Galerie

Une transat, ça se relate.

Le 22/11/2019 : Nous mettons les voiles à 15h52 du mouillage de Las palmas, le cœur plein d’excitation teintée d’appréhension, direction le Cap Vert ! 
Pour l’instant le vent est de Nord-Ouest, il nous pousse sur la côte Africaine. 
Nous croisons des cargots, des voiliers et plus au large un aileron (de requin ?! ). Il fait mine de se rapprocher puis continue sa route. 
Pour le premier repas à bord, Léo nous régale d’une délicieuse salade avocats, chou, tomates et graines de tournesol. Nous avons aussi attaqué Robert, notre jambon de compagnie (au moins pour la traversée).

Nous débutons les quarts de nuit à 21h sur un roulement de 2h30 chacun pendant lesquels nous surveillons le pilote automatique, modifions légèrement le cap pour garder l’allure et surveillons la tablette sur laquelle l’AIS nous indique notre position et celle des autres bateaux. 
Ce soir, la mer est calme, le vent aussi. Dans l’obscurité, les remous du bateau laissent apparaître des traînées phosphorescentes de plancton.

Le 23/11/2019 : La mer est trèèèès calme, nous n’avançons pas, ou si peu. A ce rythme, le GPS estime notre arrivée pour février… le vent se lève enfin en début de soirée. L’accalmie nous a permis d’observer quelques minutes le dos de deux dauphins immobiles à la surface, ils se sont ensuite rapidement éloignés. J’aurais aimé pouvoir les observer plus longtemps .
Léo sort les rapalas, il rêve de pêcher une daurade, 10 minutes plus tard, plus de leurre ! Reste l’illusion… 
Il débute les quarts ce soir. Il a vu des éclairs au loin, à 180° autour du bateau présageant du gros temps à venir, puis ces nuages ce sont écartés de notre route. Je préfère ça ! Je trouve la mer suffisamment agitée pour avoir des difficultés à dormir, il y a plein de nouveaux bruits, de craquements, de mouvements… On entend un glouglou, il y-a-t-il un trou dans la coque qui laisse entrer l’eau ? On entend de grands BOUM, le bateau va-t-il casser en deux ? Bref, nous ne sommes pas très rassurés mais le magnifique ciel étoilé nous servant de toit pendant nos quart éclipse pour un temps nos craintes.

Le 24/11/2019 : Aujourd’hui vent nord-est, cap 240°. 
Le vent nous incite à partir à l’ouest, nous devons résister à cette tentation car nous sommes trop loin encore du cap vert. Nous risquerions d’être pris dans un anti-cyclone et de rester bloqué au milieu de nulle part, le fameux pot au noir. Détail plus trivial, nous avons fait plus ample connaissance avec les toilettes, oui ils sont un peu spéciaux, il faut pomper, pour mettre la cuvette sous vide et aspirer le contenu, dit comme ça, ça a l’air facile. Que nenni ! Il faut pomper suffisamment longtemps sinon les toilettes peuvent refouler et c’est ce suffisamment longtemps que nous avons encore du mal à évaluer. Bref le bonheur des s’occuper de ce « détail » au petit matin et les conversations techniques qui s’en suivent au moment des repas.

Le 25/11/2019 : Vent de Nord-Est, cap 210°.
À vol d’oiseau nous sommes à 2500 milles nautiques de Marie-Galante, cette constatation m’amène une réflexion qui tombe sous le sens : « On n’est pas arrivés mais on avance ! » 
Nous nous relayons à la barre le jour afin d’économiser les batteries. Pour mettre le pilote automatique la nuit. Bien utile ce pilote, nous pouvons nous détendre pendant nos quarts à regarder le ciel, lire, faire des sudokus, réfléchir au sens de la vie…Max s’est même endormi !
Tous les matins depuis le départ nous faisons une salade de fruit que nous mangeons avec des céréales.

Ce midi, comme il nous en reste, je décide de la rallonger avec des légumes, mon idée ne faisait pas l’unanimité mais elle a finalement été appréciée, nous avons baptisé ce nouveau plat : « salade de Frumes ». 
Après un point sur nos réserves d’eau : en 3 jours et demi nous en avons utilisé 1/8ème, un rapide calcul et nous estimons la quantité suffisante si nous arrivons dans 20 jours environ. Ce petit « si » en suspend nous fait restreindre notre consommation à la boisson et à la cuisine et je réalise à quel point nous sommes vulnérables et très dépendants du bon vouloir du vent.
Le clou de la journée : au loin nous voyons un troupeau d’une quinzaine de dauphins avancer en bondissant hors de l’eau, c’est incroyable la joie et l’exitation que ce spectacle nous procure !

