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De la chaleur à la chaleur

le temps file, les paysages défilent mais les kilomètres se font plus rares. Après avoir craché sur Carthagene, je vais tout de même remettre quelques photo de cette ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

Apres une sortie de ville très difficile et classée noire par mes poumons, enfin le calme et le vert. Pedale toute sud-ouest direction la cote caraïbe avec comme but voir une ile paradisiaque, c’est celle de Mucura que je choisie. Deux jours et 180km me séparent du graal du touriste en quête de turquoise et de coco. Si les gaz et le bruit infernal des camions restent de mise, le trafic diminue. La route traverse des marais ou échassiers et grues font leurs courses de poissons frais. L’eau arrive à deux centimètres des terrasses et pas de chemin entre la route et la maison. Je passe une heure à me demander ‘’mais pourquoi’’, et je n’aurai jamais la réponse, laissons le charme de l’énigme non résolue. Coté pratique, impossible donc de poser la tente. Quoiqu’il en soit, m’imaginer en tenue de combat anti-moustique me donne des ailes et je remets 2h de vélo dans ces fidèles cuisses. La nuit tombe mais je ne sais ou ne veux pas m’arrêter, frontale au front et camions au cul, je vise une station service pour me doucher et manger. Le première restaurant ne souhaite pas ouvrir sa douche, l’odeur peut être, ou l’air louche. Je demande à l’hôtel jouxtant la bomba (station). Apres une discussion assez drôle, le pompiste accepte mais me prévient que je dois être le plus sobre possible en eau pour ne pas inonder la terrasse de l’hôtel, oui un architecte stagiaire surement. La suite vous la devinez mais la manière est encore plus saugrenue… Je me lave, sobrement mais savonnement, et, le robinet ne se ferme pas…devant le ridicule de la situation et devant cette eau qui n’en fini plus de tomber, robinet bloqué à fond, j’en profite pour me détendre, faire la lessive, tranquille. Le pompiste doit exagérer me dis-je. Robinet toujours à fond, je m’habille et vais voir le pompiste qui m’attend, désespéré par ma connerie. ‘’excusez moi, mais je n’arrive pas à fermer le robinet…’’. Le gars arrive, et ferme tranquillement, en tournant vers la gauche… Bref, la terrasse de l’hôtel est inondée et me voila avec un balai et une serpillère, épique. On rigole de ce moment, on se salue, et on se quitte tout deux très amusés. En face, une femme prépare soupe et plat du jour. Je suis le dernier client de la journée et madame m’offre le gîte sous l’abri à gauche du restaurant. Petite journée tranquille pour rejoindre la ville de Tolu. Ce port de pêcheur est aussi et surtout le point de départ pour rejoindre trois splendides îles. Je fais le tour de la place mais tous les endroits ce ressemble, musique à tue tête et vendeurs de bibelots. Je cède à la rauque voie d’une large femme qui le promet un excellent poisson. Posé, cela ne fait pas cinq minutes que je suis assis qu’un jeune homme bien présentant et fort sympathique vient discuter. Après s’être informé de mon statut marital, il me propose tout naturellement si je ne veux pas goûter aux filles de joies colombiennes… vivement que je m’écarte  de cette côte de vice, de bruit et d’odeur….

Aller, c’est parti pour 1h de bateau pour rejoindre l’île de Mucura, épargnée par les guides mais les voyageurs ne s’arrêtent pas à ca. 90% des passagers sont colombiens, c’est le week-end. Deux moteurs de 100cv aux fesses, et vlap! Nous traversons des îles où la mangrove seule tient le sable au dessus du clapot de l’Atlantique. Le bateau poursuit vers l’islote Santa Cruz, l’île la plus densément peuplée au monde, 124 700 habitants / km2,1 247 habitants pour 0,01 km2, un grand jardin. Pour la comparaison, en France, la plus dense, c’est Levallois-Perret avec 27 000 habitants par km2.

