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le temps comme ennemi, l’expérience comme réconfort

Comme vous le suivez assidûment, la dernière fois je partais de Jerico où je m’étais arrêté 2 semaines, pour ralentir, ressentir, aprovechar.

Et puis la route m’appelait, reprendre la route avec cet objectif toujours aussi lointain. 850km en 3 semaines… je frise la ballade dominicale, la correctionnelle du voyageur, même un pigeon ferait mieux, il semble que je sois plus cigale que fourmi!

Je pars donc de Jerico pour Jardin, toujours en Antioquia. Histoire de pimenter la chose, je pars en même temps que la Chiva. Il pleut à torrents, les pierres arrêtent chaque tentative d’accélération, je ne regarde pas le paysage mais le guidon, appuie avec détermination sur la mécanique. Amusant de voir comme il est difficile de laver une poêle grasse sans savon et de voir à quelle point la chaîne se lave vite sous la pluie. Vu l’effort fourni, j’en conclue que la pluie est un puissant dégraissant pour corps gras.

J’entends le bruit sourd du V8 qui gronde au loin. Le chemin est trop étroit pour qu’il me double sans me mettre en danger, je la laisse passer. Pour le remercier, l’anticipation me laisse un énorme nuage de fumée noire mais aussi quelques sourires. La Chiva desservant les fincas le long du chemins, la scène se répétera plusieurs fois, jusqu’à ce que le relief me soit favorable, et là, en mode machine, 25km de descente, les yeux rivés au sol pour éviter les obstacles en tout genre. Le chemin longe la montagne et laisse toujours une belle vie sur les plantations de café en avales et en amont. Les écouteurs ne tiennent pas en place à cause des vibrations et finiront par passer dans la roue avant, troisième paire en Colombie. Arrivée sur les chapeaux de roue à la fin de la route destapada, c’est alors une route avec des ronds de chapeaux en forme de galet qui m’accueille, une vraie torture qui s’achèvera avec un bon tinto à faire pâlir un coca pour sa teneur eu sucre. La Chiva me redouble, et s’évapore sur une un asphalte impeccable. Jardin est à 3h, aller, go, 25km de grimpette. En toute modestie, les locaux aiment désigner Jardin comme la plus belle ville de Colombie, c’est beau, c’est colorée, la nature environnante est verdoyante, le tourisme y est florissant…. y’en a d’autres, avec moins de restaurants.

La sortie de Jardin est en ascension, un point de vue, une croix qui dépasse. Rapidement c’est la nature qui prends place, parcourue de veines d’eau et de peaux fertiles. Les cicatrices de goudrons laissent place à des égratignures de terre. Quelques transports modernes me passent, lentement. La température chute et la pluie arrive en frôlant les 3000. Plus de signe d’habitation, la forêt est dense est paraît impénétrable. Déjà 4h que je roule et je n’ai parcouru que quelques 30km. Un troupeau de vaches se promène là, las. La carte m’annonce la descente, il serait temps car la nuit tombe. Je passe en mode chat, mes coussins de gomme s’accrochent sur les cailloux. Frontale vissée, mains agrippées, je suis concentré pour éviter les obstacles qui me sautent dessus. L’acier tremble, les réserves se décrochent, je ne pense pas avoir d’expression sur mon visage tant l’énergie se concentre dans les paumes et les iris. Les lumières et les musiques de la ville annoncent le repos après 8h de route. J’arrive trempé et congelé, mais encore une fois fier. N’est ce pas le graal de chaise jour, se coucher fier et le ventre plein?

Départ de Rio Sucio et retour sur les routes bleues. 100km pour arriver à Manizales. Et j’arrive encore de nuit après 9h d’effort et une casse de chaîne à 10km de l’arrivée, il aura fallu 3h30 pour venir à bout de 15 pauvres kilomètres et manger 1000m de dénivelé. Je me revois en bas de la côte, détermine après 85 km en 5h, me dire que c’est bientôt l’heure de la mousse… pauvre de moi, 15%, que ce soit pour le vin, le chômage ou la route, c’est trop.

