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Expériences et civilisation

Départ de San Augustin, je fais le tour de la ville pour saluer ce qui ont éclairé ce séjour, Steven, Karen, Jean était deja parti, Karla, Damien, Joaquim…

Changement de décor à l’approche de Mocoa situé dans le Putumayo, jouxtant l’amazonie. Je retrouve l’humidité, le vert, les fleuves gorges d’eau et de roches.

Ce voyage s’ouvre sur une nouvelle dimension, celle de la spiritualité. Rien de grave, pas de secte ou de religion en vue mais simplement une expérience spirituelle et personnelle. Autour de l’amazonie (Colombie, Brésil, Equateur, Pérou) subsiste une ancestrale tradition autour de l’Hayauasca, ou Yagé. Si ce breuvage a base de deux plantes récoltées dans la foret est considéré comme psychotrope et donc stupefiant en Europe, ici on l’appelle remede. Le shaman installe une atmosphère mystique en chantant, en jouant de l’harmonica, instrument traditionnel n’est ce pas. L’expérience est personnelle et forte, suffisamment pour m’ouvrir a d’autres soins que ceux accompagnés de produits chimiques. Je n’en dis pas plus car c’est une expérience tres personnelle, ca se vit, cela ne se raconte pas.

Le lendemain de la cérémonie, malgré une nuit courte et agitée, je me sens emplie d’une rare énergie qui ne me quittera pas une semaine durant. Parfait pour affronter ce pour quoi j’avais prolongé mon visa et pourquoi je suis repassé de l’autre coté de la montagne, le trampoline de la mort, en espagnol, prononcé à la beetlejuice, cela fait encore plus peur. La route reprend avec cette nouvelle perspective et cette nouvelle sensibilité.

Comme un refrain, la montagne revient et comme un refrain, c’est la partie de la chanson dont je connais le mieux les variations.  »Mocoa en bas, Pasto est en haut, qui fait du yoyo ». Une premiere journée faite uniquement de montée, de cailloux, de ruisseau a traverser et de camionnette ou bus a éviter sur cette route ou les véhicules ne peuvent se croiser, chacun son tour. Le brouillard se fait épais et je ris dans cette effort de tous les instants. Je ne ferai que 40km mais monterai de 1800m jusque ce mirador ou les passants véhicules viennent prendre un cafe ou un repas avant de poursuivre sur cette route de tous les dangers. Un propriétaire de restaurant me propose de dormir dans une chambre inoccupée, la chance me sourit. Ismael, cyclo colombien se pointe sur son destrier. il vient de faire la montée dans l’autre sens et n’a pas d’argent pour manger, solidarité cycliste, a mon tour d’inviter un camarade. Il repars le lendemain, le ventre vide, ne voulant pas d’un café, sacré Ismael. Encore quelques heure de grimpette et vient la descente, inconsciente mais tellement vivifiante. Je laisse dans un nuage de poussière les camions qui plus tot me noircissaient les bronches et une 4×4 de police me fait l’intérieur  après avoir patienter quelques minutes, plus tard une camionnette refusera de me laisser passer et il faudra toucher le mur pour ne pas toucher ce grrrr. J’imagine qu’ a lire ce la fait très prétentieux, mais je crois être en de ca de ce que j’ai ressenti dans ces 50 kilomètres de folie avec des pointes a 50km/h sur une route qui ne pardonnerait pas une sortie de route. Je tend la main pour remplir ma gourde dans cette chute d’eau bordant la route, et c’est reparti. Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir atteint Sibundoy ou une nouvelle cérémonie m’attend. Nuit Blanche, reprise de la route, sous la pluie puis le déluge jusque cette belle laguna de Cocha. Il me faut désormais quitter la Colombie, besoin d’une frontière pour reprendre le sentiment de progression, après 4 mois et 2500km, il serait temps. Je pédale, je pédale, je pense arriver avant la nuit mais je n’avais pas prévu de passer des montagnes. Je m’arrête a 60km de la frontière et tend le pouce espérant rejoindre mon objectif. Trente minutes passent et une camionnette de cyclistes me collent dans la benne avec Ornicar pour 50km de montagne en pleine nuit noire, il me restera tout de meme a trouver un toit une fois arriver, le toit des toilettes publiques fera l’affaire. Dernière visite par las Lajas, improbable basilique enjambant un ruisseau au creux d’une vallée. Espectacular. Je me relis, et sens que meme a l’écrit je veux changer de chapitre.