Le 26/11/2019 : Vent de Nord-Est en vent arrière, cap 250°. Le Génois est bien gonflé, il manque un tangon pour parfaire la manœuvre, mais comme le dit si bien Stéphane « Nous ne sommes pas sur un bateau de course ! »

Notre route croise celle de Foot Loose un monocoque à pavillon Autrichien, nous faisons route quelques heures dans la même direction. Je me sens rassurée de voir que nous ne sommes pas seuls dans ce grand océan.
Il commence à faire suffisamment chaud pour pouvoir se doucher sur le pont à l’eau de mer, Max en profite pour se laver les cheveux au savon… Et nous voilà face à une catastrophe capillaire ! Ses cheveux sont devenus tous poisseux ! Comme l’eau est salée, le savon ne mousse quasiment pas et se rince difficilement apparemment ! Après un essai avec un autre savon puis un brossage intensif des cheveux, Stéphane lui sauve la mise avec son shampooing. Il a évité de peu la boule à zéro !

A la tombée du jour nous avons repéré deux planètes, elles brillent à côté du soleil couchant. Ce sont Saturne et Jupiter, elles nous indiquent la direction des Antilles.
Qu’elle chance de pouvoir observer les étoiles sans pollution lumineuse ! Nous apprenons à reconnaitre certaines constellations et cela occupe agréablement quelques unes de nos soirées.

Le 30/11/2019 : Le vent est enfin bien levé. Nous sommes dans le cap pour Marie Galante !
Et aujourd’hui nous avons eu l’immense bonheur d’assister à quatre balais de dauphins ! Le premier s’est contenté de rester à quelques mètres du bateau, mais les suivants (était ce les mêmes ?) , nous ont donné un vrai spectacle ! C’était fantastique ! Ils ont nagé tout près des coques comme si ils faisaient la course entre eux et avec le bateau. Ils se donnaient des coups de queue de temps en temps comme si ils se tiraient le bourre. Parfois ils étaient plusieurs à bondir hors de l’eau en même temps, nous donnant l’impression d’assister à un spectacle bien organisé. Nous entendions leur langage cliquetant à travers l’eau. Et pour signer la fin de la représentation, ils disparaissaient ensemble, soudainement, comme un seul être, en plongeant sous la bateau.

Le 1/12/2019 : Le vent a forcit aujourd’hui, nous avons du mal à tenir la barre et à maintenir le cap. Notre distance parcourue est de 156 milles nautiques en 24h, cela ne nous était pas encore arrivé depuis le début de la traversée. Pour la nuit nous avons même mis le foc à la place du génois.

J’ai enfin vu des poissons volants voler ! A savoir, j’étais la seule à ne pas les voir jusqu’à présent. Je devais les confondre avec des oiseaux, oui par ce que l’on voit des oiseaux assez loin des côtes. Les poissons volants peuvent rester un temps assez long hors de l’eau, ils ricochent sur les vagues pour reprendre leur élan, ils changent même de direction en l’air. A partir du moment où j’ai repéré leur fonctionnement, je n’ai cessé d’en voir.
Notre régime alimentaire a changé depuis le début de la traversée. Nous sommes passé d’une salade composée quasiment à tous les repas, à du riz et des pâtes quotidiennement afin de faire durer ce qu’il nous reste de fruits et de légumes le plus longtemps possible.
En début de soirée nous révisons les noeuds marins. Stéphane nous montre comment faire le noeud de chaise à une main et nous voilà partis pour une soirée de rigolades à essayer de le faire ensuite dans différentes positions, les yeux fermés et de dos. Comme quoi pas besoin de grand chose pour s’amuser ! 

