charge, ou plutôt David charge. À 68 ans, il prend les vélos, les lève à bout de bras et les pose dans la benne, on est scotché!

Nous arrivons au lieu modestement décrit. En fait, pour un voyageur, c’est le paradis! Terrain plat, abrité, tondu, sans cailloux, et avec une rivière descendant directement de sa source. Que demande le peuple migrateur?

Un bon bain à remous à la frontale, une bonne canette de haricots rouge, et un bon sommeil réparateur, parfait. Nous y resterons d’ailleurs toute la matinée pour profiter de la magie de ce lieu, Irie. Midi, déjeuner chez la femme de David, que nous recroisons. Elle cuisine Ital, c’est à dire sans produit d’origine animale, comme le veux la tradition rasta. Non, rasta n’est pas qu’une coiffe oubliée et débrouillarde. Rasta, c’est une philosophie de vie, partagée par 1% des dominicains. Pas de produits animal, respect inconditionnel de la naturel, non accumulation de biens, non violence, du reggae, et de l’herbe pour rester au contact de Jah, grande culture et belles idées. Au milieu des années 70, ils étaient pourchassés et pouvaient être abattus légalement grâce au « Dread act ». Quand le pouvoir, la corruption et la passavité se rejoignent, la violence s’extasie de liberté.

Aujourd’hui est le dernier jour de la décennie. Nous devons retrouver des amis de Nantes que je n’ai pas vu depuis… longtemps. Nous nous donnons rendez-vous dans la soirée, le temps que tout le monde rejoigne son hébergement.

Nous rejoignons le notre, insolite à souhait. Pas d’eau, pas de cuisine, pas de lit mais des hamacs avec une courbe rappelant la fonction carré. On repart. Les joies du RBn’B, ado, je détestais déjà cette musique, comprendra qui peut.

Amusant, la veille, nous sommes dans le plus grand luxe avec eau et espace a volonté, sans prix. Le lendemain, notre déception en aura un.

Un bon repas, et un réveillon sans trémousse. Les dominicains vont à la messe et célèbre la nouvelle année en famille. Pas de bar mais une belle cahute, la ou le seul chemin nous mena, soirée édulcorée et arhumatisée, trébuchante sur la fin. Nous nous disons déjà au revoir avec la promesse de nouvelles retrouvailles, martiniquaises cette fois.

Nous restons quelques jours sur Wotten Waven et déjeunons régulièrement chez David et sa femme. Nous partons vers les chutes de Trafalgar. En sortant du village, nous tombons rapidement sur un pont enjambant une rivière fumante. Par endroit, l’eau bouillante arrive à s’échapper du sol et retomber dans une bassine tapissée de souffre. Plus loin, de petites baraques bordent la route et proposent aux touristes de beaux souvenirs « made in China ». Chaque baraque propose le même assortiment de « décor-frigo », de « ôte-capsule », de « pose-fesse »… En chemin, je rêve de devenir pipotiste pro et investie dans une superbe flûte en bambou, version 7 trous, dont un pour souffler dedans.

Nous entrons dans le parc protégé des chutes qui empruntent un nom symbole d’aventure au village voisin, Trafalgar. D’énorme bloc de pierre rappelant Hampi l’indienne. Pas de dieu singe mais une énergie omniprésente. Chaque bloc doit peser des tonnes que seuls les ouragans arrivent à bouger. Ce lieu à la particularité d’être modifié au gré des forces du ciel. A droite, les chutes de maman (Mama’s falls), à gauche, celle de papa (Papa’s falls). Rien de phallique dans la géométrie mais la vulgaire habitude d’attribuer la masculinité au plus grand et fort jet d’eau. Nous passons de blocs en blocs pour atteindre le point de chute de ces eaux. A ma grande surprise, l’eau est bonne avec autant de degrés qu’un frais mojito … nous poursuivons. Longeant la chute de minéral par la gauche, nous repassons le liquide pour un joli point de vue, le pied de la chute. L’eau est glaciale, comme un Virgin mojito avec trop de glaçons. A gauche s’échappe pourtant vapeurs et eau en ébullition. Incroyable lieu, l’eau qui tombe des cieux retrouve celle qui jaillit de terre, ici glacée, ici brûlante, ici parfaite. Le vert, le jaune, et le rouge, les couleurs des rasta prennent leur origines ici. La nature, le souffre, l’argile. Ces trois couleurs trouvent en ces lieu toutes leurs déclinaisons. Ajoutez à cela un soleil qui vient jouer sur les contrastes comme un publicitaire sur Photoshop et vous obtenez un lieu changeant au fur et à mesure que le soleil se meut. Je vous aurais bien parler du coucher de soleil, mais il me reste encore 15 jours à narrer, en même temps, vous avez le temps de lire en ce moment.

Nous rentrons de nuit appréciant le ciel rempli d’étoiles. De manière générale et poétique, plus la ville est pauvre, plus le ciel est riche. Un débat à ouvrir après le quatrième mojito.

Ornicar et Tefiti sont si heureux ce matin. Ils ne sont plus accoudés mais debouts et fiers. Direction Laudat. 7,6km, étape courte. Sur les 3 derniers kilomètres, il faudra monter de 450m! Dans un effort surhumain, nous doublons une femme à pied, les applications nous donne des pentes jusqu’à 56%, impossible mais ressenti. Comme un rhum qui te sèche sur place, à hurler pour avancer, à transpirer, je pousse beaucoup, Mana avance, coup de pédale après coup de pédale… 3h pour faire 7km… record battu! Si on devait se donner des rôles, je serai le grand frère coach, celui qui fait faire des bêtises et qui dit que c’est bientôt terminé. À chaque virage, la promesse d’un petit mieux. A chaque boucle je sors un « allez, c’est bientôt fini » ou un « allez, encore un peu, on arrive ». Si seul je n’abandonnerai pas ici, je ne sais pas si j’arriverai à suivre quelqu’un vers autant d’ingénieux inconforts . Il est clair ici que le voyage en couple est une histoire de confiance et de respect. Allez là où on n’irait pas seul, agir avec patience. Ne croyez pas que les rôles soient figés, sur l’atlantique, les paroles de Mana m’encourageait à affronter mes plus grandes peurs. Je me souviens de toutes ces discussions sur « le voyage en couple », pour résumer, c’est quitte ou double!

Chaque douleur lente, dans l’attente d’un point de vue, d’une banane, d’un coup d’eau, d’un regard, c’est autant de moments de méditation, d’énergie que l’on capitalise pour plus tard. On reprend la confiance, le respect, en soi et envers l’équipage, tous embarqués dans une même galère et partageant les mêmes succès.

Nous arrivons à Laudat en vainqueur. Nous passons à l’épicerie récupérer quelques vivres. C’est la supérette la plus petite du monde, 25m2 et peu achalandée. Nous rencontrons en route un couple de québécois , Eve et Danny qui traverse à pied l’ile du sud au nord. Nous partageons notre repas avec eux puis nous établissons un camp dans les gradins d’un stade de foot abandonnés par les sportifs et convoités par les fêtards. On pose les hamacs après avoir pris soin d’enlever le verre un peu partout.

On accroche la vache à eau dans les vestiaires abritant des filets, des canettes, une bate de cricket, du fil électrique, nous tenons notre salle d’eau de chantier.

Dîner autour d’une cane de haricots, du riz, des oignons, des sardines grillés, quelques bières, on est bien. Le lendemain c’est pluie. Nous devions aller vers les Middleham falls, mais le temps est contre nous, la flemme, elle, avec nous. Ève et Danny continuent leur route.

On en profite pour retourner à l’épicerie et demander le mari. En effet, notre amie de Nantes m’a tuyauté… le mari de l’épicière a commencé à construire une cabane pour accueillir les marcheurs et touristes de passage.

Les marcheurs, ces randonneurs qui parcourent l’ile de la Dominique par segment, 14 segments, un par jour. Ce chemin passe par les lieux les plus bucoliques de l’île et met les mollets à dure contribution. Le WaituKubuli Trail est un chemin entretenu qui vous emmène à travers la forêt, les rivières, les volcans, dépaysement garanti. Chaque jour, vous passez ou vous arrêtez dans un village pour ravitailler et ou dormir. Dans la catégorie « tourisme écoresponsable », on ne fait pas mieux.

Après une journée de repos, direction l’attraction, le « boiling lake ». Après un réveil aux horreurs et un décollage rapide, nous entamons vers 10h une des plus belles Rando de l’ile. Arrivé au poste de garde sans garde, nous commençons. Des marches en bois, un sentier large, des fougères décimées par les coutelas, le chemin est entretenu. La progression est rapide, jusqu’à ce que le dénivelé, la boue et les cailloux pointent le bout de leur nez crotté. Plus avance plus la difficulté augmente. On aperçoit au loin une montée de fumée, notre diable d’objectif. Il faut maintenant s’aider de frêles ficelles pour descendre en rappel. C’est la vallée de la désolation. Il n’y pousse que quelques végétaux durs à cuire qui s‘épanouisse dans une atmosphère des plus souffrée. Le sol est chaud, l’eau des rus boue, l’air pue.

L’ébouillantage est le châtiment à qui ne posera pas le pied à l’endroit désigné. Lorsque la résurgence est suffisamment loin, la rivière se transforme en spa.

Cela fait déjà 4 heures que nous marchons et ce lac est toujours une promesse. Le mauvais temps se rapproche. Dernier pierrier et voici notre récompense. Un cratère plus grand qu’un pavillon au milieu duquel valse des tornades de nuages chaud et humide. Rien ne vie ici. L’eau semble bouillir, en vérité elle laisse échapper les flatulences d’un magma en digestion. Nous essayons de descendre au pied du lac pour réaliser le « egg challenge ». Chaque randonneur part avec lui pour faire cuire ses œufs sur place. A en juger par le nombre de coquille autour de nous, c’est un rite suivi. Sans vent, l’épais manteau de vapeur cache le lac. Comme la robe blanche d’une actrice blonde, le vent soulève le tissu et laisse apparaître la magie. Le lac pudique ne reste jamais longtemps dévêtu. Coup d’œil sur la montre, pleine conscience sur le corps, il se fait tard, pas vraiment le temps de rester là, tantôt échaudés par le manteau, tantôt congelés par la brise. Nous revenons vers la vallée désolée et sortons les œufs. Nous déjeunons dans un Hammam. Aller, le temps de déconner devant l’objectif et c’est reparti. Il pleut désormais et les 21000 marches de l’aller sont désormais glissantes à souhait. On remonte par la ficelle, on remonte la vallée, le point de vue sur Roseau, on redescend vers la rivière, on remonte dans la forêt, bizarrement le mental nous fait presque courir. Nous sommes arrivés! Baignade dans l’eau froide des gorges de Titou avec douche chaude naturelle. Les jambes se remettent de nos 7h30 de marche et des 42000 marches… et oui, face à la pluie omniprésente une équipe d’agents montent régulièrement pelle et pioche à l’épaule entretenir ce sentier touristique. Seules des marches permettent d’avoir un chemin praticable. Quelle journée. Encore 30 minutes de marche pour rejoindre notre logement. Une effluve me parvient, je crains le pire. Inspection, le chien du propriétaire a pissé dans mes sacoches.

Prochaine destination, Mero. La montée se transforme en descente relativement dangereuse où les voitures me ralentissent. Nous empruntons la plus grosse route de Dominique. Elle relie les deux plus grandes villes que sont Roseau et Portsmouth, prononcez « Porsmoss ». Nous faisons étape à Mero pour la nuit. En arrivant dans le village côtier, réputé touristique, beaucoup de voiture et de monde devant un mur d’enceintes. Impossible de s’entendre, le boomer twerk si fort que le marteau ne décolle plus de l’enclume, une sorte de vacarme silencieux. Nous avançons tant bien que mal à travers la foule qui nous dévisage. Deux blanc sur des vélos, c’est la discrétion assurée. Une seule rue principale qui longe la cote. Nous n’observons aucun terrain calme et nous décidons de demander charité pour un bout de gazon. Dans un courage masculin, c’est Mana qui part à la rencontre de 3 femmes bavardant sur une terrasse. Elles ont l’air méfiante au début mais le courant passe bien. Elles réfléchissent et finalement nous ouvre un portail donnant sur une maison non habité. Nous faisons le tour de la maison, le terrain est paysagé, la mer jouxte l’extrémité de la propriété, une piscine et un jacuzzi complete le tableau. Nous sommes invités à installer notre tente dans cet espace inespéré. La maison est un ancien restaurant avec chambres d’hôte. Les propriétaires ne peuvent plus utiliser la maison car beaucoup de travaux sont a faire suite à l’ouragan. Hors de question de laisser cette maison croupir, les débris sont ramassés, le terrain entretenu, les équipements sont vides, pas d’eau, pas d’électricité, mais pas de défaite. La fierté est une qualité lorsqu’elle est bien placée.

Après un poisson grillé et une soirée calme, petit déjeuner sur la plage de sable noir. Les pélicans nous font une démonstration de plongeons. En selle pour le Nord. Le soleil cogne, la route longe toujours la cote et nous alternons cotes et descentes.

Déjeuner à Dublanc dans une épicerie. Il y a ici au moins 5 petits restaurants, mais tous sont fermés. On se rabat sur une épicerie qui nous prépare quelques sandwich fourrés. Impossible de continuer sous ce soleil, nous ferons la sieste sous l’abri des pêcheurs. Nous arrivons à « Porsmoss » et passerons la nuit sous le porche de l’office de Tourisme. Un homme nous y accueille. Il se présente comme le patron. Nous le saluons, lui demandons s’il connaît un endroit pour passer la nuit au calme. « Vous êtes européens? » demande t-il. Oui. « Alors soyez les bienvenues, cet endroit est votre maison, c’est vous qui l’avez payée ». Suite à l’ouragan Maria, les dégâts sont tels sur l’ile que la communauté internationale a envoyé de nombreux dons à la Dominique, et l’Europe a, entre autre, financé ce nouveau centre touristique, face à la baie de Portsmouth. Il laisse les toilettes ouverts pour nous cette nuit. Je tenterai d’y aller plus tard mais une femme junkie sans chaussure, complètement à coté de ces pieds donc, retarde l’évacuation d’une tradition de routard, boire une bière à l’arrivée.

Aujourd’hui, c’est le grand jour, on traverse la Dominique par l’ancienne route du nord. Un petit 24km mais avec quelques surprises sur le parcours. En sortant de la ville, nous comprenons rapidement que le nord sera paisible, petite route, peu de trafic. Soudainement, malgré la couleur pétrole, le bitume se transforme en billard. Des trottoirs au milieu de nulle part, des bordures avec caniveaux… et puis une résidence, flambant neuve, toute droit sortie d’un catalogue de défiscalisation, le Kempinski. L’hôtel est vide. Poursuivons. Les panoramas se suivent, les palmiers sont alignés. Sur cette cote, la plupart des plages sont privées et le tourisme de luxe fait la loi. Nombreux sont les touristes américains. Nous passons devant un groupe de travailleurs, tout le monde se salue avec de grands sourires, ils encouragent Mana, la Dominique que nous aimons.

Nous arrivons à la bifurcation. A droite, la montage, à gauche, la plage, nous prenons à droite. Au milieu de la première cote, nous dégoulinons déjà. Deux hommes déchargent leur voiture et nous invite à la pause. Une masse et un gringalet rasta avec des cœurs grands comme des fruits à pain. Nous souhaitons continuer pour ne pas refroidir mais comment résister à un tel accueil. On parle de la Dominique, de l’ouragan, de la nature, de ce qu’elle offre. C’est la première fois que je vois dans un pays autant de trentenaire connaître les noms et les secrets de la nature. Ici, tout le monde cultive son jardin, ses plantes médicinales et le sourire. Pour nous encourager, le plus grand va récupérer 4 belles noix de coco. Nous sirotons ce cadeau de la nature tous ensemble, on pourrait rester ici pour la soirée tellement c’est agréable. Mais on ne fait pas attendre la montagne, surtout quand nous ne savons pas à quoi nous attendre. En haut de cette rue déjà coriace, un carrefour, les cris des chiens résonnent. A droite, dans notre direction, une voiture brûlée et une route bétonnée et étroite, qui mène vers la montagne. J’aime ce genre de route, celle qui invite et qui insinue. Mana aime consulter l’application de planification d’itinéraire. Elle nous annonce encore 2,5km avant le sommet, bonne nouvelle. Un contact digital sur la touche « détails » achève net la proximité temporelle du repos. Encore 550 énorme mètres à gravir. 22% de pente en moyenne. Mieux vaut-il le savoir ou avancer en constatant, question de personnalité. La réalité est que je n’avais jamais vu une telle cote! Rapidement, la roue arrière patine quand celle devant quitte le sol. En plus de la pente, le peu de passage couplé à l’humidité encourage les mousses à s’étendre sur le béton, adhérence nulle. Nous descendons des vélos et poussons, comme des ânes mais sans le braiment. Mêmes les chaussures ne sont pas fiables, c’est la suée, la vraie, le spa. Nous parlons peu pour économiser la salive et surtout pour rester dans l’effort, dans l’intensité du moment. « Vivez dans le présent » qu’il disait…

Trève, du plat, Allelujah! Une superbe boucle nous offre un panorama grandiose. On y voit les Caraïbes, la Guadeloupe, les montagnes, et le bout qui nous reste. Nous délectons ces quelques dizaines de mètres de plats avant d’arriver sur une route dégommée, pleine de trous et toujours empruntée. Debout sur les pédales, Ornicar et Téfiti tentent d’avancer, puis s’arrêtent à nouveau. Ils faut de nouveau pousser les montures. Un nouvel élément vient s’ajouter à cette belle collection de difficultés, le vent. Nous arrivons au col, panneau « morne au Diable crater » , tout un programme. Tout le vent venu des cotes africaines vient s’engouffrer ici entre deux mornes. Ici, on comprend parfaitement les caractéristiques de l’effet Venturi. Il faut baisser l’échine pour ne pas risquer de prendre un gravillon entre les yeux. Les bras bien tendu, le cul en arrière, la position est celle d’un sprinter qui compte faire un 100m en poussant son vélo. Les pieds sur les pointes, les mains dégoulinantes étranglent les poignées, la tête aérodynamique, PAN! Ne pas relever la tête, pousser, encore, scanner son corps pour déceler le moindre début de douleur et reprendre une position efficace. Mana est devant moi, l’herbe haute est couchée, peut être pour nous indiquer de là où l’on vient. Je hurle à gorges déployée tentant d’attirer l’attention de Mana. Elle ne m‘entend pas et continue sa marche contre le vent. La scène est irréelle et m’amuse énormément. Comment les difficultés peuvent elles s’additionner de la sorte, me faisant mentir à chaque que je prédis la fin approchante de cette ballade? Je repense à mes sourires après des journées infiniment éprouvantes dans des lieux désolés, l’humain n’a t-il pas cette capacité de résilience, d’apprécier le moment présent?