Que des maisons, très peu d’arbres… les habitants de Tolu aiment à dire que l’absence de lumière contribue fortement à une natalité très forte. Il reste tout de même difficile à comprendre comment cette île bondée n’a pas débordé sur les îles voisines…. le prix du terrain peut être. Mucura, tout le monde descend, liquide lacrymal inclus. De la mangrove, du sable blanc, des eaux turquoises, des cabanes de bois et de broc, paysages toutes options. Je cherche un terrain pour camper mais tous sont privés et vue l’activité touristique, tout le monde fait payer. Je me pose finalement dans la seule auberge de jeunesse de l’ile. Surprise, une slack est tendue entre deux palmiers, je tente difficilement de réitérer les prouesses du passe amis il semble que la gravite soit plus forte que d’habitude, les chutes sont belles. Le soir venu, la nature nous offre un coucher de soleil rouge feu. Des pêcheurs ou fils de pêcheurs profitent de l’essor du tourisme pour partager leur connaissance de leur ile. Ce soir, nous partons en barque pour un phénomène naturel unique, le plancton bioluminescent. la barque s’enfonce dans l’obscurité, guidée par le faible faisceau de la torche. Barre à gauche, barre à droite, nous nous perdons dans les méandres de la mangrove. La lune est blanche est grande, la nuit noire et immense. L’eau bousculée par la proue semble s’éclaircir. Aucune substance dans mon sang ne pourrait pourtant influencer ce que je vois. le bateau s’arrête et nous plongeons dans l’éphémère obscurité, nous devenons soudainement une sorte d’animal aquatique nyctalope. Des milliers de points de lumière transforment le noir en un lieu féérique. à vrai dire, je ne sais comment décrire la scène, d’autant plus qu’il ne m’est pas possible de l’immortaliser. Surement un des moments les plus fort jusqu’ici. Ce genre d’expérience vous rend témoin de la fragilité de notre environnement, mais surtout, il renforce les convictions écologiques. Tous ces milliers de kilomètres à travers différents écosystèmes ne font que renforcer cette prise de conscience. En parlant d’écosystèmes, les langoustes sont absolument merveilleuses dans ces contrées. Le lendemain matin, 6h, je vais chercher de quoi déjeuner dans le village. L’heure est importante, non pas parce que je me lève plus tôt en voyage que pour aller travailler, mais parce que c’est très tôt pour écouter de la musique à tue tête. Le décor est improbable, je me risque à une mise en lumière. Nous sommes à deux mètres de la mer, les maisons  sont séparées de la mer turquoise par des monticules de coquillages pour crustacés décapodes géants. Les habitations sont disposées de manières à former une cour intérieure couronnée par un toit de tôles. Sous les toiles, une sorte de terrain de pétanque carré avec des bancs sur lesquels bambins, fend-bise et observateur du temps comptent le nombre de vagues. Sur la gauche un énorme sound system digne de la Jamaïque. C’est ce dernier qui crache des vibrations heurtant  à cent mètres à la ronde chaque marteau blasé et chaque enclume somnolente. Personne ne parle, sauf les sourds. Ici pour passer une simple commande d’empanadas et de patacones, ce sera un supplice, je reviens avec mon sac de bouffes frites effare par le calme religieux des villageois apparement habituées à ce brouhaha. Je poursuis dans la matinée les rudiments de l’apnée inculqués par Simon. Je ne sais pas combien de temps je reste mais cela m’amène une paix intérieure très appréciable par ces journées terriblement stressantes. Je suis au paroxysme de la tranquillité. Poisson frit. Je le savoure avec ce merveilleux couple d’espagnols. Pour cet dernière après midi, nous irons tout trois pour une session de sport extreme, le snorkling. Encore une première, c’est la première fois que je vois du corail en dehors des fonds d’écrans. Bis repetita, environnement, fragilité, protection, sobriété heureuse, Pierre, je vous salue. Phrase de retour version générique de fin de Snatch, prendre une bière, faire son sac, faire le chemin inverse, monter à bord, enfiler le gilet, vlap, retour sur la terre ferme, adieu beauté.