Le temps d’attente a l’immigration colombienne puis a celle de la l’équateur le sera tout autant. La crise vénézuélienne s’amplifiant, nombreux sont ceux a tout quitter pour retrouver une vie en Equateur, Pérou, Chili. Des amitiés se créent dans ses longues filent ou il serait vite arrive de se faire dépouiller de sacs, non transportable dans la queue. Ornicar trouvera réconfort pendant cette longue attente auprès de bienveillants voyageurs. Après 6h de queue, il est temps de repartir, en Equateur cette fois, mais pas questions de prendre la passante, polluée et dangereuse panaméricaine. Ma carte indique une autre route, sans grand detour et traversant un paramo, encore lui. La mention  »secondaire’‘ sur la carte m’inspire une dizaine d’heures pour rejoindre Ibarra, le double sera plus raisonnable. La route, ou plutôt le chemin monte jusque 3200m, j’ai honteusement retendu le pouce pour arriver en haut de ce paramo ou mes sauveurs m’indiquent un endroit ou dormir, à 10 minutes d’après eux, à deux heures selon mes pédales, a la douce et pale lumière de l’astre blanc, et un très bel emplacement pour ma tente ce soir, entouré de nature, d’eau et d’étoiles. L’aube venu, la civilisation me rattrape et une moto passe a proximité, et le type klaxonne, certes pour me saluer mais je le ressens comme une agression, au milieu de cette étendue de tranquillité.

Direction Ibarra, encore une arrivee de nuit, foutue dernière ascension de 1000m pour une vingtaine de kilomètre, après 6h de vélo, et toujours de nuit car déterminé a arriver en ville… ce sera chose faite a 22h… après 10h de vélo, j’ai bien dormi. Pedro m’accueille dans sa belle maison. Je profite de bout de fer et de son poste a souder pour réaliser un porte bagages supplémentaire avec l’aide précieuse d’un de ces amis.

Derriere le jardin trône un monticule crachant autrefois le sang de la terre, il se nomme l’Imbabura. Allez, je suis chaud, j’enfile mes tennis, achète des bananes et du pain inca sur la route, un bus et zouh. Deux canidés m’accompagneront jusqu’aux vertigineux 4550m. Le monde vegetal y est fascinant, entre les doigts et les lombrics enracines, ma curiosité prend sa dose. Finalement Ornicar va rester quelques temps en veille. Dans la dizaine qui suivra je ferai seul ou avec d’autres voyageurs, la laguna Cuicocha et ces deux iles presque flottantes, la laguna Mojanda et son voisin fuya fuya,
la laguna Quilotoa et ses eaux aux couleurs d’émeraudes et un dernier volcan pour finir la semaine, El Corazón, 4780m. Ma dernière randonnée datait de novembre 2011 (ho bordel) avec mon cher Xav et ma chère Vero. Pas assez préparé, s’en suivirent des années de reeducation a cause d’un foutu essui glace. Il semblerait que ce soit derriere moi, et c’est tant mieux pour les mirettes. Je reviens a Ibarra, retrouve ce cher Chari qui m’invite a une initiation de polo bike, le pied! En selle pour passer noel!