Cheveux à la Sangoku, c’est l’Atlantique qui se laisse voir, ha non… il est vrai que le panneau était formel, « crater ». Nous venons donc de passer le premier versant. 3 heures après avoir fini nos coco, enfin, pause déjeuner et sieste dans le creux du cratère. Les végétaux sont. ici bien coiffés dans le sens du vent, les palmiers sont tous décapités, cicatrice de Maria. Une grande maison très exposée avait vu sur les Caraïbes et sur l’atlantique. Une maison abandonnée de plus.

Après un long repos, nous grimpons ce deuxieme versant, et c’est l’Atlantique qui se laisse observé. On y voit la belle galette antillaise, Marie Galante, l’île où vivent Stéphane et Tefiti 1ère. Nous entamons la descente, aussi vertigineuse que la montée, pas question de rater un virage. Nous passons les petits villages de Penville, Vieille case, Thibaud, le tout sur une route dans un état de délabrement aléatoire. Nous sommes en Janvier. En décembre se déroulait les élections nationales, et ce sa voit. Le parti sortant offre des ravalements aux habitants, nettoie tous les bords de route avec des armées de travailleurs temporaires. De grandes fresques à son effigie et à celle de son parti hornent les murs. Un des slogans « I run things », je gère des choses, un programme lourd. Les cyclotouristes sont rare ici, tout le monde nous regarde, voir nous dévisage, mais surtout nous accueille et nous souri. Tantôt nous descendons à toute vitesse, tantôt l’élan se pétrifie, forçant nous autres cyclistes à redevenir piétons. Nous somme désormais au niveau de la mer, fatigués. Anse Soldat sonne parfaitement pour un repos du guerrier. Un panneau annonce un restaurant et une épicerie, « Sea breeze », parfait. Le restaurant a les pied sur la plage, l’eau est translucide. Nous parcourons la plage de long en large à la recherche de plat. Il se trouve que toutes les propriétés s’arrêtent sur les plages. Nous demandons à l’épicerie et ils nous autorisent à passer la tente au plat, non loin de leur restaurant, parfait. Tente montée, bière clope, le sport sain, ça va cinq minutes. Nous posons nos carcasses sur le banc de l’épicerie qui a une cuisine. Il reste des pâtes avec du corned-beef, parfait pourvu que le goût et l’équilibre de soient pas de critères de jugement. Nous sommes chez Anju et sa femme, d’une gentillesse! Chez eux, c’est la tradition, le soir, c’est cinéma. Le grand écran au dessus du bar est tourné vers la plage, la sono est fond et chaque habitant mâle du hameau vient trouver une chaise et un godet de rhum. Quel ambiance! L’assistance se prend la tête dans les mains lorsque le protagoniste prend la mauvaise option. Une rasade de jus de canne fermenté. Le film fini, chacun regagne sa maison, même nous, notre maison portable. Comme nous avons eu le temps de discuter, Anju nous propose de mettre la tente sous le toit du bar. Le voyage, l’imprévu, la récompense. La lune éclaire parfaitement ce coin de paradis et donne assez de lumière aux énormes crabes pour aller faire leur promenade de tordus.

Aujourd’hui, journée de repos, 30km, plus ou moins plat, altitude moyenne de 34m mais nous réussiront tout de même un joli 700 de dénivelé positif, ça reste plus plat que d’habitude. Je suis perdu dans les classifications, plat se situe t-il bien entre l’ascendant et le descendant? A moins que ce ne soit une histoire de nuances. Nous nous dirigeons vers la réserve Kalinago. Un peu d’ethnologie et d’histoire. Avant l’arrivée des Européens, les Caraïbes sont peuplées par des indigènes. Les différentes gravures d’antan montre des habitants ressemblant aux indigènes du nord de l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale, logique. Or aujourd’hui, un antillais qui se dit de souche est en fait descendant des marrons, des esclaves. Je vous laisse creuser ce sujet dans les liens en bas d’article. Seule la Dominique conserve un territoire Kalinago, une réserve. Lorsque nous arrivons le soir, nous allons chez Louisette et Nanichi. Avec fierté il nous dit, « ici, vous êtes en territoire Kalinago, la bas, c’est la Dominique ». Le temps et les mariages passants, le peuple se métisse et les traditions se perdent, mais la fierté demeure. Nous irons nous reposer et nous laver dans la rivière avec un groupe de jeunes venus ici faire la paix avec eux et la société. De l’autre côté du fleuve, en Dominique, les baigneurs sont noirs. Le fleuve délimite le territoire. Aucune animosité les uns envers les autres, du mélange même, mais cette observation m’interpellait alors.

Nous repartons avec dès le départ, une côte. Un peu plus loin, un mur, on connaît la chanson, on pousse, échine courbée, force dans les pointes et tout et tout. Nous passons par Salybia et ses quelques stand pour touristes. Les ressources économiques sont faibles et s’amenuisent. Nous longeons cette belle côte Atlantique en direction de Castlebruce ou nous pensons passer la nuit. Notre bateau pour la Martinique part dans 3 jours, nous avons le temps de faire de petite étape pour profiter des journées. Arrivés à Castelbruce, rien. La ville est vide d’activité, sauf l’église. Pas de café, pas d’épicerie, une banque. Nous descendons vers les nouveaux quartiers à la sortie de la ville. Un bar diffuse à un volume insupportable une musique dont je ne retiens pas les accords, trop horrifiés par les va-et-vient violent des haut parleurs. Le ciel devient menaçant et il nous faut vite trouver un toit, mais pas ici. Nous achetons un peu de coca et de gâteaux pour prendre des force, nous sommes au bord de l’océan et notre direction est la montagne. L’objectif n’est pas de faire des kilomètres mais de trouver notre emplacement de bivouac. Dans cette situation, le regard balaie chaque recoin, chaque chemin, chaque terrain. A gauche, un chemin peu emprunté s’éloigne de la route, nous le suivons et parcourons les environs. Le chemin mène jusqu’à une des 365 rivières de l’île, malheureusement, pas de plat. Nous repairons quelques maisons sur le route mais personne pour demander si nous pourrions poser notre tente pour la nuit. Le ciel noircit, le vent se lève. Pas de trafic, personne. Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrête à notre niveau et nous demande si nous avons un endroit où dormir. Il dit qu’une tempête approche et que nous ne devrions pas passer la nuit dehors. Il nous invite chez lui, pour nous mettre en sécurité, on ne rigole pas avec les tempêtes en Dominique. La voiture s’éloigne après nous avoir indiqué la route. Nous arrivons enfin chez Byron, deux heures après le début de notre recherche. Il nous fait visiter sa maison. Byron est parti aux USA pour gagner sa vie et a pu construire une maison en Dominique. Il vivait au Texas et nous raconte sa vie la bas, sa vie de noir. Nous ne savons pas s’il exagère sur certains points mais l’homme a clairement été bouleversé par la « American Way or Life ». Il nous parle des policiers arrogants et violents envers les noirs, des blancs armés jusqu’aux dents et outrageusement méfiant envers les hispano et les noirs, la vie de pavillon où chacun se compare et se toise, ou les échanges se limitent au cercle familial, il est revenu en Dominique. Ici les gens n’ont pas d’argent mais ils ont un cœur, il est heureux ici. Il vit avec son fils et sa tante. Il nous installe dans une chambre vide. L’ambiance est spéciale car chacun mange dans sa chambre, avec ses habitudes et son programme télé. Pour lui, l’essentiel, c’est que nous ayons un toit. Il nous dit qu’il aide les blancs pour qu’un jour ils se souviennent de la fraternité. Une soirée étrange mais hautement symbolique. La pluie commence, des trombes d’eau s’abattent sur ces terres jonchées d’arbre morts, des bouts de tôles ondulées et rouillées espèrent retrouver leur fonction première. On ne rigole pas avec les tempêtes en Dominique. Merci Byron pour ta fraternité.

Nous discutons longuement avec sa tante le matin, elle nous parle des plantes, de son jardin, de sa pharmacopée, la connaissance de la nature est grande aux Antilles. Après un délicieux sirop d’Ibiscus, direction la Emerald Pool. Avec la pluie, cette attraction touristique naturelle est déserte, un bon bain, un bon massage et nous repartons pour Roseau. L’itinéraire est assez facile aujourd’hui, il faut dire qu’il devient difficile de faire pire que les jours précédents. Nos corps aussi se sont habitués, nous sommes des machines comme on dit. Nous avons du temps devant nous, pause déjeuner à Sylvania. La pluie s’abat et ne s’arrêtera plus pour les 5 jours à venir. Une fois installés, la patronne nous demande ce que nous faisons ici.

⁃ Nous rentrons pour prendre la navette de demain pour la Martinique.

⁃ Vous ne pouvez pas rentrez, il n’y a pas de navette.

⁃ Si, nous avons bien notre billet.

⁃ Non, la tempête est trop forte, pas de navette avant 5 jours, écoutez la radio.

Nous commandons des plats, tous faits maison, histoire de réfléchir le ventre plein. Nous demandons si il y a des hébergements par ici. La patronne se renseigne et nous indique une maison sur les hauteurs. Une dame rentre dans le restaurant, un sourire superbe, un bonheur pur. Elle demande qui nous sommes. La patronne lui explique la situation, et en repartant la dame dit que nous pouvons venir chez elle si nous le souhaitons. Nous ne l’avons pas compris car son accent caribéen est fort, c’est la patronne qui nous le dit. Nous sommes surpris. Nous apprenons alors que la dame en question est la mère de la patronne, et accessoirement l’ancienne patronne. Histoire d’en être sur, nous allons la voir dans sa maison voisine et lui posons la question sans détour.

Effectivement, elle nous confirme que nous pouvons rester chez elle le temps qu’il faudra. Nous sommes à nouveau devant la fraternité pure, et elle nous sourit. Elle nous installe dans sa chambre, elle nous dit que l’on peut utiliser sa cuisine mais qu’elle ne peut pas nous nourrir car elle a une maigre retraite. Finalement, nous prendrons de nombreux repas ensemble. Dans la supérette d’en face, je vais régulièrement acheté de la farine, du lait et des œufs, Alexia raffole des crêpes, nous en faisons quasiment tous les jours. Nous mangeons aussi régulièrement dans le restaurant de sa fille, Joan, nous rencontrons Caryl, son autre fille. Le soir, nous filons au bar pour des parties endiablées de Domino. Dans mon souvenir, je crois qu’elle a gagné toutes les parties. Alexia est la Dominique, souriante, festive, debout, croyante, modeste. Cinq jours riches comme dix et rapides comme deux. Le jour du départ est déjà là, nous partons sous la pluie, toujours là. Il n’y a que de la descente pour rejoindre Roseau. Dans la file d’attente du départ forcément chargée, une surprise, une taxe de départ, en liquide seulement et qui connais une inflation impressionnante ces dernières années, c’est la caissière qui me le confirme.

Aller, c’est parti, retour sur la mer, calme tant que nous somme abrités de l’île. Au passage du cap de Scott sur head, d’énormes vagues viennent d’exploser contre les coques d’acier. Le bateau décolle et se fracasse contre la surface trois mètres plus bas. Les vitres tremblent dans un silence inquiétant, plus personne ne parle. Chaque passager tente une technique, respiration profonde, fermer les yeux, s’agripper à son ou sa compagne. Le capitaine ne ralentira pas d’un poil, ça passera. Les équipiers distribue les sacs en papiers lorsqu’il n’est pas trop tard. La houle vient sur bâbord et chaque fois envoie l’horizon vers les nuage avant que la gravité nous renvoie des gerbes d’eau. Enfin la terrible attraction foraine s’arrête au passage du cap nord de la Martinique, il y fait beau, nous passons la montagne pelée, Saint Pierre et arrivée à Fort de France après deux longues heures de « malmenage ». Même de l’extérieur, le contraste entre Martinique et Dominique est saisissant, beaucoup plus de bitumes et de bétons. Nous revoilà en terre française. Dominique, MERCI.

Liens utiles:

Lien vers notre vidéo:

https://youtu.be/musPy0V22xI

Parler le patois Rastafari:

https://fr.wikihow.com/parler-le-patois-Rastafari

Une vie politique chaotique:

https://www.aljazeera.com/news/2019/12/dominicans-head-polls-protests-legal-challenge-191205132344669.html

Histoire des peuples indigènes des Caraïbes

Galerie

Une transat, ça se relate.

Le 22/11/2019 : Nous mettons les voiles à 15h52 du mouillage de Las palmas, le cœur plein d’excitation teintée d’appréhension, direction le Cap Vert ! 
Pour l’instant le vent est de Nord-Ouest, il nous pousse sur la côte Africaine. 
Nous croisons des cargots, des voiliers et plus au large un aileron (de requin ?! ). Il fait mine de se rapprocher puis continue sa route. 
Pour le premier repas à bord, Léo nous régale d’une délicieuse salade avocats, chou, tomates et graines de tournesol. Nous avons aussi attaqué Robert, notre jambon de compagnie (au moins pour la traversée).

Nous débutons les quarts de nuit à 21h sur un roulement de 2h30 chacun pendant lesquels nous surveillons le pilote automatique, modifions légèrement le cap pour garder l’allure et surveillons la tablette sur laquelle l’AIS nous indique notre position et celle des autres bateaux. 
Ce soir, la mer est calme, le vent aussi. Dans l’obscurité, les remous du bateau laissent apparaître des traînées phosphorescentes de plancton.

Le 23/11/2019 : La mer est trèèèès calme, nous n’avançons pas, ou si peu. A ce rythme, le GPS estime notre arrivée pour février… le vent se lève enfin en début de soirée. L’accalmie nous a permis d’observer quelques minutes le dos de deux dauphins immobiles à la surface, ils se sont ensuite rapidement éloignés. J’aurais aimé pouvoir les observer plus longtemps .
Léo sort les rapalas, il rêve de pêcher une daurade, 10 minutes plus tard, plus de leurre ! Reste l’illusion… 
Il débute les quarts ce soir. Il a vu des éclairs au loin, à 180° autour du bateau présageant du gros temps à venir, puis ces nuages ce sont écartés de notre route. Je préfère ça ! Je trouve la mer suffisamment agitée pour avoir des difficultés à dormir, il y a plein de nouveaux bruits, de craquements, de mouvements… On entend un glouglou, il y-a-t-il un trou dans la coque qui laisse entrer l’eau ? On entend de grands BOUM, le bateau va-t-il casser en deux ? Bref, nous ne sommes pas très rassurés mais le magnifique ciel étoilé nous servant de toit pendant nos quart éclipse pour un temps nos craintes.

Le 24/11/2019 : Aujourd’hui vent nord-est, cap 240°. 
Le vent nous incite à partir à l’ouest, nous devons résister à cette tentation car nous sommes trop loin encore du cap vert. Nous risquerions d’être pris dans un anti-cyclone et de rester bloqué au milieu de nulle part, le fameux pot au noir. Détail plus trivial, nous avons fait plus ample connaissance avec les toilettes, oui ils sont un peu spéciaux, il faut pomper, pour mettre la cuvette sous vide et aspirer le contenu, dit comme ça, ça a l’air facile. Que nenni ! Il faut pomper suffisamment longtemps sinon les toilettes peuvent refouler et c’est ce suffisamment longtemps que nous avons encore du mal à évaluer. Bref le bonheur des s’occuper de ce « détail » au petit matin et les conversations techniques qui s’en suivent au moment des repas.

Le 25/11/2019 : Vent de Nord-Est, cap 210°.
À vol d’oiseau nous sommes à 2500 milles nautiques de Marie-Galante, cette constatation m’amène une réflexion qui tombe sous le sens : « On n’est pas arrivés mais on avance ! » 
Nous nous relayons à la barre le jour afin d’économiser les batteries. Pour mettre le pilote automatique la nuit. Bien utile ce pilote, nous pouvons nous détendre pendant nos quarts à regarder le ciel, lire, faire des sudokus, réfléchir au sens de la vie…Max s’est même endormi !
Tous les matins depuis le départ nous faisons une salade de fruit que nous mangeons avec des céréales.

Ce midi, comme il nous en reste, je décide de la rallonger avec des légumes, mon idée ne faisait pas l’unanimité mais elle a finalement été appréciée, nous avons baptisé ce nouveau plat : « salade de Frumes ». 
Après un point sur nos réserves d’eau : en 3 jours et demi nous en avons utilisé 1/8ème, un rapide calcul et nous estimons la quantité suffisante si nous arrivons dans 20 jours environ. Ce petit « si » en suspend nous fait restreindre notre consommation à la boisson et à la cuisine et je réalise à quel point nous sommes vulnérables et très dépendants du bon vouloir du vent.
Le clou de la journée : au loin nous voyons un troupeau d’une quinzaine de dauphins avancer en bondissant hors de l’eau, c’est incroyable la joie et l’exitation que ce spectacle nous procure !

Le 26/11/2019 : Vent de Nord-Est en vent arrière, cap 250°. Le Génois est bien gonflé, il manque un tangon pour parfaire la manœuvre, mais comme le dit si bien Stéphane « Nous ne sommes pas sur un bateau de course ! »

Notre route croise celle de Foot Loose un monocoque à pavillon Autrichien, nous faisons route quelques heures dans la même direction. Je me sens rassurée de voir que nous ne sommes pas seuls dans ce grand océan.
Il commence à faire suffisamment chaud pour pouvoir se doucher sur le pont à l’eau de mer, Max en profite pour se laver les cheveux au savon… Et nous voilà face à une catastrophe capillaire ! Ses cheveux sont devenus tous poisseux ! Comme l’eau est salée, le savon ne mousse quasiment pas et se rince difficilement apparemment ! Après un essai avec un autre savon puis un brossage intensif des cheveux, Stéphane lui sauve la mise avec son shampooing. Il a évité de peu la boule à zéro !

A la tombée du jour nous avons repéré deux planètes, elles brillent à côté du soleil couchant. Ce sont Saturne et Jupiter, elles nous indiquent la direction des Antilles.
Qu’elle chance de pouvoir observer les étoiles sans pollution lumineuse ! Nous apprenons à reconnaitre certaines constellations et cela occupe agréablement quelques unes de nos soirées.

Le 30/11/2019 : Le vent est enfin bien levé. Nous sommes dans le cap pour Marie Galante !
Et aujourd’hui nous avons eu l’immense bonheur d’assister à quatre balais de dauphins ! Le premier s’est contenté de rester à quelques mètres du bateau, mais les suivants (était ce les mêmes ?) , nous ont donné un vrai spectacle ! C’était fantastique ! Ils ont nagé tout près des coques comme si ils faisaient la course entre eux et avec le bateau. Ils se donnaient des coups de queue de temps en temps comme si ils se tiraient le bourre. Parfois ils étaient plusieurs à bondir hors de l’eau en même temps, nous donnant l’impression d’assister à un spectacle bien organisé. Nous entendions leur langage cliquetant à travers l’eau. Et pour signer la fin de la représentation, ils disparaissaient ensemble, soudainement, comme un seul être, en plongeant sous la bateau.