Je reprend le vélo laisser à l’agence et file pour la dernière ville de Caraïbes sur ma route, Covenas. Toujours cette rumba que je ne supporte plus toujours autant de gaz, de plastique, je ne m’arrêterai pas, je roule, jusque la nuit tombée. Il fait nuit noire et je cherche désormais refuge et alimentation. Je m’arrête dans une épicerie ou deux piliers de comptoirs soutiennent à bout de bras l’industrie de la bière colombienne. Difficile de commander des carottes et passer in cognito en de pareilles circonstances. Nous tentons de communiquer mais leur fort débit de mots et de boissons rend l’échange difficile, c’est l’épicière qui me fait la traduction. Ils me régalent plusieurs bières, rhum et m’invite dans leur ville pour aller voir les filles de joies avant de repartir en moto. Un homme me propose de dormir chez lui. La maison est faites de planches, de bâches. Le devant de la maison étant trop petit, il me propose l’arrière court. La nuit est belle. Je me réveille avec une odeur désagréable me chatouillant les narines. Je pense d’abord à l’évacuation des toilettes et aux rituels du matin. Je connais cette odeur mais je ne met pas de mot dessus, et puis une poule vient gratter à coté de la tente. j’ai dormi à coté  du poulailler. Je prend le petit déjeuner en discutant avec les enfants qui rentre à l’école, l’un d’eux va même chercher un verre de lait avec des céréales pour moi. Si les adultes me regardent avec méfiance, les enfants sont amusés de voir un étranger manger sur des cailloux.

C’est ainsi que commence ma première journée en direction des montagnes. Après un mois passé sur la cote, j’ai hâte de découvrir un nouvel environnement et voir le mercure baisser.

Le temps est particulièrement agréable, les températures clémentes, la route est belle et goudronnée, c’est l’occasion de bouffer du kilomètre, 350km en 3 jours. De beaux volumes verdoyants, semés de palmiers, de bananiers et d’arbres tous bien chevelus se dressent désormais sur les bords de la route. En prime, depuis Caucasia, je longe une rivière en contrebas. Les poids lourds m’accompagnent toujours mais leur nombre devient supportable. Les montées me forcent à monter haut sur la cassette. L’eau est omniprésente, elle descend directement de la montagne. De nombreux laveurs de camions laissent leurs jets allumes formant comme des fontaines d’eau le long de la route pour que les camions puissent les voir. à chaque fois que je passe devant, je passe sous les jets pour me rafraichir, parfois ce sont les laveurs qui m’arrosent gaiement. Pause déjeuner bien méritée après une chute douloureuse sur  le genou, un chauffeur de camion me propose de m’avancer. Nous passerons quatre heures dans son beau camion rouge, un Dodge de 1978 avalant 6 litres de gazole à chaque kilomètre parcouru. Son aide et moi partageons la banquette et nous échangeons longuement sur la Colombie, la France, l’Europe. Ce dernier souhaite d’ailleurs apprendre le français depuis qu’il sait que le SMIC est de 1000 euro (200 euro en Colombie). Nous arrivons à Yarumal et l’homme  dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom m’invite à prendre une aguapanela. La maison fait une vingtaine de mètres carrés, deux pièces, chambre/salle a manger/salon, cuisine. encore une leçon de convivialité donnée par quelqu’un qui a si peu. Sa femme attend le deuxième enfant, un garçon. Il me demande de citer des prénoms français prononçable en espagnol pour son fils. Très agréablement surpris par la demande, je m’exécute et lui remet une liste d’une vingtaine de prénoms français, court, élégant et prononçable ici. Le couple lit à haute voix chaque prénom en accrochant la plupart d’entre eux, et oui les sons français et espagnol sont très distincts. Un prénom retient son attention, il est court, il est facile à écrire et fonctionne bien espagnol. Le petit s’appellera Eric, merci Tonton pour l’inspiration. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de donner un nom à un enfant, d’habitude ce sont des chats (saudade pour Saian, Lester, Tita et Maalouf (collaboration)). La nuit tombe, je dois partir malgré les invitations, merci a vous et longue vie au petit Eric!