Le 2/12/19 : Le foc ne nous a pas empêché d’avoir une nuit agitée. Il y a beaucoup de houle, difficile de se reposer dans ces conditions, on se sent balloté et les bruits auxquels nous nous étions habitués dans nos cabines ce sont intensifiés. De nuit ils paraissent plus inquiétants. 
Une nouvelle constatation de la part de Max, le regard au loin parcourant l’horizon :  » Ça en fait de la flotte ! ». Bref, comme disait ma prof de math en 2nde : « Ça va sans dire mais ça va mieux en le disant. »

Le pilote automatique a tout de même tenu le coup nous évitant de barrer. Max a donc eu le temps pendant son quart d’inventer une nouvelle technique de pêche de poissons volants. En effet, alors qu’il fixait l’océan avec sa lampe frontale allumée au maximum, il a vu un spécimen passant à côté du bateau changer de direction et venir se jeter sur le pont. Il ne répétera cependant pas l’expérience craignant que l’un d’eux ne lui atterisse sur la figure. 
Grâce à ces nouvelles conditions climatiques nous avançons en moyenne à une vitesse entre 6 et 7 noeuds au lieu de 3 noeuds au tout début de la traversée, le GPS estime maintenant notre arrivée à Marie Galante dans 8 jours au lieu de 18. C’est plutôt encourageant !

Dans la journée nous apprenons l’alphabet permettant de parler à la VHF (code international des signaux) c’est assez ludique, pour le retenir je m’invente des histoires avec Charly, Roméo, Juliet et Victor. 
La houle s’accentue dans l’après-midi et nous fait surfer, elle nous pousse dans la bonne direction, nous avons l’impression d’être dans un manège à sensations ! Max éclate de rire à la barre quand nous sommes au sommet des vagues et que nous redescendons, c’est impressionant ! Tefiti surfe.

Pour la première fois depuis le début de cette aventure les vagues viennent nous asperger sur le pont. L’endroit où l’on s’asseoit devient stratégique au risque de prendre une douche surprise, j’en ai fait l’experience juste après m’être changée…

Pour la nuit, par sécurité nous avons gardé seulement la grand voile et avons pris un ris au cas où le vent forcisse.

Le 3/12/2019 : Pendant mon quart le pilote automatique a décroché deux fois à cause de la houle et de la vitesse. Vers 23h je vois que nous avons accélérés, je contrôle la vitesse, 8 noeuds ! A ce rythme là, je sais que le pilote risque de décrocher à nouveau. Je m’approche du poste de pilotage et je vois le compas au cap 240, je n’ai pas le temps de prendre la barre que ce que je craignais est arrivé, nous empannons. La grande voile a brutalement changé de bord. Heureusement la baume était attachée, j’ai repris la barre et remis Te fiti dans le bon cap, la grande voile a donc repris sa position initiale tout aussi brutalement. Je l’éclaire avec ma frontale et constate les dégats. Le sommet est désolidarisé du reste de la voile, la chute baille au vent et il y a une grosse estafilade au centre. Le sang reflux de mon visage, je commence à transpirer, il faut que je réveille Stéphane pour savoir quoi faire. Mais je ne peux pas quitter la barre, le pilote auto ne tiendrait pas et malgré toutes les déchirures, la voile est tendue contre les haubans, nous avançons à grande vitesse. J’attends 10 minutes, le moment où Léo prend son quart, en tenant la barre du mieux que je puisse avec cette houle. Dès qu’il sort la tête de sa cabine je lui dis : « Léo on a un problème avec la GV ! ». Il lève la tête vers elle, constate les dégâts puis réveille Stéphane. Nous affalons ce qu’il reste de grande voile et même alors que nous n’avons aucune voile hissée nous avançons toujours à 5 noeuds. Nous hissons tout de même le foc afin que le bateau reste manoeuvrant. Le pilote auto n’étant pas fiable dans ces conditions, la question se pose maintenant de comment gérer les quarts. En effet barrer 2h30 d’affilé, c’est trop long. Nous prenons la décisions de barrer chacun notre tour 1h, jour et nuit. Une fois cela dit, je vais vite me coucher sachant que je dois me lever dans 3h. Je me sens très inquiète et vulnérable, je réalise à quel point nous sommes une simple coquille de noix perdue dans l’océan et me demande si nous allons réussir à rejoindre Marie Galante. Je n’arrive pas à m’endormir et je me rend compte au bout de quelques minutes que Max n’y arrive pas non plus. Il faut dire que le choc des vagues contre la coque nous fait l’effet d’être dans un tambour et chaque bruit non identifié réveille une angoisse. Pour moi celle de heurter un obstacle et de couler, ou que l’un des équipiers tombe du bateau… J’explique donc à Max l’évènement survenu pendant mon quart ainsi que le nouveau roulement dont nous avons décidés. Ce fût une nuit presque blanche pour nous quatre. Seul Stéphane a l’air confiant. Il se montre toujours calme et optimiste, les Alizées et les courants nous poussent dans la bonne direction et nous avons 3 voiles de différents gabarits pour nous tracter, pourquoi flipper?
Au levé du jour, nous découvrons la taille impressionnante des vagues qui nous entrainent, formant des creux de 6 à 8 mètres pour les plus hautes. Une réflexion me vient spontannément devant cette observation :  » Heureusement que l’on est sur un truc qui flotte ! » Puis pour moi la confiance se réinstalle envers Te fiti et son capitaine ayant tous les deux une grande expérience et une belle solidité. Je me concentre donc sur le moral des troupes car la fatigue et le stress pourraient nous affecter. La houle rend aussi le quotidien moins confortable (et encore nous sommes sur un catamaran ), se déplacer devient plus difficile et les objets dans la cuisine valdinguent régulièrement. Max a le mal de mer. On identifie plusieurs facteurs déclencheurs du mal de mer, tous commencent par un F, dont la Foif. Pour Maxime, ce sera le F de Frousse, de son aveu et de Fatigue. Le repos est impossible pour lui dans la cabine à cause du bruit et de la houle, il essai donc de dormir dans le cockpit là où sont rangés les gilets de sauvetage, la VHF … La peur de l’impressionnant inconnu et l’eventualité d’un cercueil sans planche le hante.
J’ai eu une peur identique au 3ème jour de notre navigation. Comme si je réalisais seulement l’enjeu du voyage, ce que signifie réellement être « seul » au milieu de nulle part. Puis j’ai accepté le fait que j’étais entrain de prendre un « vrai » risque et pas seulement un petit risque mesuré, comme c’est le cas la plupart du temps quand on voyage de nos jours, où l’on peut se renseigner à l’avance sur l’endroit où l’on va et rester en communication quasi permanente avec ses proches. Là rien de tout ça !