Le 1/12/2019 : Le vent a forcit aujourd’hui, nous avons du mal à tenir la barre et à maintenir le cap. Notre distance parcourue est de 156 milles nautiques en 24h, cela ne nous était pas encore arrivé depuis le début de la traversée. Pour la nuit nous avons même mis le foc à la place du génois.

J’ai enfin vu des poissons volants voler ! A savoir, j’étais la seule à ne pas les voir jusqu’à présent. Je devais les confondre avec des oiseaux, oui par ce que l’on voit des oiseaux assez loin des côtes. Les poissons volants peuvent rester un temps assez long hors de l’eau, ils ricochent sur les vagues pour reprendre leur élan, ils changent même de direction en l’air. A partir du moment où j’ai repéré leur fonctionnement, je n’ai cessé d’en voir.
Notre régime alimentaire a changé depuis le début de la traversée. Nous sommes passé d’une salade composée quasiment à tous les repas, à du riz et des pâtes quotidiennement afin de faire durer ce qu’il nous reste de fruits et de légumes le plus longtemps possible.
En début de soirée nous révisons les noeuds marins. Stéphane nous montre comment faire le noeud de chaise à une main et nous voilà partis pour une soirée de rigolades à essayer de le faire ensuite dans différentes positions, les yeux fermés et de dos. Comme quoi pas besoin de grand chose pour s’amuser ! 

Le 2/12/19 : Le foc ne nous a pas empêché d’avoir une nuit agitée. Il y a beaucoup de houle, difficile de se reposer dans ces conditions, on se sent balloté et les bruits auxquels nous nous étions habitués dans nos cabines ce sont intensifiés. De nuit ils paraissent plus inquiétants. 
Une nouvelle constatation de la part de Max, le regard au loin parcourant l’horizon :  » Ça en fait de la flotte ! ». Bref, comme disait ma prof de math en 2nde : « Ça va sans dire mais ça va mieux en le disant. »

Le pilote automatique a tout de même tenu le coup nous évitant de barrer. Max a donc eu le temps pendant son quart d’inventer une nouvelle technique de pêche de poissons volants. En effet, alors qu’il fixait l’océan avec sa lampe frontale allumée au maximum, il a vu un spécimen passant à côté du bateau changer de direction et venir se jeter sur le pont. Il ne répétera cependant pas l’expérience craignant que l’un d’eux ne lui atterisse sur la figure. 
Grâce à ces nouvelles conditions climatiques nous avançons en moyenne à une vitesse entre 6 et 7 noeuds au lieu de 3 noeuds au tout début de la traversée, le GPS estime maintenant notre arrivée à Marie Galante dans 8 jours au lieu de 18. C’est plutôt encourageant !

Dans la journée nous apprenons l’alphabet permettant de parler à la VHF (code international des signaux) c’est assez ludique, pour le retenir je m’invente des histoires avec Charly, Roméo, Juliet et Victor. 
La houle s’accentue dans l’après-midi et nous fait surfer, elle nous pousse dans la bonne direction, nous avons l’impression d’être dans un manège à sensations ! Max éclate de rire à la barre quand nous sommes au sommet des vagues et que nous redescendons, c’est impressionant ! Tefiti surfe.

Pour la première fois depuis le début de cette aventure les vagues viennent nous asperger sur le pont. L’endroit où l’on s’asseoit devient stratégique au risque de prendre une douche surprise, j’en ai fait l’experience juste après m’être changée…

Pour la nuit, par sécurité nous avons gardé seulement la grand voile et avons pris un ris au cas où le vent forcisse.

Le 3/12/2019 : Pendant mon quart le pilote automatique a décroché deux fois à cause de la houle et de la vitesse. Vers 23h je vois que nous avons accélérés, je contrôle la vitesse, 8 noeuds ! A ce rythme là, je sais que le pilote risque de décrocher à nouveau. Je m’approche du poste de pilotage et je vois le compas au cap 240, je n’ai pas le temps de prendre la barre que ce que je craignais est arrivé, nous empannons. La grande voile a brutalement changé de bord. Heureusement la baume était attachée, j’ai repris la barre et remis Te fiti dans le bon cap, la grande voile a donc repris sa position initiale tout aussi brutalement. Je l’éclaire avec ma frontale et constate les dégats. Le sommet est désolidarisé du reste de la voile, la chute baille au vent et il y a une grosse estafilade au centre. Le sang reflux de mon visage, je commence à transpirer, il faut que je réveille Stéphane pour savoir quoi faire. Mais je ne peux pas quitter la barre, le pilote auto ne tiendrait pas et malgré toutes les déchirures, la voile est tendue contre les haubans, nous avançons à grande vitesse. J’attends 10 minutes, le moment où Léo prend son quart, en tenant la barre du mieux que je puisse avec cette houle. Dès qu’il sort la tête de sa cabine je lui dis : « Léo on a un problème avec la GV ! ». Il lève la tête vers elle, constate les dégâts puis réveille Stéphane. Nous affalons ce qu’il reste de grande voile et même alors que nous n’avons aucune voile hissée nous avançons toujours à 5 noeuds. Nous hissons tout de même le foc afin que le bateau reste manoeuvrant. Le pilote auto n’étant pas fiable dans ces conditions, la question se pose maintenant de comment gérer les quarts. En effet barrer 2h30 d’affilé, c’est trop long. Nous prenons la décisions de barrer chacun notre tour 1h, jour et nuit. Une fois cela dit, je vais vite me coucher sachant que je dois me lever dans 3h. Je me sens très inquiète et vulnérable, je réalise à quel point nous sommes une simple coquille de noix perdue dans l’océan et me demande si nous allons réussir à rejoindre Marie Galante. Je n’arrive pas à m’endormir et je me rend compte au bout de quelques minutes que Max n’y arrive pas non plus. Il faut dire que le choc des vagues contre la coque nous fait l’effet d’être dans un tambour et chaque bruit non identifié réveille une angoisse. Pour moi celle de heurter un obstacle et de couler, ou que l’un des équipiers tombe du bateau… J’explique donc à Max l’évènement survenu pendant mon quart ainsi que le nouveau roulement dont nous avons décidés. Ce fût une nuit presque blanche pour nous quatre. Seul Stéphane a l’air confiant. Il se montre toujours calme et optimiste, les Alizées et les courants nous poussent dans la bonne direction et nous avons 3 voiles de différents gabarits pour nous tracter, pourquoi flipper?
Au levé du jour, nous découvrons la taille impressionnante des vagues qui nous entrainent, formant des creux de 6 à 8 mètres pour les plus hautes. Une réflexion me vient spontannément devant cette observation :  » Heureusement que l’on est sur un truc qui flotte ! » Puis pour moi la confiance se réinstalle envers Te fiti et son capitaine ayant tous les deux une grande expérience et une belle solidité. Je me concentre donc sur le moral des troupes car la fatigue et le stress pourraient nous affecter. La houle rend aussi le quotidien moins confortable (et encore nous sommes sur un catamaran ), se déplacer devient plus difficile et les objets dans la cuisine valdinguent régulièrement. Max a le mal de mer. On identifie plusieurs facteurs déclencheurs du mal de mer, tous commencent par un F, dont la Foif. Pour Maxime, ce sera le F de Frousse, de son aveu et de Fatigue. Le repos est impossible pour lui dans la cabine à cause du bruit et de la houle, il essai donc de dormir dans le cockpit là où sont rangés les gilets de sauvetage, la VHF … La peur de l’impressionnant inconnu et l’eventualité d’un cercueil sans planche le hante.
J’ai eu une peur identique au 3ème jour de notre navigation. Comme si je réalisais seulement l’enjeu du voyage, ce que signifie réellement être « seul » au milieu de nulle part. Puis j’ai accepté le fait que j’étais entrain de prendre un « vrai » risque et pas seulement un petit risque mesuré, comme c’est le cas la plupart du temps quand on voyage de nos jours, où l’on peut se renseigner à l’avance sur l’endroit où l’on va et rester en communication quasi permanente avec ses proches. Là rien de tout ça !

Nous pouvons toucher du doigt le sens du mot « aventure ».

Le 4/12/19 : la terre au nord est le Groenland et celle au sud est l’Antarctique. Cette nuit le vent et la houle se sont calmés nous permettant de remettre le pilote automatique en route et de sortir le génois. Nous avançons maintenant à 6 noeuds. Apparemment nous venons de passer une zone où se forment les tempêtes tropicales quand c’est la saison. Nous voilà soulagés de savoir que la suite du voyage sera certainement plus calme et les angoisses de la veilles semblent s’être évaporées.

Pendant la sieste Max a rêvé de faire une machine à laver. Effectivement ça ne serait pas du luxe ! Le pantalon que je porte quotidiennement est poisseux, il tient debout tout seul tellement il est imprégné de sel. Une douche d’eau douce serait également la bienvenue. Nous nous lavons exclusivement à l’eau salée, la peau reste collante ce qui est surtout désagréable quand on se couche par le contact avec le drap.

Aujourd’hui, après sa douche Max a fait tomber sa pochette à savon au travers du plancher aux lattes espacées. Ce n’est d’ailleurs pas notre premier objet à la mer, jusqu’à présent nous avons laissé derrière nous un seau (mal attaché), un tee-shirt, une cuillère, quatre rapalas, et Max a vue de nez 2-3 kg et une taille de short. Il a d’ailleurs fait une découverte d’une portée hautement scientifique, les bourrelets sont anti-UV, il se demandait pourquoi il avait des traces blanches sur le thorax…

Barrer au rythme de 1h toutes les 3h est éprouvant et nous avons tous accumulés de la fatigue. Ce soir nous reprenons notre rythme habituel de quarts.

Le 5/12/19 : ce matin nous avons mangés nos derniers fruits, les repas vont certainement être bien moins diversifiés dans les prochains jours.

Nous sommes rattrapés par un voilier au pavillon Norvégien, Ruffen. Il suit pendant un moment une route parallèle à la notre. Stéphane le contacte par la VHF et nous obtenons la météo pour la semaine à venir. Nous devrions avoir le même temps qu’aujourd’hui voir un peu plus de vent. C’est une bonne nouvelle, nous allons continuer à avancer rapidement.

Pour nous accorder au soleil nous décidons de reculer l’heure d’une heure. En effet il est quatre heures de moins aux antilles qu’aux canaries.

Après le repas de midi, Max et moi voyons passer une forme claire et ovale derrière Léo. Nous nous précipitons pour deviner de quel animal il s’agit. Difficile de trancher car il ne sort pas de l’eau, à peine pour respirer et se découvre alors un ridicule aileron, ridiculeusement petit vu les dimensions du bestiaux. Trop petit pour être une baleine, peut-être un baleineau. Ce serait étrange qu’il soit sans sa mère. En tous les cas il nous occupe une bonne demie heure en apparaissant et disparaissant, surfant dans les vagues, se rapprochant de nous sous la surface puis plongeant, nous laissant seulement deviner sa couleur er sa forme. Max et Léo ont ensuite vu cinq ou six dauphins qui ne sont restés que brièvement près du bateau.

Au niveau alimentaire, les ingrédients qu’il nous reste me donnent de moins en moins envie de manger. Et avec Max nous nous sentons vidés d’énergie et de volonté, nous ne faisons pas grand chose de la journée et le peu que nous faisons nous demande un grand effort. Peut-être est-ce le contre coup des émotions des jours précédents ?

Le 6/12/19 : la nuit dernière a été agitée. Le bateau est parti au lof avec Stéphane à cause d’un coup de vent incongru venu du sud-est alors que nous avions un vent de nord-est. Il a dû complètement larguer le foc afin de pouvoir reprendre le contrôle de Te fiti et le remettre dans le bon cap. Le bateau est également parti au lof avec moi. J’ai suivi la même procédure que Stéphane mais au moment de border à nouveau le foc rien ne se passe. Le mousqueton fixant l’écoute au point d’écoute a cédé laissant le foc claquer au vent. Le bruit et peut-être les mouvements du bateau ont dû réveiller Stéphane puisque le voilà debout. Il affale le foc et fixe l’écoute avec un noeud de chaise. Nous le laissons affalé car même nue de voiles Te fiti avance à 5 noeuds. 

Le 7/12/19 : Nous avons croisé Blue Moon, un pavillon italien cette nuit. Outre cette distraction, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ! Avec le vent dans le dos indécis et changeant, le Génois empannait je l’ai donc changé 7 fois de côté. Ce faisant l’écoute de tribord s’est coincée plusieurs fois dans le winch me contraignant à prendre appui sur le banc pour l’en extraire, après ces batailles j’étais contente d’aller me coucher.

Dans la journée nous avons remplacé la grande voile estropiée contre un foc de rechange. La navigation en est rendue plus agréable car le bateau est plus stable et pique moins du nez, Maxime aurait il besoin d’un foc?

Le 8/12/19 : La nuit est calme, nous avons pu nous reposer. Ce matin j’ai fait des arepas au miel pour le petit déjeuner, je ne pouvais plus m’arrêter d’en manger ! 
Le vent revient de plus belle et le foc doit laisser sa place à la voile tempête, aussi appelé « string », peu de tissu en effet. Nous réparons le génois d’une nouvelle déchirure.

Le 9/12/19 : la mer est calme, il y a peu de vent aujourd’hui et le GPS estime notre arrivée au 13 ou 14 décembre. J’ai hâte ! Surtout par ce que notre alimentation ne me fait plus envie. Nous avons le choix entre riz, pâtes, semoule, pois chiches et lentilles agrémentés de sardines en boites dont je ne supporte plus le goût et de calamar en boîte que je trouve écoeurant. Reste les olives vertes qui égaient encore mes papilles. Je ne pensais pas que l’alimentation deviendrai un problème pour moi pendant la traversée, je ne suis habituellement pas difficile sur ce sujet. Mais là c’est comme si je ressentai les goûts et odeurs plus intensément. 

Nous avons eu un peu de distraction avec une troupe de petits dauphins venus à notre rencontre, puis ils sont vite repartis. Nous sentons que nous approchons des Antilles, le soleil commence à taper fort et il n’y a pas d’endroit ombragé sur le bateau, nous avons donc improvisé un abri avec notre tarp pour protéger au moins le poste le pilotage. Ça fait du bien car nous rotissons littéralement quand nous barrons. Moi qui porte toujours des manches longues, je dois maintenant mettre des chaussettes car sinon j’attrape des coups de soleil sur les pieds. 

Le 10/12/19 : Depuis le milieu de la nuit le pilote automatique a rendu l’âme, enfin, les batteries sont à plat. Du coup nous barrons nuit et jour chacun 2h d’affilé pour leur permettre de se recharger. Cette nuit également nous avons eu un nouveau souci avec les toilettes. Le couvercle s’est fendu, rendant leur évacuation plus difficile… Ce toilette nous en aura fait baver tout du long. Au début du voyage il régurgitait, nous avons donc pompé plus longuement et voilà que maintenant nous avons été peut être trop insistant puisqu’une trop grosse dépression aurait fendu son couvercle… Je ne sais pas si nous allons réussir à trouver comment bien le manipuler avant la fin du voyage.

Le 11/12/19 : Il y a eu beaucoup de houle cette nuit et ce jour, nous avançons bien. J’ai hâte d’être arrivée, on a tous envie d’enfin voir la terre ! Mon activité principale aujourd’hui a été de démêler la ligne du rapalas qui s’est toute entortillée sur elle même à cause des grosses vagues et de la vitesse. Max quant à lui s’est rasé la barbe, c’est comme si une nouvelle personne était sur le bateau ! Il va lui falloir prendre un peu le soleil pour uniformiser son teint ! Nous avons également eu une petite frayeur, la poulie du câble reliant la barre aux barres franches est sortie de son axe. Une vis vite remise a fait l’affaire pour la maintenir en place. Le câble pour sa part se retrouve privé de sa gaine sur sa section la plus sollicitée par la poulie. Aller nous devrions bientôt arriver !

Le 12/12/19 : Cette nuit je me suis pris une averse, ce fût bref mais intense, mon pantalon qui était raidit par le sel a retrouvé sa couleur et sa texture d’origine. Pendant le quart le Léo, le câble qui relie barre et barres franches a cédé à babord. Avec Stéphane ils ont fait une réparation expresse efficace.

A cause de la pluie, la tablette de Stéphane sur laquelle nous suivions notre avancée a rendue l’âme. Heureusement Max a l’application sur son téléphone et nous voyons que nous arriverons certainement dans deux jours ! J’espère que nous allons pouvoir remettre le pilote auto cette nuit !

Le 13/12/19 : Nuit agitée, le vent n’arrêtait pas de tourner et nous avons changé d’amure plusieurs fois. Nous avons pû mettre le pilote auto quand il n’y avait pas trop de houle. Dans la journée la mer était calme mais nous avons bien avancé puisque nous avons fait 152 milles nautiques en 24h. La barrière des 100 milles nautiques restants avant l’arrivée a été passée en début de soirée, nous devrions arriver demain après-midi, heure locale. Nous savons tout ça grâce au GPS car pour l’instant pas de terre en vue. Avant d’aller se coucher Stéphane nous demande d’être vigilents par rapport à d’éventuels bateaux de pêche qui pourraient être sur notre route. Nous sommes vraiment ravis à l’idée d’arriver demain, une douche à l’eau douce serait le paradis, j’ai la peau collante en permanence, notamment sur les mains on dirait qu’elles sont couvertes de colle.

Nous assistons à notre dernier coucher de soleil et dernier levé de lune de la traversée. Ça semble incroyable de se dire que demain c’est terminé et de réaliser que nous avons passé tant de temps en mer. Nous pensons déjà à ce que nous allons manger une fois arrivé. Aurons nous le mal de terre ? 

Le 14/12/19 : Nuit venteuse et pluvieuse, j’ai terminé mon quart trempée. Ce matin en me levant Léo et Steph étaient en tenue de pluie, de gros nuages nous encerclent et là à tribord, des reliefs se découpent derrière les nuages. TERRE!

Nous avançons à seulement 3 noeuds mais on sent que c’est la fin, le pilote auto est activé, chose qui n’arrive normalement pas en journée, sauf en présence de dauphins.

Un grain passe suivi de son souffle qui nous emporte à 6 noeuds. Marie Galante se découpe dans la brume et apparait rapidement. Nous voyons les falaises et la végétation qui semble luxuriante de vert foncé, quel spectacle magnifique ! Nous longeons la côte nord de l’île, nous saluons à l’aveuglette des amis de Stéphane qui doivent nous regarder arriver depuis une maison perchée sur la falaise. Et nous voilà déjà au mouillage de Saint Louis.

Nous voilà tous surpris et hébétés d’être déjà à la fin de ce périple qui tout à coup semble n’avoir été qu’un rêve. 

Marie-Mélina

A mille lieues d’imaginer les aventures, les sentiments, émotions et souvenirs qu’un long voyage en mer pourrait apporter, je repose un pied assuré et rassuré sur terre, la satisfaction d’avoir vécu une expérience de vie.