Ornicar (mon vélo) file chez le doc pour sa révision des 6000, et ressort le lendemain avec les dents neuves, le bassin huilé et les nerfs gainés. J’en profite pour faire l’aller retour à Pereira pour récupérer des jolis pneux, plus large et plus sculptés, merci Maman pour le mot accompagnant le colis.

Direction Salento et sa forêt de palmier, si si, des palmiers à 3000m c’est possible. Salento est un haut lieu du tourisme colombien, surtout pour les amateurs de ballade et de rando. Malgré le nombres d’étrangers, la ville a gardé un charme fou et les locaux font mine de rien, sauf bien sûr pour proposer des tours en tout genre ou la carte du resto. Chaque maison blanche se distingue par des portes, balcons, fenêtres aux couleurs vives rappelant l’environnement. Inspiré par les lieux et en merveilleuse compagnie, je me pose 4 jours pour marcher, faire du cheval, courir, et rire. La saison ne permet pas d’avoir une vue dégagée mais les nuages rendent mystiques les apparitions de ses palmiers de 60m. Je n’avais pas « de faire lécher les doigts par un colibri sur une check-list » mais c’est chose faite. Et cette ballade à dos de canasson, épique! En tenue de cow-boy boy mais tête nue, nous partons pour 3h de ballade à traverser les rivières, emprunter des chemins aussi étroits que la cage thoracique du cheval est large… Camarillo est joueur est fait la course avec ses camarades faisant parfois tomber les copains. Je crois que Salento entre directement dans le hit parade des meilleurs moments.

Mon dos me fait souffrir depuis 3 semaines mais l’ostéopathie ne fait pas partie des pratiques médicales. À tout hasard, je demande à Vincent, gérant de la topossime auberge Estrellas sin Fronteras ». Coup de bol, il y a un ostheo, et il est à 50km, en plus il est français, parfait… bon, il n’a qu’un bras, on ne peut pas tout avoir. Claude le remettra tout en place grâce à l’aide de son assistant ce qui porte le nombre de bras à trois!!! Véridique!

C’est reparti pour les chemins de travers, si si, de travers. Je pense faire cette boutade un peu trop tôt puisque c’est l’autoroute que je prends aujourd’hui, je la recyclerai. Enfin autoroute, route à péage. Le relief aidant, le tarif sera de 130km aujourd’hui, je veux arriver rapidement au lac Calima, spot de kite renommé en Colombie. Le vent chaud du pacifique y rencontre l’air frais des montagnes. Dans une ouverture, le vent s’engouffre et grâce à un bel effet Venturi crée un e belle brise rafaleuse et puissante. Vélo le matin, kite l’après midi, le pied. Je serai bien resté mais je dois faire des économies. Je rallie Cali le lendemain pour la nuit, je ne m’y attarde pas, trop de bruit, trop de pollution. Cela reste une ville très dynamique où la fête est reine.

Cali se situe dans la vallée, à 900m environ, je vise Sílvia et son marché indigène du mardi. Détail, ce village est à 2800m… j’ai pu ajouter des cornes au centre du guidon pour pédaler coucher et donc plus vite. Si je peux croiser à 25 sur le plat, l’ascension finale est tellement raide que je parviendrai pas à rejoindre le village à temps, raté, je trace sur Popayan. La route a été bloqué par les indigènes sur 100km avec des pierres, des troncs d’arbres, des pneux en feux. Il y a des militaires tous les 100m et le trafic est quasiment interrompu. Des files de camions habillent les bords de routes et les stations services. Je suis seul, sur une quatre voies, je respire. À 17h, l’armée réouvre les routes. Les indigènes revendiquent des terres sur lesquelles se trouvent des hôtels ou autres installations. La condition de ces derniers est difficile en Colombie, relayé au second rang, ils vivent de la culture de la terre mais leur mode de vie, simple et spirituel, n’est pas compatible avec les plans de développement du gouvernement. Les luttes sont courantes et souvent violentes. Des chivas surchargées de manifestants masqués descendent de la montagne. Lors de mon passage tout est dégagé mais on imagine bien l’ampleur du blocage situé sur la panaméricaine, artère entre l’équateur et la Colombie, centre névralgique des transports de bien. Avec le déblocage se sont des ordres de camions qui m’intoxiquent toutes les 20 secondes, noircissant mes alvéoles grandes ouvertes dans une côte bien relevée.