J’arrive donc à Yarumal de nuit. La ville est à flan de colline. Après m’être mis debout sur les freins pour m’arrêter, je suis debout sur les pédales pour atteindre le parvis de l’église. Un homme me voyant regarder autour de moi me demande si je cherche quelque chose. Quelle hospitalité, tant d’altruisme en une seule journée… ‘’Je cherche un endroit ou passer la nuit’’. L’homme m’indique les hôtels les plus proches. Je lui dit que je ne peux me l’offrir et que je préfère dormir sous la tente. Il n’y a pas de terrains plats dans le coin, véridique! Sa fille à coté, lui demande de me donner de l’argent pour que je puisse passer la nuit à l’hôtel. Je vie là une expérience de solidarité dont je me souviendrai. Si l’on a tendance à oublier la première fois ou l’on fait l’amour, on oublie jamais ces témoignages d’humanité, on devrait d’ailleurs se les rappeler lorsque nous sommes contrariés ou malheureux ou lorsque nous doutons de notre genre. Même si je refuse, mes deux saint Bernard me proposent de les suivre jusque leur papeterie où je laisserai cet encombrant véhicule le temps de trouver un toit. C’est l’heure de la fermeture, il demande à un de leurs employés de m’accompagner pour trouver un hôtel, oui trop tard pour trouver “ze spot”. Premier essai, bonne pioche. C’est propre, au calme, en plein centre et cerise sur le gâteau, je me retourne, deux vélos de voyage sont là! Merci à vous, inconnus altruiste, Merci à tous.

Je pars errer dans les rues de Yarumal à la nuit tombée. Pas un seul plat, des rues aux pentes ardues, des octogénaires grimpant avec détermination et leur 3 appuis des rues où j’ai dû pousser le vélo.

Après le dîner, un troquet retient mon attention. Une musique joyeuse, des voies gaies, une guitare. Je m’assoie, commande un rhum local et commence à taper du pied. La joyeuse bande me convie à leur table et la magie commence. Même s’il est difficile de communiquer avec des gens qui ont chacun une bouteille de rhum dans le sang, je comprends vite qu’il compte sur moi pour les rattraper dans leur états d’ébriété, une nouvelle bouteille arrive… j’aime bien l’excuse avancée dans la phrase suivante.

Journée de repos le lendemain après cette ridicule chute, quasiment à l’arrêt. Jenny, Curtis et moi sympathisons et dînerons ensemble le soir. 50 et 55 ans, en pleine forme, un sourire qui ne les quitte pas, ils ont tous vendu pour voyager de l’Alaska à Ushaia en vélo. Nous partons ensemble le lendemain matin mais fougue et sagesse ne pédalant pas au même rythme nous nous disons « see you in Medellin ». C’est donc la première vraie journée de montagne. Ce que je n’avais pas réalisé en montant dans ce camion, c’est qu’ils m’ont avancé de 2000m, d’altitude. Bref, en sortant de Yarumal, je suis bien en jambe, et ça descend. Je fonce tête littéralement dans le guidon pour tenter de battre mon record de vitesse mais le trafic et les virages m’en empêche, peu importe, le paysage défilé, il y a du vert et de l’eau partout, le temps est très agréable, que demande le cyclo?

Ce soir, je dors chez Lenin et sa famille, le réseau warmshower, quelle belle initiative. Lenin habite dans une finca un peu avant la ville. C’est « Loco » qui m’accueille. Un cyclo lui aussi en repos qui voyage depuis 10 ans depuis son divorce. Il a parcouru la Colombie de long en large en cherchant hébergement et nourriture contre des services et en vendant des bracelets, le bonheur et le sourire ne l’a plus jamais quitté depuis cette nouvelle vie de bohème. Lenin est aussi un cyclo voyageur et il a décidé avec sa femme s’ouvrir sa maison au voyageurs de passage. Il y a ici toujours quelqu’un de passage. On cuisine tous ensemble, on se raconte des histoires, on jardine, l’endroit est un havre de paix. Nous sortons le samedi soir sur Don Matias, petite ville de montagne où il fait bon vivre. Tout le monde se salut, sourit. Beaucoup de chevaux circule en ville, ces Paso Fino toujours reluisant déambulant avec classe en trottant à une cadence étonnante. Ce sera la fête jusque 4h du matin. Les bars sont blindés, tout le monde danse cette étrange configuration ou la partenaire est dos à l’homme et où les mouvements ne sont pas sans rappeler le coït, étrange sensation que de se trémousser face à une nuque. Je le sens tellement bien avec eux que je resterai 4 jours au lieu de passer une nuit, c’est la ma chance de ne pas avoir de devoir de résultat. Mon objectif méridional reste toujours aussi loin et je doute de plus en plus quant à une arrivée avant le mois d’avril, peu importe, l’expérience de voyage reste entière, et c’est bien cela qui compte. Après ces jours d’échange, je decide de quitter la route principale pour découvrir l’authenticité de ce pays.