Maxime

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Expériences et civilisation

Départ de San Augustin, je fais le tour de la ville pour saluer ce qui ont éclairé ce séjour, Steven, Karen, Jean était deja parti, Karla, Damien, Joaquim…

Changement de décor à l’approche de Mocoa situé dans le Putumayo, jouxtant l’amazonie. Je retrouve l’humidité, le vert, les fleuves gorges d’eau et de roches.

Ce voyage s’ouvre sur une nouvelle dimension, celle de la spiritualité. Rien de grave, pas de secte ou de religion en vue mais simplement une expérience spirituelle et personnelle. Autour de l’amazonie (Colombie, Brésil, Equateur, Pérou) subsiste une ancestrale tradition autour de l’Hayauasca, ou Yagé. Si ce breuvage a base de deux plantes récoltées dans la foret est considéré comme psychotrope et donc stupefiant en Europe, ici on l’appelle remede. Le shaman installe une atmosphère mystique en chantant, en jouant de l’harmonica, instrument traditionnel n’est ce pas. L’expérience est personnelle et forte, suffisamment pour m’ouvrir a d’autres soins que ceux accompagnés de produits chimiques. Je n’en dis pas plus car c’est une expérience tres personnelle, ca se vit, cela ne se raconte pas.

Le lendemain de la cérémonie, malgré une nuit courte et agitée, je me sens emplie d’une rare énergie qui ne me quittera pas une semaine durant. Parfait pour affronter ce pour quoi j’avais prolongé mon visa et pourquoi je suis repassé de l’autre coté de la montagne, le trampoline de la mort, en espagnol, prononcé à la beetlejuice, cela fait encore plus peur. La route reprend avec cette nouvelle perspective et cette nouvelle sensibilité.

Comme un refrain, la montagne revient et comme un refrain, c’est la partie de la chanson dont je connais le mieux les variations.  »Mocoa en bas, Pasto est en haut, qui fait du yoyo ». Une premiere journée faite uniquement de montée, de cailloux, de ruisseau a traverser et de camionnette ou bus a éviter sur cette route ou les véhicules ne peuvent se croiser, chacun son tour. Le brouillard se fait épais et je ris dans cette effort de tous les instants. Je ne ferai que 40km mais monterai de 1800m jusque ce mirador ou les passants véhicules viennent prendre un cafe ou un repas avant de poursuivre sur cette route de tous les dangers. Un propriétaire de restaurant me propose de dormir dans une chambre inoccupée, la chance me sourit. Ismael, cyclo colombien se pointe sur son destrier. il vient de faire la montée dans l’autre sens et n’a pas d’argent pour manger, solidarité cycliste, a mon tour d’inviter un camarade. Il repars le lendemain, le ventre vide, ne voulant pas d’un café, sacré Ismael. Encore quelques heure de grimpette et vient la descente, inconsciente mais tellement vivifiante. Je laisse dans un nuage de poussière les camions qui plus tot me noircissaient les bronches et une 4×4 de police me fait l’intérieur  après avoir patienter quelques minutes, plus tard une camionnette refusera de me laisser passer et il faudra toucher le mur pour ne pas toucher ce grrrr. J’imagine qu’ a lire ce la fait très prétentieux, mais je crois être en de ca de ce que j’ai ressenti dans ces 50 kilomètres de folie avec des pointes a 50km/h sur une route qui ne pardonnerait pas une sortie de route. Je tend la main pour remplir ma gourde dans cette chute d’eau bordant la route, et c’est reparti. Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir atteint Sibundoy ou une nouvelle cérémonie m’attend. Nuit Blanche, reprise de la route, sous la pluie puis le déluge jusque cette belle laguna de Cocha. Il me faut désormais quitter la Colombie, besoin d’une frontière pour reprendre le sentiment de progression, après 4 mois et 2500km, il serait temps. Je pédale, je pédale, je pense arriver avant la nuit mais je n’avais pas prévu de passer des montagnes. Je m’arrête a 60km de la frontière et tend le pouce espérant rejoindre mon objectif. Trente minutes passent et une camionnette de cyclistes me collent dans la benne avec Ornicar pour 50km de montagne en pleine nuit noire, il me restera tout de meme a trouver un toit une fois arriver, le toit des toilettes publiques fera l’affaire. Dernière visite par las Lajas, improbable basilique enjambant un ruisseau au creux d’une vallée. Espectacular. Je me relis, et sens que meme a l’écrit je veux changer de chapitre.

Le temps d’attente a l’immigration colombienne puis a celle de la l’équateur le sera tout autant. La crise vénézuélienne s’amplifiant, nombreux sont ceux a tout quitter pour retrouver une vie en Equateur, Pérou, Chili. Des amitiés se créent dans ses longues filent ou il serait vite arrive de se faire dépouiller de sacs, non transportable dans la queue. Ornicar trouvera réconfort pendant cette longue attente auprès de bienveillants voyageurs. Après 6h de queue, il est temps de repartir, en Equateur cette fois, mais pas questions de prendre la passante, polluée et dangereuse panaméricaine. Ma carte indique une autre route, sans grand detour et traversant un paramo, encore lui. La mention  »secondaire’‘ sur la carte m’inspire une dizaine d’heures pour rejoindre Ibarra, le double sera plus raisonnable. La route, ou plutôt le chemin monte jusque 3200m, j’ai honteusement retendu le pouce pour arriver en haut de ce paramo ou mes sauveurs m’indiquent un endroit ou dormir, à 10 minutes d’après eux, à deux heures selon mes pédales, a la douce et pale lumière de l’astre blanc, et un très bel emplacement pour ma tente ce soir, entouré de nature, d’eau et d’étoiles. L’aube venu, la civilisation me rattrape et une moto passe a proximité, et le type klaxonne, certes pour me saluer mais je le ressens comme une agression, au milieu de cette étendue de tranquillité.

Direction Ibarra, encore une arrivee de nuit, foutue dernière ascension de 1000m pour une vingtaine de kilomètre, après 6h de vélo, et toujours de nuit car déterminé a arriver en ville… ce sera chose faite a 22h… après 10h de vélo, j’ai bien dormi. Pedro m’accueille dans sa belle maison. Je profite de bout de fer et de son poste a souder pour réaliser un porte bagages supplémentaire avec l’aide précieuse d’un de ces amis.

Derriere le jardin trône un monticule crachant autrefois le sang de la terre, il se nomme l’Imbabura. Allez, je suis chaud, j’enfile mes tennis, achète des bananes et du pain inca sur la route, un bus et zouh. Deux canidés m’accompagneront jusqu’aux vertigineux 4550m. Le monde vegetal y est fascinant, entre les doigts et les lombrics enracines, ma curiosité prend sa dose. Finalement Ornicar va rester quelques temps en veille. Dans la dizaine qui suivra je ferai seul ou avec d’autres voyageurs, la laguna Cuicocha et ces deux iles presque flottantes, la laguna Mojanda et son voisin fuya fuya,
la laguna Quilotoa et ses eaux aux couleurs d’émeraudes et un dernier volcan pour finir la semaine, El Corazón, 4780m. Ma dernière randonnée datait de novembre 2011 (ho bordel) avec mon cher Xav et ma chère Vero. Pas assez préparé, s’en suivirent des années de reeducation a cause d’un foutu essui glace. Il semblerait que ce soit derriere moi, et c’est tant mieux pour les mirettes. Je reviens a Ibarra, retrouve ce cher Chari qui m’invite a une initiation de polo bike, le pied! En selle pour passer noel!

La journée est vallonnée mais pour une fois, je decide du lieu de repos, retour a la laguna  Cuicocha. A 16h je suis a 15km de l’objectif, le souper se fera a 20h malgré l’aide d’enfants qui me poussent vers l’épais brouillard qui ne me permet pas de reconnaitre les lieux. Coup de flair et de chance, je vire a droite, traverse un champ, et me retrouve face a ce volcan inondé et tacheté de reflets célestes, et surtout de la place pour poser la tente, cela promet un beau petit déjeuner. Je fais la rencontre avec Pif le chien qui était venu plus tot fouiller la poubelle et me réveiller. 90km de descente, la journée commence a 3200m et s’achèvera sur le terrain de foot de Chontal, a 700m…. belle descente.

Nous sommes le 24 décembre et j’ai rendez vous avec José, militant environnementaliste américain et créateur de la reserve naturelle de « Los Cerdos ». D’un village isolé, il faudra encore 1h30 de mule et de souliers pour apercevoir le pas de la porte. En chemin, la brume, les singes, les colibris, la vegetation vous plongent deja dans un autre monde. Cette reserve se situe dans la foret de nuages, au nord de Mindo mais loin des hordes de touristes. J’y resterai 4 jours. Au programme, randonnée quotidienne a se perdre en foret jusqu’à trouver les eaux les plus pures, à nettoyer les sentiers obstrués par des chablis… En 1988, lorsque José a commencé ce projet, il fallait sept heures de mules pour relier le village à sa maison…. Deux chiffres, 127 espèces d’arbres à l’hectare dans la réserve, 126 pour toute la France (source)…

Je file sur Quito pour bruler cette riche année. Comme vous suivez bien, vous savez avant que je le reprécise…….que…..que….oui au fond à droite, qu’il faut tout remonter, Quito étant à 2850m, j’ai donc 2 jours pour remonter, tranquille. Dans les faits, il faut remonter à 3200 pour redescendre sur Quito. Jour 1, 32km et +1100, jour 2 +1400 sur 36km et encore 40 relativementplat. Rincé une premiere fois mais réconforté par l’accueil d’inconnus qui m’ont gentiment mis a sécher sous abris, j’arriverai lessivé et congelé sur Quito. Je suis content j’ai pausé les chiffres.

J’ai rdv ce dimanche 31, oui décembre, dans un restaurant qui a besoin d’un coup de main pour le service du midi, boeuf bourguignon au menu et toit offert en échange, je file. Le soir je suis invité à la soiree de l’año Viejo. L’équateur a une forte tradition liée au nouvel an, pardon au vieil an. Autre pays, autre tradition, ici on brule le mauvais de l’année passée pour mieux passer à la suivante. Meilleures ventes de poupées à bruler, l’ancien président, Correa, parti du pays sous la pression du peuple et les histoires de corruption. L’ironie du sort est que le nouveau s’appelle Lenin, l’histoire politique a le sens de l’humour, sans compter que l’ancien vice president dont la transparence rappelle une vitre de salle d’interrogatoire, s’appelle Glas, prononcer Glace.

Bref, on brule tout et on recommence. La fête se passe surtout dans la rue. Chaque maison, magasins, garage arbore sa monigotes. La musique est à fond, ca danse, les viudas, ces hommes travestis arrêtent les voitures de leurs culs rembourrés et de leurs poitrines péninsulaires. Viudas, veuve en espagnol, pour symboliser le deuil de l’année passée, l’argent récolté servira a acheter l’alcool pour célébrer la nouvelle année.

Et nous voila en 2018, toujours pleine de projets, j’en profite pour vous souhaitez une belle année et surtout de ne pas reproduire les erreurs de 2017.

Pour bien la commencer, je decide d’affronter les monts enneigés du Chimborazo, point terrestre le plus proche du soleil. Il me faut d’abord m’acclimater, mon dévolu se jette sur le Guagua Pichincha, le volcan surplombant Quito. Je passe la nuit au refuge et redescend le lendemain. C’est le grand jour, c’est parti pour ce monstre de lave. La route fait monter la pression… l’asphalte passe a 4300, et le refuge est à 4800. Le coucher de soleil est somptueux, c’est le plus impressionnant qu’il m’a été donné de voir. Il faut se reposer, départ dans 4h. Pas facile de fermer l’oeil a une telle altitude et avec le stress qui monte. Il est 22h30, dernier café chaud, remplissage de la gourde, une banane, emmitouflage, enfilage de chaussures robocopesques, frontale vissée, et tel le nain qui va à la mine, le piolet. Nous enfilons les crampons à 5100, il est 23h30. La neige est bonne mais le vent est glaciale. Le dernier de cordée traine des pieds et s’arrête constamment. L’effort est surprenant pour décaler mon pied épiné de 50cm. La pente atteint 45%, le vent continue son oeuvre destructrice tandis que le corps ne parvient pas à se réchauffer à cette allure de zombie. Le mal des montagnes se fait désormais ressentir. Nous avançons au rythme décoiffant de 100 mètres (dénivelé)  à l’heure. Il en reste 700, cela fait déjà cinq heures que nous sommes partis et il en faut théoriquement trois pour redescendre. Le dernier de cordée hurle en disant que l’on aurait du partir bien plus tôt, le guide dit qu’on ne peut pas monter pendant onze heures pour faire ce sommet… L’ambiance est horrible et il faut se rendre a l’évidence, ma tête explosera si je continue, mes genoux se bloqueront à cause du froid et ma patience lâchera d’ici peu tellement le manque de modestie du collègue est insupportable. Nous ne sommes pas prêts pour faire cette ascension sur ce beau et terrible sommet. Meurtri mais lucide, je décide de faire demi tour, la règle veut que tout le monde suive. Le traine savate tombe 4 fois violemment dans la descente, il est alors premier de cordée… trop dangereux, le guide me fait passer devant. Il faudra 4h pour redescendre, le soleil pointe. Je m’agenouille pour enlever les crampons, et me reveille quelques minutes plus tard affalé dans la neige. Le guide et le soit disant chevronné arriveront 1h plus tard. Sur septs cordes, seulement deux atteindront le sommet. Le récit n’encourage probablement pas a retenter sa chance mais c’est l’inverse qui se produit. Je ne veux pas rester sur un échec surtout quand j’en connais les raisons. Le Pérou regorge de sommet a plus de 6000 mais qui sont bien plus accessibles techniquement. J’en retire un grand enseignement d’humilité face à ces somptueux decors de cartes postales. J’ai cru que le vélo suffisait, que mon petit sommet a 4781 suffirait, il n’en est rien. Passé 5000, votre corps entre dans une nouvelle dimension, votre mental est mis a l’épreuve et vous toucher du doigt votre sens de la survie. Quelle belle leçon de vie, de courage, de modestie, de solidarité. Je suis monté sans tout cela pour toucher un sommet, je descends riche de cet enseignement, mais sans le sommet, une autre fois.

Je pensais reprendre la route deux jours après mais cette ascension a laissé des traces…. et je suis toujours à Quito, une semaine après. Rocio et Mati, mes couchsurfers, m’ont aidé à me remettre et ont accepté que je reste chez eux quelques jours de plus.

L’année commence fort en sensations et en leçons, pourvu que cela dure! Je reprends la route demain pour l’Amazonie , changement de climat.

«Los ecuatorianos son seres raros y únicos: duermen tranquilos en medio de crujientes volcanes, viven pobres en medio de incomparables riquezas y se alegran con música triste.»

Alejandro de Humboldt, géographe et explorateur

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le temps comme ennemi, l’expérience comme réconfort

Comme vous le suivez assidûment, la dernière fois je partais de Jerico où je m’étais arrêté 2 semaines, pour ralentir, ressentir, aprovechar.

Et puis la route m’appelait, reprendre la route avec cet objectif toujours aussi lointain. 850km en 3 semaines… je frise la ballade dominicale, la correctionnelle du voyageur, même un pigeon ferait mieux, il semble que je sois plus cigale que fourmi!

Je pars donc de Jerico pour Jardin, toujours en Antioquia. Histoire de pimenter la chose, je pars en même temps que la Chiva. Il pleut à torrents, les pierres arrêtent chaque tentative d’accélération, je ne regarde pas le paysage mais le guidon, appuie avec détermination sur la mécanique. Amusant de voir comme il est difficile de laver une poêle grasse sans savon et de voir à quelle point la chaîne se lave vite sous la pluie. Vu l’effort fourni, j’en conclue que la pluie est un puissant dégraissant pour corps gras.

J’entends le bruit sourd du V8 qui gronde au loin. Le chemin est trop étroit pour qu’il me double sans me mettre en danger, je la laisse passer. Pour le remercier, l’anticipation me laisse un énorme nuage de fumée noire mais aussi quelques sourires. La Chiva desservant les fincas le long du chemins, la scène se répétera plusieurs fois, jusqu’à ce que le relief me soit favorable, et là, en mode machine, 25km de descente, les yeux rivés au sol pour éviter les obstacles en tout genre. Le chemin longe la montagne et laisse toujours une belle vie sur les plantations de café en avales et en amont. Les écouteurs ne tiennent pas en place à cause des vibrations et finiront par passer dans la roue avant, troisième paire en Colombie. Arrivée sur les chapeaux de roue à la fin de la route destapada, c’est alors une route avec des ronds de chapeaux en forme de galet qui m’accueille, une vraie torture qui s’achèvera avec un bon tinto à faire pâlir un coca pour sa teneur eu sucre. La Chiva me redouble, et s’évapore sur une un asphalte impeccable. Jardin est à 3h, aller, go, 25km de grimpette. En toute modestie, les locaux aiment désigner Jardin comme la plus belle ville de Colombie, c’est beau, c’est colorée, la nature environnante est verdoyante, le tourisme y est florissant…. y’en a d’autres, avec moins de restaurants.

La sortie de Jardin est en ascension, un point de vue, une croix qui dépasse. Rapidement c’est la nature qui prends place, parcourue de veines d’eau et de peaux fertiles. Les cicatrices de goudrons laissent place à des égratignures de terre. Quelques transports modernes me passent, lentement. La température chute et la pluie arrive en frôlant les 3000. Plus de signe d’habitation, la forêt est dense est paraît impénétrable. Déjà 4h que je roule et je n’ai parcouru que quelques 30km. Un troupeau de vaches se promène là, las. La carte m’annonce la descente, il serait temps car la nuit tombe. Je passe en mode chat, mes coussins de gomme s’accrochent sur les cailloux. Frontale vissée, mains agrippées, je suis concentré pour éviter les obstacles qui me sautent dessus. L’acier tremble, les réserves se décrochent, je ne pense pas avoir d’expression sur mon visage tant l’énergie se concentre dans les paumes et les iris. Les lumières et les musiques de la ville annoncent le repos après 8h de route. J’arrive trempé et congelé, mais encore une fois fier. N’est ce pas le graal de chaise jour, se coucher fier et le ventre plein?

Départ de Rio Sucio et retour sur les routes bleues. 100km pour arriver à Manizales. Et j’arrive encore de nuit après 9h d’effort et une casse de chaîne à 10km de l’arrivée, il aura fallu 3h30 pour venir à bout de 15 pauvres kilomètres et manger 1000m de dénivelé. Je me revois en bas de la côte, détermine après 85 km en 5h, me dire que c’est bientôt l’heure de la mousse… pauvre de moi, 15%, que ce soit pour le vin, le chômage ou la route, c’est trop.