J’arrive à Popayan après les huit heures quotidiennes d’effort. Je retrouve Bruno avec qui j’avais roulé au Brésil. Il y a aussi Marie, la doyenne des voyageuses mais avec une jeunesse éternelle. Je me pose dans cette ville blanche pendant trois jours après une semaine très intense physiquement. Des nuées de motos pétaradantes rendent les rues insoutenables. Pas sûr que les bâtisses restent blanches très longtemps. En chemin, j’avais croisé Matias et Franciele, voyageant du Brésil vers le Mexique à vélo. J’avais troqué deux pneux contre 2 bananes, le deal du siècle! Matias m’avait alors parlé d’une route de la mort, ici, à quelques encablures. Problème, je dois sortir du pays dans les 10 jours avant d’être immigrés illégal. Niet, impossible de rater cela, je file à l’immigration et en reprend pour 3 mois, c’est rapide et gratuit pour les français, pourquoi s’en priver, je ne suis plus à deux semaines de retard près ni à 500km prêt, Ushuaia s’éloigne mais les défis restent entiers. Comme on dit, mieux vaut viser les étoiles, au pire on passera par la Lune. Je verrai la Lune et ferai probablement un détour par Mars.

Pour y aller, changement de cap, est toute, passer de l’autre côté de la montagne, à côté du volcan Puracé culminant à 4650m. Seulement 80km à parcourir et l’idée en tête de dormir dans le parc national du Puracé dont la route qui le traverse passe à plus de 3200m. En chemin, Camilo me propose de me tirer sur la route, je ne refuse jamais. Me voilà avec quatres falanges accrochées sur sa caisse de transport de produit ménagers. Sa 125 tousse mais nous emmènent parallèlement dans les courbes d’un paysage très auvergnat. Le volcan est dans les nuages, raté, j’ai l’habitude. Camilo s’arrête au dernier village avant le parc, village indigène, en brique et en tôle, avec ces multiples tiendas sans choix et bars de détresse.

De la boue, voilà ce qui m’attend pour traverser ce paramo. Un écosystème présent uniquement dans les Andes, froid et humide, souvent dans les nuages, sauvage. J’arrive là à 15h et il reste 40, je suis bien. Quelques bus, camionnettes passent, lentement. Les motos elles ne semblent pas ressentir les obstacles et fusent. Parfois, c’est un demi remorque que je croise. Le soleil, attiré par la gravité, plonge les volcans dans l’obscurité et le ciel dans un drap rouge et pourpre.

La bruine fait son apparition et stoppe le faisceau de la frontale à quelques mètres de la roue avant. Le halo blanc n’aide pas à dévaler la piste mais la rend intense, concentration maximale. Je repasse dans la descente les camionnettes qui me narguaient plus tôt. Je cherche en vain un lieu pour poser la tente mais les bords de routes vont dans le précipice ou dans une végétation impénétrable, il faut poursuivre. J’arrive deux heures plus tard, exténué, au premier village ou bus et chauffeurs s’arrêtent pour se restaurer ou dormir avant la traverser du parc. Je discute avec un chauffeur poids lourd qui me confie mettre 6h pour parcourir les 90km que je viens de faire. Après une bonne soupe, je pose la tente devant le restaurant, paraît-il que j’ai une tente militaire.

Couché à 21h, levé à 6h, la nuit du guerrier. Départ sous la pluie mais tout en descente, échauffement parfait. Comme d’habitude, il faut tout remonter jusque San Augustin, ville populaire attirant de nombreux touristes pour ces sites archéologiques pré colombiens. J’y reste une semaine au lieu de 2 jours, il y a des lieux où l’on se sent bien et Steven, Joaquim, Jean, Karla font de cette nouvelle pause un moment riche en rire et en échange.

Je reprend la route demain en direction du Putumayo et de ses forêts denses et humides. D’ici peu j’emprunterai cette route, « El trampolino de la muerte » et les terres indigènes avant de rentrer en Équateur.

À bientôt!

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