La journée commence bien, 15 km de descente.À fond les ballons, j’arrive très rapidement dans la vallée après avoir doublé les escargots à roue qui traînent dans les Virolots. Je m’amuse à me croire à moto en sortant le genou tantôt à gauche tantôt à droite. La vue est spectaculaire et je prends un plaisir fou à avec cette adrénaline qui parcourt mes veines. Pause déjeuner rapide à Barboza. Les choses sérieuses peuvent désormais commencer. Avec 35 km et 1200 m de dénivelé positif, l’après-midi n’a pas été sans souffrance. La ville d’arrivée se situe à deux montagnes d’ici. Ce ne sont pas des montagnes à traverser sinon à longer. À chaque virage, on laisse derrière soi la sueur pour se confronter un nouveau défi, toujours plus incliné. À chaque fois que je m’arrête pour reprendre des forces avec les locaux, je sens l’étonnement dans leurs yeux et chacun mime le relief avec cette main qui toujours se redresse. Le ciel commence à rougir, l’obscurité masque les défauts de la route, l’estomac se vide à mesure que les jambes battent la cadence, lente et appuyée. Il fait désormais nuit noire mais je continue l’Ascension jusqu’à la ville objectif. Le faisceau de la frontale perce difficilement les nuages qui recouvrent l’asphalte. Les grosses basses de la techno de Laurent Garnier donnent désormais leurs instructions à la place du cerveau. J’arrive enfin au village de Santo Domingo. Très peu de véhicules motorisés ici, les rues étroites préfèrent piétons et chevaux. Je viens d’arriver dans une carte postale. Les maisons blanches sont ornées de fleurs, de balcons en bois sculptés, et chacun a donné une couleur, des couleurs à sa bâtisse. Sur la place principale, des adolescents jouent au foot, les vieux jouent aux cartes. Après une belle nuit et de copieux oeufs brouillés, il faut reprendre la route. Malgré la présence de bornes kilométriques et de panneaux il est difficile de parler de route. Je prends conscience qu’il va être difficile de tenir un une cadence de 80 à 100 km par jour. Le chemin est jonché d’obstacles, trous, pierres, ornières. Sur les 50 km qui me séparent de ma prochaine halte, je ne croiserai que cinq véhicules. En chemin, une magnifique cascade apparaît comme le lieu rêvé pour une halte. Baignade, massage, lessive, et c’est reparti. Quelques maisons sur la route, la ferme pour la plupart avec des terres à perte de vue que parcours des bovins heureux. Étape à Alejandría qui est très semblable à la ville précédente mais avec un je ne sais quoi en plus, peut être plus de bar et de rhum. Que c’est bon de dormir dehors, se baigner dans les ruisseaux cristallins. Aller, c’est reparti, ça chahute les bras, les jambes, les sacoches vibrent, je vibre, le danger ne vient plus des autres mais de moi qui n’arrivent pas à appuyer sur les freins dans ces descentes accidentées. J’aperçois désormais le lac de Guatape, cet immense réserve d’eau artificiel créé pour produire l’énergie de la région. Au loin se dessine le rocher del Peñol. Cet énorme roc gris, que dis-je, cette péninsule, se plante là au milieu des collines vertes. Je mange rapidement à Guatape, cette ville aux milles couleurs et aux milles touristes. Je devais y dormir mais cette foule d’étrangers et cette énergie non épuisée me pousse à poursuivre. Petite ascension en haut de la « pierre », 740 marches, et une vue époustouflante sur cette vallée inondée par l’homme. Je suis énervé aujourd’hui, je ne m’attarde pas et redescend après quelques photos. Arrivé en bas, la folie me prend et je remonte pour revoir cette vue. Il est 16h, il est temps de trouver où planter la tente. Je répète une sorte de port et l’envisage. Un policier s’arrête. Il me salue et je lui demande si je peux rester la. Nous discutons un bon moment et je me dirige là où il m’envoie, sur la réplique de l’ancien village du Peñol désormais sous les eaux. La haut, un homme m’invite à prendre une bière et le pose toujours ces mêmes questions « vous êtes seul? Pas de femme? Et votre famille? ». Cette réplique est uniquement touristique donc à la fermeture des commerces, je me retrouve seul avec ces maisons, ces fleurs, et les 6 chiens qui gardent la place. Deux couples complètement bourrés viennent me réveiller à 5h du matin avec la musique à tue tête. Malgré ma manifestation, il continue, la journée commence bien!