Ornicar (mon vélo) file chez le doc pour sa révision des 6000, et ressort le lendemain avec les dents neuves, le bassin huilé et les nerfs gainés. J’en profite pour faire l’aller retour à Pereira pour récupérer des jolis pneux, plus large et plus sculptés, merci Maman pour le mot accompagnant le colis.

Direction Salento et sa forêt de palmier, si si, des palmiers à 3000m c’est possible. Salento est un haut lieu du tourisme colombien, surtout pour les amateurs de ballade et de rando. Malgré le nombres d’étrangers, la ville a gardé un charme fou et les locaux font mine de rien, sauf bien sûr pour proposer des tours en tout genre ou la carte du resto. Chaque maison blanche se distingue par des portes, balcons, fenêtres aux couleurs vives rappelant l’environnement. Inspiré par les lieux et en merveilleuse compagnie, je me pose 4 jours pour marcher, faire du cheval, courir, et rire. La saison ne permet pas d’avoir une vue dégagée mais les nuages rendent mystiques les apparitions de ses palmiers de 60m. Je n’avais pas « de faire lécher les doigts par un colibri sur une check-list » mais c’est chose faite. Et cette ballade à dos de canasson, épique! En tenue de cow-boy boy mais tête nue, nous partons pour 3h de ballade à traverser les rivières, emprunter des chemins aussi étroits que la cage thoracique du cheval est large… Camarillo est joueur est fait la course avec ses camarades faisant parfois tomber les copains. Je crois que Salento entre directement dans le hit parade des meilleurs moments.

Mon dos me fait souffrir depuis 3 semaines mais l’ostéopathie ne fait pas partie des pratiques médicales. À tout hasard, je demande à Vincent, gérant de la topossime auberge Estrellas sin Fronteras ». Coup de bol, il y a un ostheo, et il est à 50km, en plus il est français, parfait… bon, il n’a qu’un bras, on ne peut pas tout avoir. Claude le remettra tout en place grâce à l’aide de son assistant ce qui porte le nombre de bras à trois!!! Véridique!

C’est reparti pour les chemins de travers, si si, de travers. Je pense faire cette boutade un peu trop tôt puisque c’est l’autoroute que je prends aujourd’hui, je la recyclerai. Enfin autoroute, route à péage. Le relief aidant, le tarif sera de 130km aujourd’hui, je veux arriver rapidement au lac Calima, spot de kite renommé en Colombie. Le vent chaud du pacifique y rencontre l’air frais des montagnes. Dans une ouverture, le vent s’engouffre et grâce à un bel effet Venturi crée un e belle brise rafaleuse et puissante. Vélo le matin, kite l’après midi, le pied. Je serai bien resté mais je dois faire des économies. Je rallie Cali le lendemain pour la nuit, je ne m’y attarde pas, trop de bruit, trop de pollution. Cela reste une ville très dynamique où la fête est reine.

Cali se situe dans la vallée, à 900m environ, je vise Sílvia et son marché indigène du mardi. Détail, ce village est à 2800m… j’ai pu ajouter des cornes au centre du guidon pour pédaler coucher et donc plus vite. Si je peux croiser à 25 sur le plat, l’ascension finale est tellement raide que je parviendrai pas à rejoindre le village à temps, raté, je trace sur Popayan. La route a été bloqué par les indigènes sur 100km avec des pierres, des troncs d’arbres, des pneux en feux. Il y a des militaires tous les 100m et le trafic est quasiment interrompu. Des files de camions habillent les bords de routes et les stations services. Je suis seul, sur une quatre voies, je respire. À 17h, l’armée réouvre les routes. Les indigènes revendiquent des terres sur lesquelles se trouvent des hôtels ou autres installations. La condition de ces derniers est difficile en Colombie, relayé au second rang, ils vivent de la culture de la terre mais leur mode de vie, simple et spirituel, n’est pas compatible avec les plans de développement du gouvernement. Les luttes sont courantes et souvent violentes. Des chivas surchargées de manifestants masqués descendent de la montagne. Lors de mon passage tout est dégagé mais on imagine bien l’ampleur du blocage situé sur la panaméricaine, artère entre l’équateur et la Colombie, centre névralgique des transports de bien. Avec le déblocage se sont des ordres de camions qui m’intoxiquent toutes les 20 secondes, noircissant mes alvéoles grandes ouvertes dans une côte bien relevée.

J’arrive à Popayan après les huit heures quotidiennes d’effort. Je retrouve Bruno avec qui j’avais roulé au Brésil. Il y a aussi Marie, la doyenne des voyageuses mais avec une jeunesse éternelle. Je me pose dans cette ville blanche pendant trois jours après une semaine très intense physiquement. Des nuées de motos pétaradantes rendent les rues insoutenables. Pas sûr que les bâtisses restent blanches très longtemps. En chemin, j’avais croisé Matias et Franciele, voyageant du Brésil vers le Mexique à vélo. J’avais troqué deux pneux contre 2 bananes, le deal du siècle! Matias m’avait alors parlé d’une route de la mort, ici, à quelques encablures. Problème, je dois sortir du pays dans les 10 jours avant d’être immigrés illégal. Niet, impossible de rater cela, je file à l’immigration et en reprend pour 3 mois, c’est rapide et gratuit pour les français, pourquoi s’en priver, je ne suis plus à deux semaines de retard près ni à 500km prêt, Ushuaia s’éloigne mais les défis restent entiers. Comme on dit, mieux vaut viser les étoiles, au pire on passera par la Lune. Je verrai la Lune et ferai probablement un détour par Mars.

Pour y aller, changement de cap, est toute, passer de l’autre côté de la montagne, à côté du volcan Puracé culminant à 4650m. Seulement 80km à parcourir et l’idée en tête de dormir dans le parc national du Puracé dont la route qui le traverse passe à plus de 3200m. En chemin, Camilo me propose de me tirer sur la route, je ne refuse jamais. Me voilà avec quatres falanges accrochées sur sa caisse de transport de produit ménagers. Sa 125 tousse mais nous emmènent parallèlement dans les courbes d’un paysage très auvergnat. Le volcan est dans les nuages, raté, j’ai l’habitude. Camilo s’arrête au dernier village avant le parc, village indigène, en brique et en tôle, avec ces multiples tiendas sans choix et bars de détresse.

De la boue, voilà ce qui m’attend pour traverser ce paramo. Un écosystème présent uniquement dans les Andes, froid et humide, souvent dans les nuages, sauvage. J’arrive là à 15h et il reste 40, je suis bien. Quelques bus, camionnettes passent, lentement. Les motos elles ne semblent pas ressentir les obstacles et fusent. Parfois, c’est un demi remorque que je croise. Le soleil, attiré par la gravité, plonge les volcans dans l’obscurité et le ciel dans un drap rouge et pourpre.

La bruine fait son apparition et stoppe le faisceau de la frontale à quelques mètres de la roue avant. Le halo blanc n’aide pas à dévaler la piste mais la rend intense, concentration maximale. Je repasse dans la descente les camionnettes qui me narguaient plus tôt. Je cherche en vain un lieu pour poser la tente mais les bords de routes vont dans le précipice ou dans une végétation impénétrable, il faut poursuivre. J’arrive deux heures plus tard, exténué, au premier village ou bus et chauffeurs s’arrêtent pour se restaurer ou dormir avant la traverser du parc. Je discute avec un chauffeur poids lourd qui me confie mettre 6h pour parcourir les 90km que je viens de faire. Après une bonne soupe, je pose la tente devant le restaurant, paraît-il que j’ai une tente militaire.

Couché à 21h, levé à 6h, la nuit du guerrier. Départ sous la pluie mais tout en descente, échauffement parfait. Comme d’habitude, il faut tout remonter jusque San Augustin, ville populaire attirant de nombreux touristes pour ces sites archéologiques pré colombiens. J’y reste une semaine au lieu de 2 jours, il y a des lieux où l’on se sent bien et Steven, Joaquim, Jean, Karla font de cette nouvelle pause un moment riche en rire et en échange.

Je reprend la route demain en direction du Putumayo et de ses forêts denses et humides. D’ici peu j’emprunterai cette route, « El trampolino de la muerte » et les terres indigènes avant de rentrer en Équateur.

À bientôt!

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De la chaleur à la chaleur

le temps file, les paysages défilent mais les kilomètres se font plus rares. Après avoir craché sur Carthagene, je vais tout de même remettre quelques photo de cette ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

Apres une sortie de ville très difficile et classée noire par mes poumons, enfin le calme et le vert. Pedale toute sud-ouest direction la cote caraïbe avec comme but voir une ile paradisiaque, c’est celle de Mucura que je choisie. Deux jours et 180km me séparent du graal du touriste en quête de turquoise et de coco. Si les gaz et le bruit infernal des camions restent de mise, le trafic diminue. La route traverse des marais ou échassiers et grues font leurs courses de poissons frais. L’eau arrive à deux centimètres des terrasses et pas de chemin entre la route et la maison. Je passe une heure à me demander ‘’mais pourquoi’’, et je n’aurai jamais la réponse, laissons le charme de l’énigme non résolue. Coté pratique, impossible donc de poser la tente. Quoiqu’il en soit, m’imaginer en tenue de combat anti-moustique me donne des ailes et je remets 2h de vélo dans ces fidèles cuisses. La nuit tombe mais je ne sais ou ne veux pas m’arrêter, frontale au front et camions au cul, je vise une station service pour me doucher et manger. Le première restaurant ne souhaite pas ouvrir sa douche, l’odeur peut être, ou l’air louche. Je demande à l’hôtel jouxtant la bomba (station). Apres une discussion assez drôle, le pompiste accepte mais me prévient que je dois être le plus sobre possible en eau pour ne pas inonder la terrasse de l’hôtel, oui un architecte stagiaire surement. La suite vous la devinez mais la manière est encore plus saugrenue… Je me lave, sobrement mais savonnement, et, le robinet ne se ferme pas…devant le ridicule de la situation et devant cette eau qui n’en fini plus de tomber, robinet bloqué à fond, j’en profite pour me détendre, faire la lessive, tranquille. Le pompiste doit exagérer me dis-je. Robinet toujours à fond, je m’habille et vais voir le pompiste qui m’attend, désespéré par ma connerie. ‘’excusez moi, mais je n’arrive pas à fermer le robinet…’’. Le gars arrive, et ferme tranquillement, en tournant vers la gauche… Bref, la terrasse de l’hôtel est inondée et me voila avec un balai et une serpillère, épique. On rigole de ce moment, on se salue, et on se quitte tout deux très amusés. En face, une femme prépare soupe et plat du jour. Je suis le dernier client de la journée et madame m’offre le gîte sous l’abri à gauche du restaurant. Petite journée tranquille pour rejoindre la ville de Tolu. Ce port de pêcheur est aussi et surtout le point de départ pour rejoindre trois splendides îles. Je fais le tour de la place mais tous les endroits ce ressemble, musique à tue tête et vendeurs de bibelots. Je cède à la rauque voie d’une large femme qui le promet un excellent poisson. Posé, cela ne fait pas cinq minutes que je suis assis qu’un jeune homme bien présentant et fort sympathique vient discuter. Après s’être informé de mon statut marital, il me propose tout naturellement si je ne veux pas goûter aux filles de joies colombiennes… vivement que je m’écarte  de cette côte de vice, de bruit et d’odeur….

Aller, c’est parti pour 1h de bateau pour rejoindre l’île de Mucura, épargnée par les guides mais les voyageurs ne s’arrêtent pas à ca. 90% des passagers sont colombiens, c’est le week-end. Deux moteurs de 100cv aux fesses, et vlap! Nous traversons des îles où la mangrove seule tient le sable au dessus du clapot de l’Atlantique. Le bateau poursuit vers l’islote Santa Cruz, l’île la plus densément peuplée au monde, 124 700 habitants / km2,1 247 habitants pour 0,01 km2, un grand jardin. Pour la comparaison, en France, la plus dense, c’est Levallois-Perret avec 27 000 habitants par km2.

Que des maisons, très peu d’arbres… les habitants de Tolu aiment à dire que l’absence de lumière contribue fortement à une natalité très forte. Il reste tout de même difficile à comprendre comment cette île bondée n’a pas débordé sur les îles voisines…. le prix du terrain peut être. Mucura, tout le monde descend, liquide lacrymal inclus. De la mangrove, du sable blanc, des eaux turquoises, des cabanes de bois et de broc, paysages toutes options. Je cherche un terrain pour camper mais tous sont privés et vue l’activité touristique, tout le monde fait payer. Je me pose finalement dans la seule auberge de jeunesse de l’ile. Surprise, une slack est tendue entre deux palmiers, je tente difficilement de réitérer les prouesses du passe amis il semble que la gravite soit plus forte que d’habitude, les chutes sont belles. Le soir venu, la nature nous offre un coucher de soleil rouge feu. Des pêcheurs ou fils de pêcheurs profitent de l’essor du tourisme pour partager leur connaissance de leur ile. Ce soir, nous partons en barque pour un phénomène naturel unique, le plancton bioluminescent. la barque s’enfonce dans l’obscurité, guidée par le faible faisceau de la torche. Barre à gauche, barre à droite, nous nous perdons dans les méandres de la mangrove. La lune est blanche est grande, la nuit noire et immense. L’eau bousculée par la proue semble s’éclaircir. Aucune substance dans mon sang ne pourrait pourtant influencer ce que je vois. le bateau s’arrête et nous plongeons dans l’éphémère obscurité, nous devenons soudainement une sorte d’animal aquatique nyctalope. Des milliers de points de lumière transforment le noir en un lieu féérique. à vrai dire, je ne sais comment décrire la scène, d’autant plus qu’il ne m’est pas possible de l’immortaliser. Surement un des moments les plus fort jusqu’ici. Ce genre d’expérience vous rend témoin de la fragilité de notre environnement, mais surtout, il renforce les convictions écologiques. Tous ces milliers de kilomètres à travers différents écosystèmes ne font que renforcer cette prise de conscience. En parlant d’écosystèmes, les langoustes sont absolument merveilleuses dans ces contrées. Le lendemain matin, 6h, je vais chercher de quoi déjeuner dans le village. L’heure est importante, non pas parce que je me lève plus tôt en voyage que pour aller travailler, mais parce que c’est très tôt pour écouter de la musique à tue tête. Le décor est improbable, je me risque à une mise en lumière. Nous sommes à deux mètres de la mer, les maisons  sont séparées de la mer turquoise par des monticules de coquillages pour crustacés décapodes géants. Les habitations sont disposées de manières à former une cour intérieure couronnée par un toit de tôles. Sous les toiles, une sorte de terrain de pétanque carré avec des bancs sur lesquels bambins, fend-bise et observateur du temps comptent le nombre de vagues. Sur la gauche un énorme sound system digne de la Jamaïque. C’est ce dernier qui crache des vibrations heurtant  à cent mètres à la ronde chaque marteau blasé et chaque enclume somnolente. Personne ne parle, sauf les sourds. Ici pour passer une simple commande d’empanadas et de patacones, ce sera un supplice, je reviens avec mon sac de bouffes frites effare par le calme religieux des villageois apparement habituées à ce brouhaha. Je poursuis dans la matinée les rudiments de l’apnée inculqués par Simon. Je ne sais pas combien de temps je reste mais cela m’amène une paix intérieure très appréciable par ces journées terriblement stressantes. Je suis au paroxysme de la tranquillité. Poisson frit. Je le savoure avec ce merveilleux couple d’espagnols. Pour cet dernière après midi, nous irons tout trois pour une session de sport extreme, le snorkling. Encore une première, c’est la première fois que je vois du corail en dehors des fonds d’écrans. Bis repetita, environnement, fragilité, protection, sobriété heureuse, Pierre, je vous salue. Phrase de retour version générique de fin de Snatch, prendre une bière, faire son sac, faire le chemin inverse, monter à bord, enfiler le gilet, vlap, retour sur la terre ferme, adieu beauté.

Je reprend le vélo laisser à l’agence et file pour la dernière ville de Caraïbes sur ma route, Covenas. Toujours cette rumba que je ne supporte plus toujours autant de gaz, de plastique, je ne m’arrêterai pas, je roule, jusque la nuit tombée. Il fait nuit noire et je cherche désormais refuge et alimentation. Je m’arrête dans une épicerie ou deux piliers de comptoirs soutiennent à bout de bras l’industrie de la bière colombienne. Difficile de commander des carottes et passer in cognito en de pareilles circonstances. Nous tentons de communiquer mais leur fort débit de mots et de boissons rend l’échange difficile, c’est l’épicière qui me fait la traduction. Ils me régalent plusieurs bières, rhum et m’invite dans leur ville pour aller voir les filles de joies avant de repartir en moto. Un homme me propose de dormir chez lui. La maison est faites de planches, de bâches. Le devant de la maison étant trop petit, il me propose l’arrière court. La nuit est belle. Je me réveille avec une odeur désagréable me chatouillant les narines. Je pense d’abord à l’évacuation des toilettes et aux rituels du matin. Je connais cette odeur mais je ne met pas de mot dessus, et puis une poule vient gratter à coté de la tente. j’ai dormi à coté  du poulailler. Je prend le petit déjeuner en discutant avec les enfants qui rentre à l’école, l’un d’eux va même chercher un verre de lait avec des céréales pour moi. Si les adultes me regardent avec méfiance, les enfants sont amusés de voir un étranger manger sur des cailloux.

C’est ainsi que commence ma première journée en direction des montagnes. Après un mois passé sur la cote, j’ai hâte de découvrir un nouvel environnement et voir le mercure baisser.

Le temps est particulièrement agréable, les températures clémentes, la route est belle et goudronnée, c’est l’occasion de bouffer du kilomètre, 350km en 3 jours. De beaux volumes verdoyants, semés de palmiers, de bananiers et d’arbres tous bien chevelus se dressent désormais sur les bords de la route. En prime, depuis Caucasia, je longe une rivière en contrebas. Les poids lourds m’accompagnent toujours mais leur nombre devient supportable. Les montées me forcent à monter haut sur la cassette. L’eau est omniprésente, elle descend directement de la montagne. De nombreux laveurs de camions laissent leurs jets allumes formant comme des fontaines d’eau le long de la route pour que les camions puissent les voir. à chaque fois que je passe devant, je passe sous les jets pour me rafraichir, parfois ce sont les laveurs qui m’arrosent gaiement. Pause déjeuner bien méritée après une chute douloureuse sur  le genou, un chauffeur de camion me propose de m’avancer. Nous passerons quatre heures dans son beau camion rouge, un Dodge de 1978 avalant 6 litres de gazole à chaque kilomètre parcouru. Son aide et moi partageons la banquette et nous échangeons longuement sur la Colombie, la France, l’Europe. Ce dernier souhaite d’ailleurs apprendre le français depuis qu’il sait que le SMIC est de 1000 euro (200 euro en Colombie). Nous arrivons à Yarumal et l’homme  dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom m’invite à prendre une aguapanela. La maison fait une vingtaine de mètres carrés, deux pièces, chambre/salle a manger/salon, cuisine. encore une leçon de convivialité donnée par quelqu’un qui a si peu. Sa femme attend le deuxième enfant, un garçon. Il me demande de citer des prénoms français prononçable en espagnol pour son fils. Très agréablement surpris par la demande, je m’exécute et lui remet une liste d’une vingtaine de prénoms français, court, élégant et prononçable ici. Le couple lit à haute voix chaque prénom en accrochant la plupart d’entre eux, et oui les sons français et espagnol sont très distincts. Un prénom retient son attention, il est court, il est facile à écrire et fonctionne bien espagnol. Le petit s’appellera Eric, merci Tonton pour l’inspiration. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de donner un nom à un enfant, d’habitude ce sont des chats (saudade pour Saian, Lester, Tita et Maalouf (collaboration)). La nuit tombe, je dois partir malgré les invitations, merci a vous et longue vie au petit Eric!