La journée est vallonnée mais pour une fois, je decide du lieu de repos, retour a la laguna  Cuicocha. A 16h je suis a 15km de l’objectif, le souper se fera a 20h malgré l’aide d’enfants qui me poussent vers l’épais brouillard qui ne me permet pas de reconnaitre les lieux. Coup de flair et de chance, je vire a droite, traverse un champ, et me retrouve face a ce volcan inondé et tacheté de reflets célestes, et surtout de la place pour poser la tente, cela promet un beau petit déjeuner. Je fais la rencontre avec Pif le chien qui était venu plus tot fouiller la poubelle et me réveiller. 90km de descente, la journée commence a 3200m et s’achèvera sur le terrain de foot de Chontal, a 700m…. belle descente.

Nous sommes le 24 décembre et j’ai rendez vous avec José, militant environnementaliste américain et créateur de la reserve naturelle de « Los Cerdos ». D’un village isolé, il faudra encore 1h30 de mule et de souliers pour apercevoir le pas de la porte. En chemin, la brume, les singes, les colibris, la vegetation vous plongent deja dans un autre monde. Cette reserve se situe dans la foret de nuages, au nord de Mindo mais loin des hordes de touristes. J’y resterai 4 jours. Au programme, randonnée quotidienne a se perdre en foret jusqu’à trouver les eaux les plus pures, à nettoyer les sentiers obstrués par des chablis… En 1988, lorsque José a commencé ce projet, il fallait sept heures de mules pour relier le village à sa maison…. Deux chiffres, 127 espèces d’arbres à l’hectare dans la réserve, 126 pour toute la France (source)…

Je file sur Quito pour bruler cette riche année. Comme vous suivez bien, vous savez avant que je le reprécise…….que…..que….oui au fond à droite, qu’il faut tout remonter, Quito étant à 2850m, j’ai donc 2 jours pour remonter, tranquille. Dans les faits, il faut remonter à 3200 pour redescendre sur Quito. Jour 1, 32km et +1100, jour 2 +1400 sur 36km et encore 40 relativementplat. Rincé une premiere fois mais réconforté par l’accueil d’inconnus qui m’ont gentiment mis a sécher sous abris, j’arriverai lessivé et congelé sur Quito. Je suis content j’ai pausé les chiffres.

J’ai rdv ce dimanche 31, oui décembre, dans un restaurant qui a besoin d’un coup de main pour le service du midi, boeuf bourguignon au menu et toit offert en échange, je file. Le soir je suis invité à la soiree de l’año Viejo. L’équateur a une forte tradition liée au nouvel an, pardon au vieil an. Autre pays, autre tradition, ici on brule le mauvais de l’année passée pour mieux passer à la suivante. Meilleures ventes de poupées à bruler, l’ancien président, Correa, parti du pays sous la pression du peuple et les histoires de corruption. L’ironie du sort est que le nouveau s’appelle Lenin, l’histoire politique a le sens de l’humour, sans compter que l’ancien vice president dont la transparence rappelle une vitre de salle d’interrogatoire, s’appelle Glas, prononcer Glace.

Bref, on brule tout et on recommence. La fête se passe surtout dans la rue. Chaque maison, magasins, garage arbore sa monigotes. La musique est à fond, ca danse, les viudas, ces hommes travestis arrêtent les voitures de leurs culs rembourrés et de leurs poitrines péninsulaires. Viudas, veuve en espagnol, pour symboliser le deuil de l’année passée, l’argent récolté servira a acheter l’alcool pour célébrer la nouvelle année.

Et nous voila en 2018, toujours pleine de projets, j’en profite pour vous souhaitez une belle année et surtout de ne pas reproduire les erreurs de 2017.