Nous pouvons toucher du doigt le sens du mot « aventure ».

Le 4/12/19 : la terre au nord est le Groenland et celle au sud est l’Antarctique. Cette nuit le vent et la houle se sont calmés nous permettant de remettre le pilote automatique en route et de sortir le génois. Nous avançons maintenant à 6 noeuds. Apparemment nous venons de passer une zone où se forment les tempêtes tropicales quand c’est la saison. Nous voilà soulagés de savoir que la suite du voyage sera certainement plus calme et les angoisses de la veilles semblent s’être évaporées.

Pendant la sieste Max a rêvé de faire une machine à laver. Effectivement ça ne serait pas du luxe ! Le pantalon que je porte quotidiennement est poisseux, il tient debout tout seul tellement il est imprégné de sel. Une douche d’eau douce serait également la bienvenue. Nous nous lavons exclusivement à l’eau salée, la peau reste collante ce qui est surtout désagréable quand on se couche par le contact avec le drap.

Aujourd’hui, après sa douche Max a fait tomber sa pochette à savon au travers du plancher aux lattes espacées. Ce n’est d’ailleurs pas notre premier objet à la mer, jusqu’à présent nous avons laissé derrière nous un seau (mal attaché), un tee-shirt, une cuillère, quatre rapalas, et Max a vue de nez 2-3 kg et une taille de short. Il a d’ailleurs fait une découverte d’une portée hautement scientifique, les bourrelets sont anti-UV, il se demandait pourquoi il avait des traces blanches sur le thorax…

Barrer au rythme de 1h toutes les 3h est éprouvant et nous avons tous accumulés de la fatigue. Ce soir nous reprenons notre rythme habituel de quarts.

Le 5/12/19 : ce matin nous avons mangés nos derniers fruits, les repas vont certainement être bien moins diversifiés dans les prochains jours.

Nous sommes rattrapés par un voilier au pavillon Norvégien, Ruffen. Il suit pendant un moment une route parallèle à la notre. Stéphane le contacte par la VHF et nous obtenons la météo pour la semaine à venir. Nous devrions avoir le même temps qu’aujourd’hui voir un peu plus de vent. C’est une bonne nouvelle, nous allons continuer à avancer rapidement.

Pour nous accorder au soleil nous décidons de reculer l’heure d’une heure. En effet il est quatre heures de moins aux antilles qu’aux canaries.