La route étant de nouveau goudronnée, j’avance vite et avec cette mauvaise humeur, je pédale encore plus vite, je pédale pour évacuer. La fatigue me guète après 50km, les excès de la veille viennent défier ma volonté. Je décide de poursuivre alors qu’il est 16h. Surprise, c’est un chemin, mais il est très propre. Il dessert les immenses propriétés de la région, nous sommes à 40km de Medellin. Une femme me demande où je vais comme ça. Elle me dit que j’en ai pour 4h. Je regarde la carte, 25km. J’ignore son information voire j’en rie. 15km de descente de pur bonheur. Quelques maisons par ci par là mais toujours pas de plat pour camper et je n’ai rien à manger. On l’indique le village de Granja. L’ascension reprend et il me reste 10km à parcourir. Je mettrai plus de 2h pour y parvenir. Le chemin est désormais chaotique, il n’y a plus de village, je ne sais pas où je suis, j’ai l’impression que les lointain lampadaires jouent à cache cache avec moi. Toujours plus de pierres, je suis à bout mais il me fait arriver à ce village. Il est 20h, enfin cette échoppe, je veux poser un pied à terre mais je m’effondre. Je suis là, assis, recroquevillé, épuisé, fier et imbécile. Des personnes viennent me parler mais je ne comprend pas, je ne peux plus parler. Il me relève, m’apporte un café chargé en sucre, bananes, pain. Après avoir avalé le tout et repris mes esprit, je remercie cette communauté pour son chaleureux accueil. Ça va mieux, bière, clope. Hôtel 1789 étoiles ce soir, sous le toit du terrain de foot, il y a de l’eau et je partage les toilettes avec les chevaux. C’est désormais la joie qui m’emplie, ravi du dénouement de cette journée composée de souffrances physiques et de contemplations. Toujours un peu stupide, j’ai d’abord collé la tente au mur du stade. À la mi-nuit, la pluie poussée par le vent se faufile entre le toit et le mur et vient me réveillé. Tout est trempé, je me marre.

Réveil, grosse patate, prêt à en découdre! Je rentre désormais dans la région cafetière et je découvre par la même occasion les conditions extraordinaires dans lesquels le deuxième produit la plus consommé au monde après le pétrole pousse. En valeur, juste après le pétrole, le café est la seconde matière première échangée dans le monde. Il se consomme environ 2,25 milliards de tasses par jour. La Colombie est le quatrième producteur mondiale, elle était deuxième il y a 10 ans. La plante pousse à flanc de montagne dans des pentes impossible à monter. Les paisas, les paysans de la région on la réputation d’être des travailleurs ardus à la tâche.

Ça monte, ça descend, les maisons sont toutes plus isolées les unes que les autres. Au milieu de nulle part, la police a posé un jeu gonflable pour amuser les enfants.

La route passe par Versalles, Massilia, Lourdes… j’ai envie de fromage et de Bourgogne.