Pour bien la commencer, je decide d’affronter les monts enneigés du Chimborazo, point terrestre le plus proche du soleil. Il me faut d’abord m’acclimater, mon dévolu se jette sur le Guagua Pichincha, le volcan surplombant Quito. Je passe la nuit au refuge et redescend le lendemain. C’est le grand jour, c’est parti pour ce monstre de lave. La route fait monter la pression… l’asphalte passe a 4300, et le refuge est à 4800. Le coucher de soleil est somptueux, c’est le plus impressionnant qu’il m’a été donné de voir. Il faut se reposer, départ dans 4h. Pas facile de fermer l’oeil a une telle altitude et avec le stress qui monte. Il est 22h30, dernier café chaud, remplissage de la gourde, une banane, emmitouflage, enfilage de chaussures robocopesques, frontale vissée, et tel le nain qui va à la mine, le piolet. Nous enfilons les crampons à 5100, il est 23h30. La neige est bonne mais le vent est glaciale. Le dernier de cordée traine des pieds et s’arrête constamment. L’effort est surprenant pour décaler mon pied épiné de 50cm. La pente atteint 45%, le vent continue son oeuvre destructrice tandis que le corps ne parvient pas à se réchauffer à cette allure de zombie. Le mal des montagnes se fait désormais ressentir. Nous avançons au rythme décoiffant de 100 mètres (dénivelé)  à l’heure. Il en reste 700, cela fait déjà cinq heures que nous sommes partis et il en faut théoriquement trois pour redescendre. Le dernier de cordée hurle en disant que l’on aurait du partir bien plus tôt, le guide dit qu’on ne peut pas monter pendant onze heures pour faire ce sommet… L’ambiance est horrible et il faut se rendre a l’évidence, ma tête explosera si je continue, mes genoux se bloqueront à cause du froid et ma patience lâchera d’ici peu tellement le manque de modestie du collègue est insupportable. Nous ne sommes pas prêts pour faire cette ascension sur ce beau et terrible sommet. Meurtri mais lucide, je décide de faire demi tour, la règle veut que tout le monde suive. Le traine savate tombe 4 fois violemment dans la descente, il est alors premier de cordée… trop dangereux, le guide me fait passer devant. Il faudra 4h pour redescendre, le soleil pointe. Je m’agenouille pour enlever les crampons, et me reveille quelques minutes plus tard affalé dans la neige. Le guide et le soit disant chevronné arriveront 1h plus tard. Sur septs cordes, seulement deux atteindront le sommet. Le récit n’encourage probablement pas a retenter sa chance mais c’est l’inverse qui se produit. Je ne veux pas rester sur un échec surtout quand j’en connais les raisons. Le Pérou regorge de sommet a plus de 6000 mais qui sont bien plus accessibles techniquement. J’en retire un grand enseignement d’humilité face à ces somptueux decors de cartes postales. J’ai cru que le vélo suffisait, que mon petit sommet a 4781 suffirait, il n’en est rien. Passé 5000, votre corps entre dans une nouvelle dimension, votre mental est mis a l’épreuve et vous toucher du doigt votre sens de la survie. Quelle belle leçon de vie, de courage, de modestie, de solidarité. Je suis monté sans tout cela pour toucher un sommet, je descends riche de cet enseignement, mais sans le sommet, une autre fois.

Je pensais reprendre la route deux jours après mais cette ascension a laissé des traces…. et je suis toujours à Quito, une semaine après. Rocio et Mati, mes couchsurfers, m’ont aidé à me remettre et ont accepté que je reste chez eux quelques jours de plus.

L’année commence fort en sensations et en leçons, pourvu que cela dure! Je reprends la route demain pour l’Amazonie , changement de climat.

«Los ecuatorianos son seres raros y únicos: duermen tranquilos en medio de crujientes volcanes, viven pobres en medio de incomparables riquezas y se alegran con música triste.»

Alejandro de Humboldt, géographe et explorateur

5 réflexions au sujet de « Expériences et civilisation »

  1. Somptueux paysage et super récit…👍👌, et encore une fois très très fier de toi, bonne année mon loulou mais je ne m’en fait pas…;)
    Nous t’embrassons 😘😘

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  2. Buneos dias Maxime. Quel beau périple, quelle beauté tu sais faire partager, quel moral et quel physique pour gravir ces routes d’altitude, puis dévaler les pentes chaotiques, vertigineuses et dangereuses. Chapeau l’artiste, prends soin de toi.
    Patrick

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