Après le repas de midi, Max et moi voyons passer une forme claire et ovale derrière Léo. Nous nous précipitons pour deviner de quel animal il s’agit. Difficile de trancher car il ne sort pas de l’eau, à peine pour respirer et se découvre alors un ridicule aileron, ridiculeusement petit vu les dimensions du bestiaux. Trop petit pour être une baleine, peut-être un baleineau. Ce serait étrange qu’il soit sans sa mère. En tous les cas il nous occupe une bonne demie heure en apparaissant et disparaissant, surfant dans les vagues, se rapprochant de nous sous la surface puis plongeant, nous laissant seulement deviner sa couleur er sa forme. Max et Léo ont ensuite vu cinq ou six dauphins qui ne sont restés que brièvement près du bateau.

Au niveau alimentaire, les ingrédients qu’il nous reste me donnent de moins en moins envie de manger. Et avec Max nous nous sentons vidés d’énergie et de volonté, nous ne faisons pas grand chose de la journée et le peu que nous faisons nous demande un grand effort. Peut-être est-ce le contre coup des émotions des jours précédents ?

Le 6/12/19 : la nuit dernière a été agitée. Le bateau est parti au lof avec Stéphane à cause d’un coup de vent incongru venu du sud-est alors que nous avions un vent de nord-est. Il a dû complètement larguer le foc afin de pouvoir reprendre le contrôle de Te fiti et le remettre dans le bon cap. Le bateau est également parti au lof avec moi. J’ai suivi la même procédure que Stéphane mais au moment de border à nouveau le foc rien ne se passe. Le mousqueton fixant l’écoute au point d’écoute a cédé laissant le foc claquer au vent. Le bruit et peut-être les mouvements du bateau ont dû réveiller Stéphane puisque le voilà debout. Il affale le foc et fixe l’écoute avec un noeud de chaise. Nous le laissons affalé car même nue de voiles Te fiti avance à 5 noeuds. 

Le 7/12/19 : Nous avons croisé Blue Moon, un pavillon italien cette nuit. Outre cette distraction, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ! Avec le vent dans le dos indécis et changeant, le Génois empannait je l’ai donc changé 7 fois de côté. Ce faisant l’écoute de tribord s’est coincée plusieurs fois dans le winch me contraignant à prendre appui sur le banc pour l’en extraire, après ces batailles j’étais contente d’aller me coucher.

Dans la journée nous avons remplacé la grande voile estropiée contre un foc de rechange. La navigation en est rendue plus agréable car le bateau est plus stable et pique moins du nez, Maxime aurait il besoin d’un foc?

Le 8/12/19 : La nuit est calme, nous avons pu nous reposer. Ce matin j’ai fait des arepas au miel pour le petit déjeuner, je ne pouvais plus m’arrêter d’en manger ! 
Le vent revient de plus belle et le foc doit laisser sa place à la voile tempête, aussi appelé « string », peu de tissu en effet. Nous réparons le génois d’une nouvelle déchirure.

Le 9/12/19 : la mer est calme, il y a peu de vent aujourd’hui et le GPS estime notre arrivée au 13 ou 14 décembre. J’ai hâte ! Surtout par ce que notre alimentation ne me fait plus envie. Nous avons le choix entre riz, pâtes, semoule, pois chiches et lentilles agrémentés de sardines en boites dont je ne supporte plus le goût et de calamar en boîte que je trouve écoeurant. Reste les olives vertes qui égaient encore mes papilles. Je ne pensais pas que l’alimentation deviendrai un problème pour moi pendant la traversée, je ne suis habituellement pas difficile sur ce sujet. Mais là c’est comme si je ressentai les goûts et odeurs plus intensément. 

Nous avons eu un peu de distraction avec une troupe de petits dauphins venus à notre rencontre, puis ils sont vite repartis. Nous sentons que nous approchons des Antilles, le soleil commence à taper fort et il n’y a pas d’endroit ombragé sur le bateau, nous avons donc improvisé un abri avec notre tarp pour protéger au moins le poste le pilotage. Ça fait du bien car nous rotissons littéralement quand nous barrons. Moi qui porte toujours des manches longues, je dois maintenant mettre des chaussettes car sinon j’attrape des coups de soleil sur les pieds. 