J’arrive donc à Yarumal de nuit. La ville est à flan de colline. Après m’être mis debout sur les freins pour m’arrêter, je suis debout sur les pédales pour atteindre le parvis de l’église. Un homme me voyant regarder autour de moi me demande si je cherche quelque chose. Quelle hospitalité, tant d’altruisme en une seule journée… ‘’Je cherche un endroit ou passer la nuit’’. L’homme m’indique les hôtels les plus proches. Je lui dit que je ne peux me l’offrir et que je préfère dormir sous la tente. Il n’y a pas de terrains plats dans le coin, véridique! Sa fille à coté, lui demande de me donner de l’argent pour que je puisse passer la nuit à l’hôtel. Je vie là une expérience de solidarité dont je me souviendrai. Si l’on a tendance à oublier la première fois ou l’on fait l’amour, on oublie jamais ces témoignages d’humanité, on devrait d’ailleurs se les rappeler lorsque nous sommes contrariés ou malheureux ou lorsque nous doutons de notre genre. Même si je refuse, mes deux saint Bernard me proposent de les suivre jusque leur papeterie où je laisserai cet encombrant véhicule le temps de trouver un toit. C’est l’heure de la fermeture, il demande à un de leurs employés de m’accompagner pour trouver un hôtel, oui trop tard pour trouver “ze spot”. Premier essai, bonne pioche. C’est propre, au calme, en plein centre et cerise sur le gâteau, je me retourne, deux vélos de voyage sont là! Merci à vous, inconnus altruiste, Merci à tous.

Je pars errer dans les rues de Yarumal à la nuit tombée. Pas un seul plat, des rues aux pentes ardues, des octogénaires grimpant avec détermination et leur 3 appuis des rues où j’ai dû pousser le vélo.

Après le dîner, un troquet retient mon attention. Une musique joyeuse, des voies gaies, une guitare. Je m’assoie, commande un rhum local et commence à taper du pied. La joyeuse bande me convie à leur table et la magie commence. Même s’il est difficile de communiquer avec des gens qui ont chacun une bouteille de rhum dans le sang, je comprends vite qu’il compte sur moi pour les rattraper dans leur états d’ébriété, une nouvelle bouteille arrive… j’aime bien l’excuse avancée dans la phrase suivante.

Journée de repos le lendemain après cette ridicule chute, quasiment à l’arrêt. Jenny, Curtis et moi sympathisons et dînerons ensemble le soir. 50 et 55 ans, en pleine forme, un sourire qui ne les quitte pas, ils ont tous vendu pour voyager de l’Alaska à Ushaia en vélo. Nous partons ensemble le lendemain matin mais fougue et sagesse ne pédalant pas au même rythme nous nous disons « see you in Medellin ». C’est donc la première vraie journée de montagne. Ce que je n’avais pas réalisé en montant dans ce camion, c’est qu’ils m’ont avancé de 2000m, d’altitude. Bref, en sortant de Yarumal, je suis bien en jambe, et ça descend. Je fonce tête littéralement dans le guidon pour tenter de battre mon record de vitesse mais le trafic et les virages m’en empêche, peu importe, le paysage défilé, il y a du vert et de l’eau partout, le temps est très agréable, que demande le cyclo?

Ce soir, je dors chez Lenin et sa famille, le réseau warmshower, quelle belle initiative. Lenin habite dans une finca un peu avant la ville. C’est « Loco » qui m’accueille. Un cyclo lui aussi en repos qui voyage depuis 10 ans depuis son divorce. Il a parcouru la Colombie de long en large en cherchant hébergement et nourriture contre des services et en vendant des bracelets, le bonheur et le sourire ne l’a plus jamais quitté depuis cette nouvelle vie de bohème. Lenin est aussi un cyclo voyageur et il a décidé avec sa femme s’ouvrir sa maison au voyageurs de passage. Il y a ici toujours quelqu’un de passage. On cuisine tous ensemble, on se raconte des histoires, on jardine, l’endroit est un havre de paix. Nous sortons le samedi soir sur Don Matias, petite ville de montagne où il fait bon vivre. Tout le monde se salut, sourit. Beaucoup de chevaux circule en ville, ces Paso Fino toujours reluisant déambulant avec classe en trottant à une cadence étonnante. Ce sera la fête jusque 4h du matin. Les bars sont blindés, tout le monde danse cette étrange configuration ou la partenaire est dos à l’homme et où les mouvements ne sont pas sans rappeler le coït, étrange sensation que de se trémousser face à une nuque. Je le sens tellement bien avec eux que je resterai 4 jours au lieu de passer une nuit, c’est la ma chance de ne pas avoir de devoir de résultat. Mon objectif méridional reste toujours aussi loin et je doute de plus en plus quant à une arrivée avant le mois d’avril, peu importe, l’expérience de voyage reste entière, et c’est bien cela qui compte. Après ces jours d’échange, je decide de quitter la route principale pour découvrir l’authenticité de ce pays.

La journée commence bien, 15 km de descente.À fond les ballons, j’arrive très rapidement dans la vallée après avoir doublé les escargots à roue qui traînent dans les Virolots. Je m’amuse à me croire à moto en sortant le genou tantôt à gauche tantôt à droite. La vue est spectaculaire et je prends un plaisir fou à avec cette adrénaline qui parcourt mes veines. Pause déjeuner rapide à Barboza. Les choses sérieuses peuvent désormais commencer. Avec 35 km et 1200 m de dénivelé positif, l’après-midi n’a pas été sans souffrance. La ville d’arrivée se situe à deux montagnes d’ici. Ce ne sont pas des montagnes à traverser sinon à longer. À chaque virage, on laisse derrière soi la sueur pour se confronter un nouveau défi, toujours plus incliné. À chaque fois que je m’arrête pour reprendre des forces avec les locaux, je sens l’étonnement dans leurs yeux et chacun mime le relief avec cette main qui toujours se redresse. Le ciel commence à rougir, l’obscurité masque les défauts de la route, l’estomac se vide à mesure que les jambes battent la cadence, lente et appuyée. Il fait désormais nuit noire mais je continue l’Ascension jusqu’à la ville objectif. Le faisceau de la frontale perce difficilement les nuages qui recouvrent l’asphalte. Les grosses basses de la techno de Laurent Garnier donnent désormais leurs instructions à la place du cerveau. J’arrive enfin au village de Santo Domingo. Très peu de véhicules motorisés ici, les rues étroites préfèrent piétons et chevaux. Je viens d’arriver dans une carte postale. Les maisons blanches sont ornées de fleurs, de balcons en bois sculptés, et chacun a donné une couleur, des couleurs à sa bâtisse. Sur la place principale, des adolescents jouent au foot, les vieux jouent aux cartes. Après une belle nuit et de copieux oeufs brouillés, il faut reprendre la route. Malgré la présence de bornes kilométriques et de panneaux il est difficile de parler de route. Je prends conscience qu’il va être difficile de tenir un une cadence de 80 à 100 km par jour. Le chemin est jonché d’obstacles, trous, pierres, ornières. Sur les 50 km qui me séparent de ma prochaine halte, je ne croiserai que cinq véhicules. En chemin, une magnifique cascade apparaît comme le lieu rêvé pour une halte. Baignade, massage, lessive, et c’est reparti. Quelques maisons sur la route, la ferme pour la plupart avec des terres à perte de vue que parcours des bovins heureux. Étape à Alejandría qui est très semblable à la ville précédente mais avec un je ne sais quoi en plus, peut être plus de bar et de rhum. Que c’est bon de dormir dehors, se baigner dans les ruisseaux cristallins. Aller, c’est reparti, ça chahute les bras, les jambes, les sacoches vibrent, je vibre, le danger ne vient plus des autres mais de moi qui n’arrivent pas à appuyer sur les freins dans ces descentes accidentées. J’aperçois désormais le lac de Guatape, cet immense réserve d’eau artificiel créé pour produire l’énergie de la région. Au loin se dessine le rocher del Peñol. Cet énorme roc gris, que dis-je, cette péninsule, se plante là au milieu des collines vertes. Je mange rapidement à Guatape, cette ville aux milles couleurs et aux milles touristes. Je devais y dormir mais cette foule d’étrangers et cette énergie non épuisée me pousse à poursuivre. Petite ascension en haut de la « pierre », 740 marches, et une vue époustouflante sur cette vallée inondée par l’homme. Je suis énervé aujourd’hui, je ne m’attarde pas et redescend après quelques photos. Arrivé en bas, la folie me prend et je remonte pour revoir cette vue. Il est 16h, il est temps de trouver où planter la tente. Je répète une sorte de port et l’envisage. Un policier s’arrête. Il me salue et je lui demande si je peux rester la. Nous discutons un bon moment et je me dirige là où il m’envoie, sur la réplique de l’ancien village du Peñol désormais sous les eaux. La haut, un homme m’invite à prendre une bière et le pose toujours ces mêmes questions « vous êtes seul? Pas de femme? Et votre famille? ». Cette réplique est uniquement touristique donc à la fermeture des commerces, je me retrouve seul avec ces maisons, ces fleurs, et les 6 chiens qui gardent la place. Deux couples complètement bourrés viennent me réveiller à 5h du matin avec la musique à tue tête. Malgré ma manifestation, il continue, la journée commence bien!

La route étant de nouveau goudronnée, j’avance vite et avec cette mauvaise humeur, je pédale encore plus vite, je pédale pour évacuer. La fatigue me guète après 50km, les excès de la veille viennent défier ma volonté. Je décide de poursuivre alors qu’il est 16h. Surprise, c’est un chemin, mais il est très propre. Il dessert les immenses propriétés de la région, nous sommes à 40km de Medellin. Une femme me demande où je vais comme ça. Elle me dit que j’en ai pour 4h. Je regarde la carte, 25km. J’ignore son information voire j’en rie. 15km de descente de pur bonheur. Quelques maisons par ci par là mais toujours pas de plat pour camper et je n’ai rien à manger. On l’indique le village de Granja. L’ascension reprend et il me reste 10km à parcourir. Je mettrai plus de 2h pour y parvenir. Le chemin est désormais chaotique, il n’y a plus de village, je ne sais pas où je suis, j’ai l’impression que les lointain lampadaires jouent à cache cache avec moi. Toujours plus de pierres, je suis à bout mais il me fait arriver à ce village. Il est 20h, enfin cette échoppe, je veux poser un pied à terre mais je m’effondre. Je suis là, assis, recroquevillé, épuisé, fier et imbécile. Des personnes viennent me parler mais je ne comprend pas, je ne peux plus parler. Il me relève, m’apporte un café chargé en sucre, bananes, pain. Après avoir avalé le tout et repris mes esprit, je remercie cette communauté pour son chaleureux accueil. Ça va mieux, bière, clope. Hôtel 1789 étoiles ce soir, sous le toit du terrain de foot, il y a de l’eau et je partage les toilettes avec les chevaux. C’est désormais la joie qui m’emplie, ravi du dénouement de cette journée composée de souffrances physiques et de contemplations. Toujours un peu stupide, j’ai d’abord collé la tente au mur du stade. À la mi-nuit, la pluie poussée par le vent se faufile entre le toit et le mur et vient me réveillé. Tout est trempé, je me marre.

Réveil, grosse patate, prêt à en découdre! Je rentre désormais dans la région cafetière et je découvre par la même occasion les conditions extraordinaires dans lesquels le deuxième produit la plus consommé au monde après le pétrole pousse. En valeur, juste après le pétrole, le café est la seconde matière première échangée dans le monde. Il se consomme environ 2,25 milliards de tasses par jour. La Colombie est le quatrième producteur mondiale, elle était deuxième il y a 10 ans. La plante pousse à flanc de montagne dans des pentes impossible à monter. Les paisas, les paysans de la région on la réputation d’être des travailleurs ardus à la tâche.

Ça monte, ça descend, les maisons sont toutes plus isolées les unes que les autres. Au milieu de nulle part, la police a posé un jeu gonflable pour amuser les enfants.

La route passe par Versalles, Massilia, Lourdes… j’ai envie de fromage et de Bourgogne.

La journée s’achève une fois de plus à la nuit tombée. Je dormirai dans l’entrée d’une résidence pour fortunés grace à la bienveillance des gardes qui me laisse dormir sous un bâtiment non utilisé. Une nuit ici coûte plus de 300000 pesos contre 50000 dans un hôtel ou 20000 en auberge. Gratuit ce sera, merci messieurs!

Aller, dernier 25km avant d’atteindre Jerico pour me reposer après 6 jours de folie. La route part du fleuve et grimpe jusqu’au village. Je le demande si la route n’escalade pas! 25km et 1500m de dénivelé positif, 17% d’inclinaison en moyenne, 4 heures pour en venir à bout! Et soudain, la délivrance, le panneau Jerico, nom emprunté à la ville de Jericho en Cisjordanie, pour la blague, Jerico se situe à 2000m quand Jericho se situe à -240m (sous le niveau de la mer).

Je prévois de m’y arrêter un jour. À l’heure où j’écris ces lignes, cela fait deux semaines que je suis dans ce remarquable village. Les maisons sont superbement colorées et alignées dans des rues escarpées. La ville domine la vallée, l’atmosphère y est paisible et agréable. Tout le monde se salue, on devient vite quelqu’un ici, on sert la main de l’épicier, du boucher… le soir, une petite marche pour aller admirer le coucher de soleil. Jorge, qui vient de monter la seule auberge de jeunesse de la ville me propose de rester et de participer au développement de l’auberge. J’essaie de fabriquer une table en palette avec l’aide de Brian, musicien brésilien prêtant également main forte à Jorge. Hailey quant à elle s’occupe du site internet et des réseaux sociaux. La joyeuse bande partage les repas, les rires, les histoires de voyages. Nous allons visiter un merveilleux couple cultivant le café avec amour pour apprendre le processus. Gabriel et Estella laisse pousser bici et la des plantes aromatiques et médicinales et s’amusent a nous faire goûter racines, pétales, feuilles, fruits. Leur vie est remplie de simplicité et de joie dans ce sobre environnement. Un jour de beau temps je me lance du haut de la montagne avec une voile au dessus de la tête pour jouer au oiseau.

Je pars quelque jours sur Medellin pour trouver des pièces pour le vélo. Ancien bastion de Pablo Escobar, la ville reprend vie. Selon les estimations Pablo Escobar est responsable de la mort de 4 000 personnes dont environ 200 juges, 1 000 officiers de police, journalistes et fonctionnaires. Je vous laisse lire cet article qui résume en chiffre la vie de cet homme tant redouté et tant adulé.

https://www.booska-p.com/new-la-vie-de-pablo-40-anecdotes-compl-tement-dingues-sur-pablo-escobar-n64461.html

Même dans cette ville de 3,3 millions d’habitants, les gens sourient et sont d’une amabilité remarquable. Même dans les heures de pointes où le métro se transforme en transport de bétails, personne ne se plaint et chacun se transforme en angle, ligne ou carré pour former un incroyable tetris.

De retour à Jerico, je participe à une course de Vtt. Hyper en forme, je grimpe fort, trop fort, je casse la chaîne après 10km… je revuens au village après 3h à l’arrière de la camionnette balai, répare, et repars. J’ai pris une banane pour la route et fonce à toute berzingue à contrée sens à l’encontre des derniers cyclistes qui m’ont aidé. Dans la précipitation, je prends un énorme vol dans les cailloux dans un excès de confiance. Le bras tuméfié et la chemise déchirée, je repars, tout aussi vite, évite de justesse 3 voitures et arrive finalement au bout, esquinté mais ravi d’être allé jusqu’au bout. Je me repose 2 jours de plus le temps de retrouver l’entière flexion de mon bras et de ne plus avoir de douleur au genou. Il est d’ailleurs l’heure pour moi de reprendre le vélo! Si j’ai franchement envisager de rester ici, la soif de paysages et de découverte et encore plus forte.

Ne craignez pas la Colombie, c’est un pays merveilleux et Antioquia et probablement la région la plus belle et accueillante que j’ai parcouru, loin devant l’arabie saoudite.

À bientôt chers amis, chère famille!

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Colombie, en volume et en saveurs

désolé pour les accents

Des les premiers pas en Colombie, en arrivant par l’amazone, le contraste est saisissant. Si les hautparleurs continuent a cracher, ce n’est plus sur le même rythme, plutôt salsa, reggaeton et le vallenato. On sent également que l’esthétique a un rôle primordiale mais a la différence du Brésil, cela inclue également les édifices publics et prives.

je prends rapidement l’avion pour Santa Marta ou je rejoins ce bon vieux Joel. L’artiste étant en vacances en Colombie, nous nous organisons pour nous retrouver en terres caribéennes. En attendant Sophie, nous explorons la ville et son architecture coloniale aux milles balcons et couleurs. Histoire de se remettre d’un manque cruel de saveur lors de ma dernière semaine brésilienne, on attaque par un petit restaurant proposant de savoureux arepas (galettes de mais) chapeautées par de savoureux avocats et de poulpes grilles. Joel prendra la version avec ceviche de crevette aux mangues, voila une belle entrée en matière. Après quelques errances a travers la ville pour faire le programme de la semaine, la faim revient, surtout sa cousine gourmandise.

Cuisine fusion cette fois avec lasagne de plantain, de yucca et de crevette.

Nous décidons d’entreprendre la marche vers la cite perdue, 4 jours de rando en foret pour retrouver un site cache pendant fort longtemps par la tribu indigène des Koguis. Le site a toujours existe mais sa présence fut cachée. Les FARC menant a l’époque e nombreuses attaques sur ces communautés non armées, le gouvernement accepta de les aider en échange de l’ouverture du site au public. Même si le chemin pourrait se faire sans guide, impossible de rentrer sans passer par une agence qui reverse une partie du billet aux communautés. Nous accédons au premier village en 4×4, un poisson frit, du riz, et c’est parti. Première journée tranquille pour accéder  au hameau ou nous passerons la nuit. Les maisons sont relayées par mules, seul moyen d’emprunter les chemins chaotiques menant a ces havres de paix. Il est 16h, l’heure d’aller sauter dans une piscine naturelle creusée par la rivière. le jeune Basilio nous montre toutes les bêtises a faire, comme prendre de l’élan et s’élancer des six mètres qui séparent la plateforme de la surface de l’eau… splaaaatch. Repas équilibré mais copieux servi par les locaux, poisson bien sur. Nous nous retrouvons plus ou moins entre français et le tarot prend naturellement une place centrale sur la table.