La journée s’achève une fois de plus à la nuit tombée. Je dormirai dans l’entrée d’une résidence pour fortunés grace à la bienveillance des gardes qui me laisse dormir sous un bâtiment non utilisé. Une nuit ici coûte plus de 300000 pesos contre 50000 dans un hôtel ou 20000 en auberge. Gratuit ce sera, merci messieurs!

Aller, dernier 25km avant d’atteindre Jerico pour me reposer après 6 jours de folie. La route part du fleuve et grimpe jusqu’au village. Je le demande si la route n’escalade pas! 25km et 1500m de dénivelé positif, 17% d’inclinaison en moyenne, 4 heures pour en venir à bout! Et soudain, la délivrance, le panneau Jerico, nom emprunté à la ville de Jericho en Cisjordanie, pour la blague, Jerico se situe à 2000m quand Jericho se situe à -240m (sous le niveau de la mer).

Je prévois de m’y arrêter un jour. À l’heure où j’écris ces lignes, cela fait deux semaines que je suis dans ce remarquable village. Les maisons sont superbement colorées et alignées dans des rues escarpées. La ville domine la vallée, l’atmosphère y est paisible et agréable. Tout le monde se salue, on devient vite quelqu’un ici, on sert la main de l’épicier, du boucher… le soir, une petite marche pour aller admirer le coucher de soleil. Jorge, qui vient de monter la seule auberge de jeunesse de la ville me propose de rester et de participer au développement de l’auberge. J’essaie de fabriquer une table en palette avec l’aide de Brian, musicien brésilien prêtant également main forte à Jorge. Hailey quant à elle s’occupe du site internet et des réseaux sociaux. La joyeuse bande partage les repas, les rires, les histoires de voyages. Nous allons visiter un merveilleux couple cultivant le café avec amour pour apprendre le processus. Gabriel et Estella laisse pousser bici et la des plantes aromatiques et médicinales et s’amusent a nous faire goûter racines, pétales, feuilles, fruits. Leur vie est remplie de simplicité et de joie dans ce sobre environnement. Un jour de beau temps je me lance du haut de la montagne avec une voile au dessus de la tête pour jouer au oiseau.

Je pars quelque jours sur Medellin pour trouver des pièces pour le vélo. Ancien bastion de Pablo Escobar, la ville reprend vie. Selon les estimations Pablo Escobar est responsable de la mort de 4 000 personnes dont environ 200 juges, 1 000 officiers de police, journalistes et fonctionnaires. Je vous laisse lire cet article qui résume en chiffre la vie de cet homme tant redouté et tant adulé.

https://www.booska-p.com/new-la-vie-de-pablo-40-anecdotes-compl-tement-dingues-sur-pablo-escobar-n64461.html

Même dans cette ville de 3,3 millions d’habitants, les gens sourient et sont d’une amabilité remarquable. Même dans les heures de pointes où le métro se transforme en transport de bétails, personne ne se plaint et chacun se transforme en angle, ligne ou carré pour former un incroyable tetris.

De retour à Jerico, je participe à une course de Vtt. Hyper en forme, je grimpe fort, trop fort, je casse la chaîne après 10km… je revuens au village après 3h à l’arrière de la camionnette balai, répare, et repars. J’ai pris une banane pour la route et fonce à toute berzingue à contrée sens à l’encontre des derniers cyclistes qui m’ont aidé. Dans la précipitation, je prends un énorme vol dans les cailloux dans un excès de confiance. Le bras tuméfié et la chemise déchirée, je repars, tout aussi vite, évite de justesse 3 voitures et arrive finalement au bout, esquinté mais ravi d’être allé jusqu’au bout. Je me repose 2 jours de plus le temps de retrouver l’entière flexion de mon bras et de ne plus avoir de douleur au genou. Il est d’ailleurs l’heure pour moi de reprendre le vélo! Si j’ai franchement envisager de rester ici, la soif de paysages et de découverte et encore plus forte.

Ne craignez pas la Colombie, c’est un pays merveilleux et Antioquia et probablement la région la plus belle et accueillante que j’ai parcouru, loin devant l’arabie saoudite.

À bientôt chers amis, chère famille!

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