Le 10/12/19 : Depuis le milieu de la nuit le pilote automatique a rendu l’âme, enfin, les batteries sont à plat. Du coup nous barrons nuit et jour chacun 2h d’affilé pour leur permettre de se recharger. Cette nuit également nous avons eu un nouveau souci avec les toilettes. Le couvercle s’est fendu, rendant leur évacuation plus difficile… Ce toilette nous en aura fait baver tout du long. Au début du voyage il régurgitait, nous avons donc pompé plus longuement et voilà que maintenant nous avons été peut être trop insistant puisqu’une trop grosse dépression aurait fendu son couvercle… Je ne sais pas si nous allons réussir à trouver comment bien le manipuler avant la fin du voyage.

Le 11/12/19 : Il y a eu beaucoup de houle cette nuit et ce jour, nous avançons bien. J’ai hâte d’être arrivée, on a tous envie d’enfin voir la terre ! Mon activité principale aujourd’hui a été de démêler la ligne du rapalas qui s’est toute entortillée sur elle même à cause des grosses vagues et de la vitesse. Max quant à lui s’est rasé la barbe, c’est comme si une nouvelle personne était sur le bateau ! Il va lui falloir prendre un peu le soleil pour uniformiser son teint ! Nous avons également eu une petite frayeur, la poulie du câble reliant la barre aux barres franches est sortie de son axe. Une vis vite remise a fait l’affaire pour la maintenir en place. Le câble pour sa part se retrouve privé de sa gaine sur sa section la plus sollicitée par la poulie. Aller nous devrions bientôt arriver !

Le 12/12/19 : Cette nuit je me suis pris une averse, ce fût bref mais intense, mon pantalon qui était raidit par le sel a retrouvé sa couleur et sa texture d’origine. Pendant le quart le Léo, le câble qui relie barre et barres franches a cédé à babord. Avec Stéphane ils ont fait une réparation expresse efficace.

A cause de la pluie, la tablette de Stéphane sur laquelle nous suivions notre avancée a rendue l’âme. Heureusement Max a l’application sur son téléphone et nous voyons que nous arriverons certainement dans deux jours ! J’espère que nous allons pouvoir remettre le pilote auto cette nuit !

Le 13/12/19 : Nuit agitée, le vent n’arrêtait pas de tourner et nous avons changé d’amure plusieurs fois. Nous avons pû mettre le pilote auto quand il n’y avait pas trop de houle. Dans la journée la mer était calme mais nous avons bien avancé puisque nous avons fait 152 milles nautiques en 24h. La barrière des 100 milles nautiques restants avant l’arrivée a été passée en début de soirée, nous devrions arriver demain après-midi, heure locale. Nous savons tout ça grâce au GPS car pour l’instant pas de terre en vue. Avant d’aller se coucher Stéphane nous demande d’être vigilents par rapport à d’éventuels bateaux de pêche qui pourraient être sur notre route. Nous sommes vraiment ravis à l’idée d’arriver demain, une douche à l’eau douce serait le paradis, j’ai la peau collante en permanence, notamment sur les mains on dirait qu’elles sont couvertes de colle.

Nous assistons à notre dernier coucher de soleil et dernier levé de lune de la traversée. Ça semble incroyable de se dire que demain c’est terminé et de réaliser que nous avons passé tant de temps en mer. Nous pensons déjà à ce que nous allons manger une fois arrivé. Aurons nous le mal de terre ? 

Le 14/12/19 : Nuit venteuse et pluvieuse, j’ai terminé mon quart trempée. Ce matin en me levant Léo et Steph étaient en tenue de pluie, de gros nuages nous encerclent et là à tribord, des reliefs se découpent derrière les nuages. TERRE!

Nous avançons à seulement 3 noeuds mais on sent que c’est la fin, le pilote auto est activé, chose qui n’arrive normalement pas en journée, sauf en présence de dauphins.

Un grain passe suivi de son souffle qui nous emporte à 6 noeuds. Marie Galante se découpe dans la brume et apparait rapidement. Nous voyons les falaises et la végétation qui semble luxuriante de vert foncé, quel spectacle magnifique ! Nous longeons la côte nord de l’île, nous saluons à l’aveuglette des amis de Stéphane qui doivent nous regarder arriver depuis une maison perchée sur la falaise. Et nous voilà déjà au mouillage de Saint Louis.

Nous voilà tous surpris et hébétés d’être déjà à la fin de ce périple qui tout à coup semble n’avoir été qu’un rêve. 

Marie-Mélina

A mille lieues d’imaginer les aventures, les sentiments, émotions et souvenirs qu’un long voyage en mer pourrait apporter, je repose un pied assuré et rassuré sur terre, la satisfaction d’avoir vécu une expérience de vie.

Maxime

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