Vers 21h, notre guide nous annonce maladroitement qu’une forte tempête se dirige droit vers nous et qu’il faut faire demi tour. Notre guide, Juan, est Koguis et semble incapable d’avoir une émotion, nous pensons donc a une blague tellement la nouvelle parait absurde. Juan maintient son discours sans une once d’inquiétude ou de compassion, a ce moment je me rappelle de mes cours de philo sur le courant du stoïcisme, ça y est, 15 ans après le cours, j’ai compris. Si l’on riait jaune au départ, son insistance confirmait le problème de communication et non l’objet du message. un autre guide vient a notre table et répète ce même message mais cette fois avec une assurance qui nous cloue le bec. L’évacuation a été ordonnée par les responsables du parc, la météo nationale, et l’armée. Mais il est 18h, il fait nuit, et l’orage est censé arrive a 2h du matin, pour une évacuation prévue a 6h, bref, personne n’y comprend rien, nous reprenons le tarot en attendant d’avoir une info plus claire. Le lendemain matin, ciel radieux et pain grille au petit déjeuner. Plus d’évacuation finalement, c’est parti pour la marche sur un sentier défoncé, boueux, caillouteux, glissant et des paysages somptueux. Plus de moteurs sinon les “mulaaa!” des ravitailleurs pour faire avancer leurs animaux charges de vivre et de bières. une pluie violente s’abat sur la montagne et fait gonfler le cours des rivières environnantes. Comme nous devons en traverser un certain nombre, le pas s’accélèrent. Tout le monde est trempe ce qui a l’avantage de faire gagner du temps au passage a guais. En effet, rien ne sert de quitter ces chaussures puisqu’elles sont déjà trempées. La dernière rivière avant le campement est déchaînée, chacun empruntera donc la cage suspendue au dessus du cours et tirée par les guides, épique. 250 touristes arrivent quasiment en même temps, chaque jour a ce dernier campement, a 2 jours de marche du dernier village ravitaillé par la route. En chemin on aperçoit des fincas, fermes, cultivant cafe, cacao, bananes… Le diner est succulent et un grand hourra s’échappe pour féliciter le cuisinier. Le lendemain, c’est l’horreur. Une bonne partie des marcheurs a était malade et dans la course, un nombre trop important de dérangés de l’estomac a du oublie sa frontale en courant au trou. Résultat, tout le monde a des hauts le coeur en approchant de la zone de conflit, un vrai carnage. 5 personnes resteront a 1000 pas de l’objectif avec des couleurs rappelant l’absurdité du racisme anti asiatique. (pour les autres formes de racisme, il suffit de se rapprocher des plages ou des ecolodges pour en apercevoir l’hypocrisie).

Bison futé me confirme l’absence de problème de traffic, c’est parti pour l’ascension. Passage a guais avec de l’eau a la taille pour moi, aux genoux pour d’autres. Il faut gravir des marches larges comme les phalanges des pieds, glissantes comme des Alices (oui, Alice, ça gl……) et hautes comme des jambes karembeutesques, facile. Nous y sommes, la cite perdue. Immense cite ou vivaient en 1500 près de 6000 personnes, toutes décimées par les espagnols ou par leur grippe.

Juan nous donne plein d’information précieuses. A la question “quand la cite fut elle construite?”, il nous confirme avec assurance “il y a longtemps”. Joel curieux veut en savoir plus, “ha oui, longtemps comment?” Juan redouble d’assurance “ouffff, très longtemps”. Merci le guide. On se promène, on fait des photos de touristes, et c’est reparti dans l’autre sens avec a nouveau des piscines naturelles a chaque campement. Nous redescendrons avec Basilio, 14 ans, déjà guide et agile comme un cabri, farceur a ces heures. Les locaux montent en bottes ou en crocs 3 fois plus vite que les touristes, ça force l’admiration mais aussi la frustration. Il ferait moins le malin sur le periph’ le petit Mowgli! Les femmes, elles, n’ont pas le droit aux chaussures car elles représentent le lien avec la nature. Elles n’ont pas non plus le droit de mâcher la coca a longueur de temps. Comme dirait Juan, elles préparent le mélange et fabriquent le sac de leur mari, c’est déjà pas mal.

Apres ces 4 jours physiquement intenses, nous allons vers le parc national de Tayrona, cocotiers, sables chauds et eaux translucides aux programmes. Nous faisons une scène dans le camping ou nous arrivons. Les gougnafiers  ont installé deux groupes électrogènes a 10m des hamacs. Nous obtenons gain de cause et ils nous installent en face le restaurant-bar, service client avant tout.

Le lieu reste tout de même magique avec ses grands palmiers fournis en coco, le tout jouxtant la plage. Sur la cote caraïbes  de la Colombie (hors iles), de nombreuses plages interdisent la baignade a cause de courants violents. Nous partons donc en marche vers une plage ou nous pourrons nous baigner. Cela reste un parc national, donc pas de véhicule motorisé, ni de klaxon.

Le sentier est aménagé pour faciliter l’accès au tourisme mais cela reste escarpe avec une alternance de verdure, de foret, de granit et de point de vue sur ces fameuses plages bordées de cocotiers, reste a mettre un timbre dos.

Retour a Santa Marta pour une dernière soirée tous ensemble, Jojo, quand tu veux pour la prochaine escapade!

Retour en selle, mon séant ne me le pardonne pas mais les cuisses en redemande, 80km après une pause de plus d’un mois, ça reste raisonnable. Je m’arrête a Palomino, paradis de touristes roots ou amateurs de plage, je ne m’y retrouve pas du tout. Le lendemain direction Riohacha. Parenthèse géographique, j’étais dans le nord de la Colombie et me dirige désormais vers le point septentrionale de l’Amérique du Sud situe dans la région désertique de la Guarija, a la frontière avec le Venezuela.

Au fil des kilomètres, la végétation se fait de plus en plus rare, l’ombre disparait donc. Le soleil lui monte et inlassablement frappe ma tête et mon épiderme, sans relâche. De peur de manquer d’eau, je bois beaucoup, trop, ce qui me fatigue. Apres 5h de vélo, je m’arrête, épuisé, comme bourre. j’avale ma soupe et mon saute de mouton (chivo), excellent et frais. Je m’affale sur une section de pneu suspendu par les extrémités ce qui donne une sorte de hamac en gomme, inconfortable mais original et surtout bienvenu. 2h plus tard, je me réveille, et reprend la route, toujours dans la douleur. le vent s’est lève entre temps. je fais les 30 derniers kilomètres en 3h. il m’est plus facile de pédaler que de pousser le vélo, je m’automotive par de lourds “alleeeez”. J’arrive dans un état second a l’auberge de jeunesse, incapable de communiquer ou même de manger, il est 19h, je vais me coucher, épuisé mais heureux. un courageux serait allé au bout de chemin sur son vélo mais ayant RDV le lendemain a l’école de kite pour commencer mon volontariat. j’arrive donc a Cabo de la vela en voiture, comme tout le monde. Le village est isole de tout, pas de construction moderne, l’eau est acheminée par camion citerne, la plupart des vivres viennent du Venezuela, sauf le poisson et les langoustes péchés ici. Le contraste entre les locaux, communautés Wayuu, est saisissant. Peu d’enfants vont a l’école et aident leurs parents a la pêche ou aux activités domestiques, les rôles entre hommes et femmes sont clairement établis. les hommes ici achètent leurs femmes, donc par défaut peuvent en avoir plusieurs s’ils en ont les moyens. Ils parlent leur propre langue. On se sent bien ici, on vie au rythme du soleil et de la faim. Le vent puissant et constant se lève vers 11h, c’est alors une farandole de voiles multicolores qui démarre. Certains réalisent des figures impressionnantes pour le novice que je suis. Chacun fait sa session et le soir venu, autour d’une bière, les plus agiles dispensent leurs commentaires et conseils aux élèves persévérants. C’est ainsi que j’ai pu apprendre a nager avec la voile et donc laisser les pêcheurs tranquilles pour récupérer ma planche ou encore faire de jolis envols avec atterrissages. Les soirées sont mémorables grâce aux incroyables Simon, Paula, Valerio. Les journées sont radieuses avec Jorge, William, Xavier, Speedy, Nadia, merci a tous!

Le matin, les lèves tôt filent vers les barques de pêcheurs qui déchargent les prises de la nuit attrapes a 50m de la plage. Une camionnette approche pour peser les langoustes. nous achetons directement aux pêcheurs, 5000 COP pour une énorme langouste (1,5EUR). Certains mangent de la langouste 2 fois par jour. Petit délire de Speedy, lancement d’une campagne de calzone aux langoustes, 2 par calzone, magnifique!

Que du bon temps lors de cette semaine hors de tout et un très beau spot de kite.

Aller, on repars, la même route mais dans l’autre sens, cette fois avec le vent dans le dos, l’expérience n’est donc pas la même et surement plus agréable mais d’autant moins mémorable. L’énergie économisée me sert a grimper sur les hauteurs de Santa Marta, vers Minca, j’y trouve la fraîcheur, la foret et de belles cascades, bien rafraîchissant après 10 jours a se planquer des rayons cancérigènes. Apres une journée a la recherche des cascades, je redescend sous des trombes d’eau vers Santa Marta. La route s’est transformée en torrent qui déverse boue et branches au milieu du passage. Une branche tombe violemment 5m devant moi, je rie et continue, hurlant a la joie a plus de 40km/h dans cette descente infernale, follement vivant je me sens a ce moment, peu importe le risque, je préfère les gouttes qui m’éblouissent et qui me fouettent a m’arrêter et regarder passivement ce spectacle.

Fin de la descente et arrivée sur un échangeur, ça calme. Ayant du temps et de l’énergie a revendre, je passe de l’autre cote de la colline vers Taganga, petit village de pêcheurs et lieu pour voyageurs en mal des villes. Apres une nuit de repos, je m’avale le cocktail magique de Speedy, Avocat, bananes et lait de coco, prêt pour la journée. Notez qu’ici les avocats sont doux et très savoureux. Direction Baranquilla. Pose dans un magasin de protection pour travailleurs, je m’offre de belles lunettes de soudeurs pour la lumière, et un beau tour de cou pour le soleil. La pluie m’accompagnera tout le long de la route. La route est belle et passe entre une immense lagune et l’océan. Des grues, des flamands, des pélicans et autres oiseaux non identifiés apportent un cote documentaire a cette journée. J’arrive a Baranquilla, ville industrielle sans réel patrimoine architectural et aux rues sombres et sales. Deux belles églises se distinguent de la noirceur. Impossible de trouver un toit pour la nuit, les hôtels me recalent quand je demande a rentrer mon vélo. Deux heures plus tard, toujours sous la pluie, roulant dans 10cm d’eau, douche par l’eau noire et puante aux passages des bus et des camions, je trouve enfin. Douche prononcée, dodo, je mangerai demain. Petite réparation sur le trottoir et discussion avec le vendeur de café, que les colombiens sont avenants et sympathiques!

Nouvelle journée sous la pluie et arrivée au volcan de Tatumo, volcan de boue ou l’on se prélasse après une longue journée. Etant arrivé tard, je suis le seul touriste et profite donc seul de cette merveille de la nature avec vue sur la lagune. Je trouve refuge dans un des restaurants entourant le site et passerait la nuit seul, avec les grenouilles et les chiens.

J’arrive enfin a Carthagene des Indes, ancienne ville coloniale espagnole et port principal pour le commerce en ces temps obscurs. La ville est riche en patrimoine et mise aujourd’hui beaucoup sur le tourisme, notamment celui des riches américains. j’arrive le jour de la visite du pape, même si cela me laisse de marbre, je m’en réjouie néanmoins. Et oui, toutes les routes sont fermées et interdiction aux véhicules particuliers de circuler, donc, air pur, calme et ballade agréable dans les rues bondées de touristes catholiques. Je n’ai pris que peu de photos de cette ville car malgré sa beauté esthétique elle pue le faux, surtout le faux des personnes. Tout le monde est sape, les vendeurs ambulants vous accostent toutes les 30 secondes (sans exagération) pour vous vendre lunette de merde, excursions a la con, cocaïne (8€/g!) et bars a putes…. L’extase!

Je reste pourtant 4 jours ici, le temps de mettre a jour mes photos et d’écrire ce pamphlet. Je décide de ne pas poursuivre sur la cote mais plutôt de rejoindre les montagnes ou il fera plus frais et ou surtout je trouverai l’authenticité des lieux et des personnes que je suis venu chercher a la force de mes jambes. Aller, c’est parti pour 800km de montage pour rejoindre Medellin la fêtarde et ancien fief de Pablo Escobar.

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Amazona dream

L’Amazonie, 6 millions de kilomètres carrés de rivières et de jungle, dont plus de la moitié en territoire brésilien ; 17% de l’eau douce de la planète se trouve en Amazonie et le débit à l’embouchure du fleuve est de 12 milliards de litres par minute, merci le guide… Un fleuve de 4500km de long ou le bateau et souvent le moyen de transport le plus rapide, même avec ces 15km/h. Entre Macapa et Tabatinga, il faut donc passer 13 jours en bateau pour faire le voyage , pardon, l’expérience unique. Un récit chronologique restera plus audible pour un public novice, les avertis (comme Véro), reverront leurs sensations et souvenirs revenir.
Tout commence à Macapa, l’une des deux entrée de l’amazone, avec Belém. Je parcours les 25km pour aller au port avec un sourire marqué, presque frénétique. En route, un monstre de béton s’élève, un monument pour symboliser l’équateur, latitude 000. J’arrive au port tout d’abord pour me renseigner sur les départs. Et oui, malgré des Brésiliens très connectés, pas de site internet indiquant les horaires des bateaux.

Mieux vaut donc arriver tôt dans le cas d’un départ matinal. Coup de bol il y a un bateau à 18h, 8h à patienter, une broutille quand les copains vous ont offert une liseuse avant de partir et que l’on peut d’ores et déjà monter à bord pour poser son hamac. Il est d’ailleurs essentiel d’arriver tôt pour pouvoir, à défaut de choisir sa place, au moins éviter les toilettes ou le moteur. Le voyage en bateau c’est comme la musique, l’important c’est le rythme. Ici c’est la batterie de casserole qui donne le la, 3 fois par jours, 6h, 11h, et 17h. Je suis le seul gringo à bord et vivrai cette traversée comme une retraite. Un peu de sport le matin, beaucoup de lecture, siestes innombrables et l’émerveillement permanent devant le spectacle offert par le fleuve.

4 jours plus tard j’arrive à Santarem. Je ne m’y attarde pas et file directement pour Alter do Chao. Petite ville d’une tranquillité étonnante la semaine, et repère de touristes le weekend. Un peu comme Pornic pour les nantais, si vous me passez la comparaison. Je dois y rester 2 jours, chez Christiane qui a accepté de m’héberger. Surprise, c’est Steffany qui vient me chercher. La rayonnante Steff que j’avais croisé dans une auberge de jeunesse à Belém et qui a réussi à venir par bateau, en stop!

Un magnifique beija-flor (baise fleur; colibri) triomphe sur la porte d’entrée. Steff pousse la porte. Les couleurs et la chaleur annoncent un séjour des plus agréable. Nous sommes chez Chris. C’est la maison du bonheur ici, ce qui me rappelle bien sûr la maison legouvé. Des fleurs, pleins d’amis, de belles bouffes, de franches marrades et que de sourires affichés. Chaque jour à son lot d’aventures, couchers de soleils, cuisine, et longues discussions. Je devais rester 2 jours mais suis finalement resté 4… quand on aime, on ne compte pas.

Chris travaille avec quelques communautés et est passionnée de l’Amazonie, de sa beauté, de sa culture. Elle m’encourage à passer quelques jours dans la communauté de Jamaraqua, dans la forêt national du Tapajos à une cinquantaine de kilomètres de Alter du chao. Mon application m’indique qu’il y a une route, ok c’est parti en velo! Je n’ai jamais vu de poules aussi grosses qu’au Brésil, vous verriez les nids qu’elles laissent sur la chaussée (n’ai je pas déjà fait cette vanne?)… les camions me doublent dans la montée dans un nuage de poussière et je les redouble dans les descentes dans de superbes travers. Il fait très chaud et il faut souvent pousser dans le sable, suée garantie. Je traverse quelques villages. Au sommet de la côte se distingue le fleuve Tapajos, majestueux et sauvage. 6h plus tard (57km), rincé, à peine capable de parler, mais empli d’une grande quiétude je passe devant la maison que Chris m’avait montré en photo. Nisse et sa famille m’accueillent bras ouverts. La communauté vit principalement du tourisme, de la pêche et de l’artisanat. L’installation est sommaire mais d’une belle simplicité. Les hôtes sont installés dans des cabanes au toit de feuilles de palmier tressées. La France héberge un paquet de curieux, deux françaises sont ici, arrivées elles avec un bateau acheté plus haut sur le fleuve. Ces charmantes jeunes filles me rappellent la chanson de Java sur le poil, « …. sur une baba cool en sandale ». Bon voyage les filles!

Pour changer, un beau coucher de soleil, sur le fleuve, parfait. Petite balade en forêt le lendemain avec un guide pour découvrir les richesses qu’elle cache.

Fourmis anti odeur: mettre la main sur la fourmilière ,attendre que cela sorte, puis les écraser et les étaler sur le corps pour cacher les odeurs corporelles, aller chasser sans craindre de se faire repérer par les animaux.

Fourmi point de suture: sur une plaie ouverte de préférence, amener la tête de fourmi sur la coupure de manière à ce que la morsure referme la plaie. Arracher le corps. Répéter l’opération jusqu’à refermer la plaie. Une fois cicatrisé, enlever les têtes.

Racine coupe soif: creuser légèrement, repérer une racine et la couper. Buvez! L’eau est remarquablement cristalline avec un léger goût boisé, superbe. Il y a également les arbres ou les plantes pour guérir n’importe quoi, jusque la malaria! Il y fait bon dans cette forêt. Je ne suis pas très spirituel mais cette symbiose ne laisse pas indifférent et l’on arrive rapidement à penser Iemanja, divinité de la terre et de la vie.

La nuit tombée, c’est parti pour l’observation des jacarés, ou crocodiles, cayment la même chose. Le canoë avance lentement et furtivement dans une noirceur absolue. Par intermittence, un faisceau de lumière éclaire les berges à la recherche d’un reflet, celui des yeux du fameux reptile. Nous en observerons quelques uns. Ce reptile est d’une épatante nonchalance.

Le lendemain, un vendredi de juillet, Chris et son ami Joey viennent également passer le week-end à Jamaraqua. Autour de grandes discussions, le tucupi ne fait pas long feu. Le lendemain, sûrement un dimanche, je souhaite voir la fin de la route qu’annonce ma carte. 300m après le gîte, impossible de faire passer une voiture. La route a dû s’effondrer il y a 6 mois et seules les motos passent désormais. Surprise, une fois la fin de la route arrivée, une nouvelle piste a été réalisée. Tout le long je trouverai des habitations, toujours difficile d’imaginer la vie si reculer de tout, l’électricité permet tout de même d’écouter du brege à tue tête, tout va bien.

Les heures passent et jamais l’ennui ne surgit, comment s’ennuyer dans un endroit paisible et inconnu. Après tout, nul ennui lorsque l’on fait la sieste!

Dernière nuit. Les singes hurleurs me réveillent, suivi des coqs et d’autres corps volants, il est 5h. Nisse à fait du café. Les poules perchées au dessus du velo n’ont pas ruiné la selle. C’est parti pour 90km. À la sortie de la piste, je m’arrête à l’épicerie pour quelques bananes, le bioethanol du cycliste. Je discute avec João ravi d’avoir de la visite étrangère. Il m’offre les bananes alors que j’en demandais le coût. Il me demande s’il est vrai que les étrangers ne sont pas très bien reçu en Europe. On me pose souvent la question et chaque fois la réponse est périlleuse. Force est de constater que rares sont les européens à se plaindre de l’accueil reçu en Amérique du Sud, tu parles d’une Europe riche et développée…

Je retrouve l’asphalte et s’en suivent 70km sous une chaleur écrasante. Toujours autant d’incrédulité dans les yeux des badauds à l’ombre. Arrêt technique pour régler correctement le dérailleur à mon arrivée en ville, il faut croire qu’un tutoriel YouTube ne fait pas tout, mais pour une première, je reste satisfait de ma prestation. Santarem, petite ville dynamique et commerçante aux multiples couleurs. Je rejoins Joey un peu plus tard qui m’héberge pour la nuit avant de prendre le bateau pour Manaus. Je suis sur que vous devinez l’activité du soir … allez… mais oui, un beau coucher de soleil, mais avec les dauphins cette fois, les botos.

Après 10 jours de rêve autour d’Alter du chao et de superbes rencontres (Chris, Claudio, Mayky, Maria, Brenda, Andres, Munique, Joey,…) il est temps de bouger pour Manaus. 3 jours de bateau.

Le bateau est une poubelle. 200 personnes à bord et peu de respect. Chacun colle son brege (musique populaire et commerciale brésilienne (musique de MERDE :)) sur son téléphone, jette ses ordures par terre, l’odeur dans les douches est intenable. Pour couronner le tout, des vols à tire larigot. Une mère vénézuélienne surprend une autre mère avec qui elle parlait dans la journée en train de fouiller dans son sac. Le lendemain il manquera la carte de crédit. Mon voisin s’est fait voler tablette, appareil photo et téléphone. Les gens commencent à se méfier et en parle au capitaine qui renvoie tout ce beau monde à leur sens de l’observation… Le lendemain, un touriste hollandais est allégé de ses appareils électroniques. Les soupçons pèsent sur trois jeunes. Les hommes en questions ne comptant pas se faire accuser gratuitement décident de mener l’enquête. Durant la nuit ils voient un individu fouillant dans les sacs. Les trois compères attrapent le type par le col et l’emmène sur le pont supérieur pour lui refaire le portrait, en couleur le portrait. Une fois accusés et coupable séparés, le capitaine appelle la police pour décharger tout le monde. Le voleur avoua son larcin et indiqua la planque, dans le plafond du bateau. Le hollandais retrouve ses affaires. Il est témoin de toute la scène et s’aperçoit que seuls les jeunes sont débmba dès la nuit tombée. Ambiance garantie. Petit bémol, la nuit, une atmosphère malsaine et pesante règne sur la ville. Les agressions sont nombreuses. Bref, 2-3 jours suffisent car même si l’ambiance est bonne, il n’y a pas tant d’options de sorties que cela.

J’ai passé ce séjour sur Manaus avec Damien. Comme le courant passe bien, nous décidons de faire une excursion en jungle avec le guide conseillé par un autre groupe de français rencontrés sur le bateau. Le guide s’appelle Max. C’est un détail qui se relève. Il habite à 80km à vol d’oiseau de Manaus. Voiture, bateau, voiture, barque. Nous sommes arrivés. Max est un des 4 enfants de la famille de Regina et Nei. Son énergie et sa détermination sont impressionnante pour un jeune homme de 21 ans. C’est lui qui a monté son agence de voyage et qui a appris à parler anglais. Nei, son père, est lui aussi guide, surtout quand la saison de la pêche sonne.

Ce seront deux jours de coupures totales, le bonheur se fout pas mal de la 4G.

Nous irons nous promener sur les rivières, observer les dauphins roses, la flore, nager en plein milieu de la rivière pendant le coucher du soleil laissant des couleurs rarement imitées par une palette, revenir à la pâle lueur d’une loupiote. Soudainement Max fait signe à son frère de foncer avec la vitesse résiduelle vers une végétation flottante sur la berge. Il fait nuit noire. Le bateau file, plus de bruit, plus de murmures, Max se penche à l’avant de l’embarcation de bois et plonge soudainement son bras dans ce qui ressemble à des nénuphars. Il se relève, se retourne vers nous, et nous tend un… CAYMAN!!! bon ok de la taille d’un sac à main. L’animal est superbe et doux. Il ne se débat que peu. Je le prends, avec délicatesse mais fermeté car même jeune, sa mâchoire m’enlèverait un bout de doigt. L’animal retourne à l’eau, tranquille. Après un bon repas en famille, nous reprenons la barque de nuit pour aller dormir en forêt. On s’arrête, machettes dehors, un espace de dessine. Ici pour faire un feu, ici pour y dormir. Malgré le bruit incroyable, une sérénité se dégage. Quelle expérience que de dormir loin de tout, avec comme matériel un hamac, une moustiquaire,une machette et une bouteille de cachaça.

Le jour se lève. Le petit dej avalé, Max nous emmène à son spot à Acai. Cette boisson délicieuse de mérite! Il fait monter sans assurance à 6m de haut, le couteau voire la machette entre les dents, en serrants un sac entre les pieds. Max montre le pas. Je tente et redescend après quelques pas sentant que je n’aurai pas la niac pour atteindre le sommet, couper la branche d’acai pesant bien 5kg, et redescendre. Damien, plus chaud et courageux, arrivera jusqu’en haut mais le poids de la branche à redescendre achèvera son ambition. Max remonte, tranquille peinard, et redescend comme il était monté, chargé de cinq kilos supplémentaires.

Retour à la maison pour trente minutes de pilonnage permettant d’extraire le jus de l’açaï. Il fait ensuite laver les noyaux pour récupérer le plus possible de jus. Ça se consomme en glace ou en jus. Pur ou sucré. Seul ou accompagné. L’açaï se consomme à tout heure, c’est LE met du nord, et le Sud en raffole tout autant.

L’après midi c’est atelier pêche! Un bout de bois, un bout de fil et un hameçon. Du poulet frais en appât. Taper sur l’eau en imitant la chute d’un oiseau comme subterfuge et nous voilà parti pour une session de pêche au piranha!! C’est la première fois que je sens l’adrénaline du pêcheur, ce grand sportif de l’extrême. Ca mord toutes les minutes, c’est la folie! Une fois hors de l’eau, mieux vaut manipuler le poisson avec dextérité. Peut être est ce son nouveau piercing qui le rend nerveux mais on sent que ce n’est que pas le genre à faire dans la dentelle si jamais un oiseau tombait de son nid. La nuit tombe, je ne vous la refait pas, mais celui ci sera superbe surtout quand on se baigne à 20m de la où l’on pêchait le carnivore. Petit arrêt à la supérette pour lutter contre la sécheresse. Il suffit de remplacer le vélo et la voiture par une barque et vous avez une image du parking, du dépassement, manque l’autoradio.

Dernière nuit dans la famille de Max. Nei raconte des histoires du fleuve, de l’Amazonie, du passé, on reprend une rasade de l’alcool de canne. Je pars le lendemain matin pour monter sur le bateau qui me fera quitter le Brésil, tout un symbole après ces 2 jours pleins d’enseignements, surtout pour des occidentaux. Damien devait venir avec moi mais après réflexion sur le but de son voyage, il décidera de rester en Amazonie, plus longtemps, plus profondément. Le temps passant, je comprends combien il est difficile de poursuivre la route avec quelqu’un. Chacun a un but, des attentes, des rêves. Ce voyage est souvent pour chacun une expérience rare sinon unique, il est donc important de s’appliquer à respecter son désir personnel. Oui, voyager c’est échanger, rencontrer, partager, mais c’est aussi éprouver, apprendre, méditer, contempler, apprécier, et le voyageur seul fait peu de concessions. Damien, se fut un réel plaisir de croiser ta route, de tout mon cœur, merci et à bientôt!

Les Brésiliens aiment parler de processus, de manière de faire, o processo. Le 9 août commence mon processus de départ du Brésil. Le « sagrado coração de Jesus » quitte le port à 13h, la cale surchargée de bière, de ciment, de motos, de pastèques, de chips, de bonbonnes d’eau, de cachaça, de poulets, bref l’essentiel. J’y retrouve Felix, surfer collectionnant les plages, les voyages et les occasions de prouver qu’il a fait mieux que les autres. Patricia, hollandaise qui était à la même auberge. Brad l’Australien, et Monique la retraitée. Les gringos ont tendances à se rassembler ce qui ne les dessèrent que rarement. Important de tirer des leçons de ces échecs, c’est probablement la leçon numéro un. Amusant comme l’enfant acharné sur un apprentissage peut se transformer plus tard en adulte lâche devant les épreuves. Comme dit l’adage, a vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Je ne veux pas être celui dont la gloire se résume à avoir pu rembourser ses crédits contractés pour acheter ce dont il n’a pas besoin. Je préfère rester l’incompris qui peut tout claquer pour simplement respirer, vivre, écouter et raconter des histoires. Je lirai sûrement ces lignes en souriant quand j’aurai un crédit immobilier sur le dos mais ce sera là encore l’occasion de rire n’est ce pas, et les copains n’hésiteront pas à lâcher « ho la…. ». J’assume.

Les deux premiers jours se passent plutôt bien, on joue au carte, on parle voyage… puis l’atmosphère se dégrade vite. Je tombe malade à cause de l’explosif cocktail « gaz d’échappement-chaleur étouffante-malbouffe ». Puis des vols… Une fin de voyage plus que désagréable avec des passages dans des villes abandonnées par les pouvoir publics. Même l’escalier menant à la barge de déchargement est en ruine. Le regard malsain de nombreux passagers est accusateur. Je quitte donc le Brésil avec un goût amer mais je reste émerveillé par tous les moments et les rencontres magiques faites ces deux derniers mois.

Muito gratidão para o brasil! Obrigado as pessoas maravilhosas que encontrei! Saudade!

Me voilà en Colombie!

À bientôt!

 

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Longues distances et longue pause

São Luís, il est l’heure. Celle de faire la plus longue étape depuis le début de ce voyage. 600km nous séparent de Belem, capitale du Para, entrée de l’amazone. 

C’est d’abord un bateau qui nous emmène de l’autre côté du fleuve, faisant éviter 150km de route passante et donc dangereuse. Les voyages en bateaux sont toujours une belle occasion de faire la sieste. Ici, le moteur pétarade et vivre tellement fort que même la sieste en est sportive. La sirène retentit, Alcantara est là. L’équipage nous aide à passer les vélos par dessus bord et nous haïssent. Décharger un velo, facile se disent ils, les 40kg semblent ruiner leurs espoirs de travail tranquille. Cette ville n’a pas bougé depuis la colonisation des portugais. Pas d’asphalte mais d’énorme pavés artistiquement disposés. Les maisons sont tres colorées. En haut du village, les pavés laissent place à de la territe. 

Une façade d’église se dresse la, dans son jus, sans sa cloche ni ses vitraux mais avec sa fierté et son histoire. Nous nous attardons et imaginons la vie à cette époque. L’asphalte revient et nous passons devant une supposée zone de lancement de fusée, info ou intox, nous ne le saurons pas, nous préférons avaler des lignes droites interminables mais dont la monotonie est cassée par ses allures de montagnes russes. Nous traçons jusque Pinheiro. La nuit arrive, nous allons vers la première station service pour prendre une douche. Pas de douche. Un laveur de voiture nous fait signe. Il se doute à notre allure de vagabond que nous voulons nous laver et nous ouvre un sanitaire, l’odeur y est originale mais il y a une douche, douche et lessive en apnée. Nous cherchons un endroit où poser la tente mais difficile dans une zone urbaine. Nous sortons delà ville à la recherche d’un terrain mais nous sommes dans un marais! La oú il n’y a pas d’eau, il y a une maison. Nous continuons avec un espoir grandissant. Il fait nuit noire et les moustiques sont d’une agressivité rare. La, dans une ruelle non éclairée, une maison en cours de construction apparaît comme le meilleur spot que nous pourrions trouver. 2 personnes nous regardent, avec nos vêtements de pluie (seul anti moustiques qui fonctionne), nos vélos d’un autre monde et nos frontales. Avant de s’installer, je demande la permission à ces personnes. Pas de problème, et ceux sont les propriétaires du restaurant bar qui est en face. Ravi d’avoir trouver un toit, nous allons boire une bière. Après quelques échanges et sourires, Ana, la patronne, nous propose de rester sous l’abri du restaurant, en sécurité. Nous sommes comblés. Nous discutons avec les clients, mangeons, jouons aux échecs, la galère s’est transformé en très belle soirée. Ana nous offre le café le le demain matin et nous nous mettons en route, reconnaissant et toujours touchés par l’accueil. Merci Ana!

C’est parti pour 100km. Midi sonne l’heure du PF, et la sieste! C’est un boui-boui, au milieu de nulle part, sale, puant, mais rassasiant. Nous poursuivons jusqu’à la nuit tombée et « planterons » la tente derrière une station service, tout aussi accueillante. Aller c’est reparti, 110km, ce sera une gare routière ce soir, et le lendemain aussi. Peu importe, c’est surveillé. Après 3000km, je le décide enfin à faire les sardines grillées offertes par Benjamin. C’est facile, rapide, et excellent et surtout cela permet d’envisager la simple boîte de sardines en mini barbecue. 

Les kilomètres s’enchaînent, vite, 21 de moyenne sur 600km, ils faut atteindre Belem!

Plus que 100km… et il fait encore jour, aller, poussons jusqu’à la nuit pour arriver tôt à Belem. Nous nous arrêtons à Americano, petite ville où se situe la prison de Santa Izabel, réputée pour ses évasions…. peu de recoins, nous nous apprêtons à poser la tente derrière un tas de sable et un semi. Je suis alors déjà en contact avec Lysmar, couchsurfer sur Belem. Inquiet de notre arrivée, il me demande où l’on dort. « En face la prison, entre du sable et un camion » lui répondais-je. 30 Minutes plus tard, Wendel nous attendait dans le restaurant ou nous étions pour nous emmener chez lui! Lui est Jayjay nous accueille comme des rois et nous propose de rester un jour de plus avec eux. Ce soir là, maconha et cachaca aidant, je suis au comble du voyage! Les gars, merci!

Seulement 65km pour arrivera Belem, on a le temps, beleza! Un peu de maconha et s’est parti pour… la sieste… tranquille… nous décollons finalement à 15h, difficilement, tellement nous avons de chose à nous raconter avec Wendel. Aller, on file, et in ne s’arrête pas, on a 4 litres d’eau et un bout de doce de leite en cas de coup de mou.

Nous y arrivons au coucher du soleil, convaincu d’être proche de l’auberge de jeunesse. Grave erreur! Cette ville est immense, un trafic monstre. J’ai failli perdre mon bras un peu plus tôt, un convoi exceptionnel passe à 10cm du guidon, 10 cm que je lui ai accordé pour éviter l’amputation… un petit hurlement primaire « enculé », ca va mieux, s’est reparti. 

Super accueil à l’auberge grâce aux incroyables Dani et Sttefany. 2 voyageuses travaillant à l’auberge contre le gîte et le couvert. Steffany partait du Pérou pour 2 mois, ca fait un an et demi qu’elle voyage, seule, en stop, sans argent. Son sourire et son énergie l’emmène là oú elle veut aller. Dani vient de commencer son voyage. Elle dégage un bonheur fou. Creuvé de cette petite semaine, je ne sortirai pas de l’auberge. On reste la à discuter, à s’amuser (photo en drap).

Margaux et Diane, la fine équipe sont là aussi. Ca déconne dur au Belem Hostel! Bruno part avec les filles au marché et c’est le festin de fruits et de légumes. Encore une journée glande, je lis « la longue route », livre de circonstance.

Samedi, nous retrouvons Lysmar, notre sauveur. Un grand voyageur et une personne au grand cœur pour qui l’accueil est un plaisir. Il nous montre sa ville, 12km en tong, superbe. Belem, mélange de modernité frauduleuse et de passé sanglant. Les couleurs d’antan tombent en ruine. Les richesses du commerce ne sont plus, dommage. Si l’on met de côté le ma que d’entretien et de restauration, cette ville à un charme fou! Le soir arrive, tout le monde est chaud pour aller se trémousser sur les rythmes endiablés du Brésil. Le carimbo est chaud, la caipirinha est fraîche! Quelle belle soirée avec la fine équipe!

Après un réveil difficile je pars rejoindre les amis sur l’île en face Belem, le contraste est saisissant. Fini le capharnaüm, place à l’eau et à la végétation. 

Et voilà Belem, les amis, au revoir, direction Macapa par bateau. 24h de bateau, des paysages sublimes, des lumières jamais vues auparavant, indescriptible. Bruno et moi nous souhaitons bonne chance pour la suite. Je file chez Augusto et sa famille pour y laisser mon vélo et tracer vers la Guyane pour retrouver Zée que je n’ai pas vu depuis un an. Après 16h de 4×4 sur des pistes defoncées, les colocs de Zee m’acceuillent dans leur coin de paradis, en pleine forêt. Que c’est bon de croiser les copains sur la route, même brièvement. Cayenne étant française, razzia chez le pâtissier!!! Ca cuisine fort et sacrément bien au carbet. On refait le monde, on se raconte des conneries, ho merde, on parle français. Nico et Alex m’emmènent pour une virée sauvage sur Cayenne, by night, énorme! 

Les 10 derniers jours sont passés à la vitesse de l’éclair et il est difficile de tout raconter tellement se fut humainement intense. Je retrouve Augusto et ses parents pour passer la journée ensemble. Leur accueil fait chaud au cœur, je suis comme un coq en pâte! Obrigado a voceis!
Aller, c’est reparti, cette fois pour la remontée de l’amazone, en bateau, je ne sais pas pour combien de temps, j’ai arrêté de prévoir et je me demande si j’irai au bout de ce continent tellement chaque jour est une invitation à rester un peu plus longtemps…